Ci-dessus, p
tiroient des Espagnols et au mauvais succès de leurs armes, leur faisoit témoigner ouvertement l'envie qu'ils avoient de faire la paix. Ils déclarèrent donc aux princes leurs alliés qu'ils concluroient un traité particulier, duquel ils jetèrent alors les fondements, si tous les ambassadeurs ne se trouvoient au lieu du congrès dans le mois de février suivant.
[Le prince d'Orange, qui connoissoit parfaitement le peu de fonds qu'il devoit faire sur le secours des armes des puissances confédérées, l'état des Provinces-Unies, la disposition des affaires et des esprits, commença, dis-je, de le craindre, et s'adressa au roi d'Angleterre, près duquel il fît tous les efforts possibles pour l'engager d'obtenir de la France des conditions plus avantageuses que celles qui avoient été ci-devant proposées, afin que les Pays-Bas demeurassent plus en sûreté et que lui et ceux de son parti pussent faire la paix avec honneur. Sur cette ouverture, le roi d'Angleterre demanda un mémoire. Son ambassadeur en Hollande fut prié de lui écrire et de proposer le traité d'Aix-la-Chapelle^ ; que, du surplus, on donneroit à la France Aire et Saint-Omer, en échange d'Ath et Gharleroy ; que l'Empereur feroit raser Philipsbourg, et les François Maëstricht, et qu'ainsi cette guerre passeroit comme un tourbillon, après avoir menacé et causé fort peu de remuement dans le monde. La réponse du roi d'Angleterre ne fut point précise ; elle contenoit plutôt des remarques sur les propositions, auxquelles il ajouta qu'il croyoit que
1. Voyez les articles 3 et 4 de ce traité dans H. Vast, les Grands traités du règne de Louis XIV, t. II, p. 17-18.
la France pourroit rendre Ath, Charleroy, Condé et Bouchain en échange d'Aire, Saint-Omer et Cambray, mais qu'il ne croyoit pas qu'elle rendît jamais la Franche-Comté, et que, si la paix se faisoit sur ce pied, il offroit de faire une ligue défensive avec tous les alliés afin que les Pays-Bas fussent en sûreté. Cette réponse ne fut pas du goût du prince d'Orange, qui en conclut qu'il valoit mieux continuer la guerre jusques à l'extrémité, puisque le roi d'Angleterre vouloit laisser perdre la Flandre, et que, quand elle seroit perdue, les Hollandois aviseroient à leurs affaires, mais que, en attendant, il falloit se préparer à faire une bonne campagne, dont les événements changeroient la face des affaires de part ou d'autre.] Le Roi, qui n'avoit point d'autre attention que de bien faire les siennes, partit dès le mois de février pour se rendre en Flandres, où il avoit fait faire dans ses places un prodigieux amas de vivres et de fourrages, pour faire subsister ses troupes en campagne, même au milieu de l'hiver, ce qui facilitoit beaucoup ses entreprises; car ses ennemis, qui n'avoient ni l'argent ni la commodité, ne pou voient tenir leurs armées prêtes d'aussi bonne heure, et il prenoit toujours deux ou trois places avant qu'ils fussent en état de s'y opposer. Saint-Ghislain avoit déjà été pris par le maréchal d'Humières au commencement de l'hiver. Au printemps, le Roi vint en personne, à la tête d'une armée de cinquante mille hommes, assiéger Valenciennes. Le marquis de Richebourg, de la maison de Melun-Espinoy\ commandoit dans cette place,