‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 150 sur 187 · Auj. ferme à peu de distance du village d'Autréville · texte numérisé non relu

Auj. ferme à peu de distance du village d'Autréville

se porter en avant, s'il en étoit nécessaire. Les troupes de ce poste avancé passoient les jours et les nuits sous les armes, et étoient relevées tous les matins par d'autres qui venoient du camp. M. de Gréquy étoit tellement prêt à tout événement, que les Impériaux n'osèrent jamais rien entreprendre sur son armée ni sur la Champagne ; mais il ne put garantir cette province de la peur : non seulement les habitants du plat pays abandonnoient leurs demeures, mais aussi ceux des villes, qui, ne s'y croyant pas en sûreté, en transportèrent leurs effets. L'alarme devint si grande, que, quoique le maréchal eût répondu à la cour de tous les événements, il en reçut ordre de pourvoir à Stenay et de passer, sans tarder davantage, en Champagne avec l'armée, afin de rassurer cette province. 11 obéit, quoiqu'à regret, s'étant flatté que, en tenant les ennemis de si près, ils ne lui échapperoient pas impunément. Il passa la Meuse sur ses ponts et mena camper son armée en Champagne, vis-à-vis de Mouzon, de sorte que, dans cette position, il garantissoit absolument cette province de toutes courses de l'ennemi. Il ne fut pas en cette peine; car M. de Lorraine, qui ne s'étoit avancé à Mouzon, où son armée souffrit beaucoup par la disette et les maladies, que pour faciliter au prince d'Orange la prise de Charleroy, ayant appris que ce siège étoit levé, décampa de devant Mouzon, pour se rendre à CaiMgnan, dans le temps que M. de Créquy arrivoit de l'autre côté de la Meuse, vis-à-vis de la même ville de Mouzon.

Le maréchal auroit bien voulu charger leur arrièregarde au passage de la rivière du Chiers ; mais, conmie les ennemis, avant que de se retirer, avoient achevé

de rompre le pont et le gué de Mouzon, il lui fut impossible d'accomplir son désir ; il n'y eut que quelques volontaires, qui n'allèrent pas loin et escarmouchèrent foiblement avec ceux des ennemis.

Cette occasion ayant manqué au maréchal de Gréquy, il en chercha une autre, et, venant en grande hâte passer la Meuse à Sedan et camper à Bazeilles et à la Moncelle^, sur le chemin de Carignan; mais les ennemis se tinrent fort sur leurs gardes et décampèrent de Carignan, prenant la route de Luxembourg, pour se retirer en Alsace. Il leur laissa poursuivre leur chemin et reprit celui de Metz avec toute l'armée. De là il entra en Alsace par les défilés de la Petite-Pierre et par Saverne, et, s'avançant vers le Rhin, il le passa sur un pont de bateaux qu'il avoit fait dresser au village de Rheinau'.

Pour l'intelligence de ceci, il faut remarquer que, dans l'intention de seconder le projet que M. de Lorraine avoit de venir sur la Meuse, le duc de Saxe-Eisenach' avoit prétendu faire une diversion du côté de la Haute-Alsace, en passant le Rhin où est aujourd'hui la forteresse d'Huningue*, avec une armée de dix à douze mille hommes. Le baron de Montclar, qui commandoit dans la province^, assembla un petit corps

1. Bazeilles est à cinq kilomètres au sud de Sedan, et la Moncelle est situé un peu à l'est sur un petit affluent de la Meuse.

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