‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 151 sur 187 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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pour lui faire tête; mais, n'étant pas assez fort, il n'avoit pu le contraindre à repasser le Rhin, et ces deux petites armées étoient demeurées à se harceler mutuellement.

Les affaires étoient en cet état, quand le maréchal de Créquy entra en Alsace. Aussitôt M. d'Eisenach repassa le Rhin, non sans quelque dommage que lui causa le baron de Montclar, et, s'étant défait de son infanterie, qu'il jeta dans les montagnes de Fribourg, il mai'cha avec sa cavalerie, en descendant le long des bords du Rhin, pour joindre, par Philipsbourg, l'armée impériale dans la Basse- Alsace.

Défaite du duc de Saxe-Eisenach. — Il arrivoit près de Strasbourg, sur la Kinzig, lorsque l'avant-garde du maréchal de Créquy, qui n'avoit passé le Rhin qu'à dessein de le couper, lui tomba dessus. Il se retira au fort de Rehl, qui lui ouvrit ses portes; mais, auparavant, ses troupes furent bien battues^. M. d'Eisenach se réfugia dans l'Ile, au milieu du Rhin, dont il ne put sortir ; car ceux de Strasbourg, voyant que les affaires des Impériaux bastoient mal, pour se raccommoder avec la France, ne voulurent pas lui laisser passer l'autre partie de leur pont ni lui fournir des fourrages ; ainsi il fut contraint de recourir à la merci du maréchal de Créquy et de lui demander un passeport pour se retirer avec les débris de ses troupes : on le lui accorda à condition que ni lui ni elles ne serviroient plus contre la France pendant cette guerre"'^.

1. Le 21 septembre : Histoire de Louvois, p. 352; vol. Guerre 560, n" 92, lettre de M. d'Escures.

2. Les conditions ne furent pas si dures : le maréchal autorisa M. de Saxe-Eisenach à se retirer à Rastadt avec ses

Après cette expédition, le maréchal de Créquy, ayant reçu avis que les Impériaux étoient arrivés dans la Basse-Alsace et vouloient marcher en deçà, repassa le Rhin sur son pont, qu'il rompit ensuite, et fît un détachement de troupes et de canon, sous les ordres de M. de Ranes^, lieutenant général, pour passer en Lorraine et reprendre le château de Sarrebriick. Le lendemain, il marcha avec le reste de l'armée, que les troupes de M. de Montclar avoient jointe ; il vint camper sur les hauteurs du Kokesberg, qui étoit un des meilleurs postes qu'il pût prendre pour attendre les ennemis, et il fit revenir M. de Ranes et son détachement.

Les Impériaux arrivèrent à une lieue de là, le soir du même jour. Le lendemain, les généraux Schultz et Harang^, après avoir bien dîné, s'avisèrent, à l'insu de M. de Lorraine, de venir, avec dix-sept escadrons, reconnoître notre armée et pousser nos gardes de la droite, que le maréchal de Créquy fit soutenir à propos. Il s'engagea là un fort beau combat de cavalerie, où les Impériaux chai^gèrent vertement ; mais, comme

troupes et lui donna, le 24 septembre, un sauf-conduit dont la copie est au vol. 560 du Dépôt de la guerre, n° 100. Cette condescendance étonna toute l'armée (lettre de M. de Givry, n" 118). M. de Créquy exposa les raisons de sa conduite à Louvois dans une lettre du 24 septembre, n° 99) ; nous n'avons pas la réponse du ministre.

1. Mcolas d'Argouges, marquis de Ranes, colonel général des dragons depuis 1669, avait été fait lieutenant général en cette même année 1677; il sera tué, le 16 juillet 1678, auprès d'Offenbourg.

2. V Allgemeine deutsche Biographie ne parle pas de ces deux généraux.

ils ne furent pas soutenus, il leur fallut quitter la partie et se retirer plus vite qu'ils n'étoient venus ^ ; Harang fut blessé et pris, et le comte de Nassau-Sarrebriick fut tué-.

Les deux armées demeurèrent dans la même situation pendant environ quinze jours. M. de Lorraine, comptant la campagne finie parce que la saison étoit fort avancée, reprit le chemin de Philipsbourg pour y repasser le Rhin et mettre ses troupes en quartiers d'hiver ; mais le maréchal de Gréquy lui gardoit une besogne à laquelle il ne s'attendoit pas, et s'étoit mis en tête, dès le camp d'Inor, ainsi que je l'ai su depuis de quelques-uns de ses confidents, de lui enlever Fribourg avant la fin de la campagne^. Pour mieux couvrir son dessein, il renvova une seconde fois M. de Ranes et son détachement en Lorraine et mena son armée dans des quartiers de fourrages, aux environs de Golmar, pendant qu'à Brisach on préparoit, avec le plus de secret et de diligence qu'il étoit possible, les matériaux nécessaires à l'entreprise. Ensuite il

1. C'est le 7 octobre qu'eut lieu ce petit combat, qui resta indécis [Gazette, p. 797-799); le soir même, M. de Créquy adressa une relation au ministre (vol. Guerre 560, n°* 157 et 158).

2. Gustave-Adolphe de Nassau-Sarrebriick, général-major et maréchal de bataille des troupes impériales, mourut le 9 octobre, dans le camp français où il était prisonnier, des suites de blessures reçues dans le combat du 7.

3. Le Roi aurait voulu qu'il fît le siège de Charlemont (lettre de Louvois du 11 octobre, dans le vol. Guerre 560, n° 171). M. de Créquy ayant soumis au ministre l'idée du siège de Fribourg, elle fut immédiatement adoptée [Ibidem, n"^ 238, 239 et 243).

fit revenir M. de Ranes et ses troupes de Lorraine, et, ayant passé brusquement le Rhin à Brisach, il vint assiéger Fribourg.

Siège et prise de Fribourg. — Cette place fut attaquée vivement, et se défendit mal, quoiqu'elle fût assez bonne et bien pourvue ; car elle se rendit avant que M. de Lorraine pût avoir fait la moitié du chemin pour venir à son secours, quoiqu'il marchât fort vite'. Cette nouvelle l'arrêta tout court, et, quelques jours après, ayant appris que le maréchal de Créquy, après avoir pourvu sa conquête, repassoit le Rhin pour faire entrer son armée en quartiers d'hiver, il y mena aussi la sienne; mais le maréchal, avant que de quitter l'armée, en détacha une troisième fois M. de Ranes, qui alla prendre le château de Sarrebrûck et y fit prisonniers de guerre cinq ou six cents Impériaux, qui ne se défendirent que foiblement^. Ainsi finit, aux derniers jours de décembre, la belle campagne du maréchal de Créquy, pendant laquelle on peut dire qu'il ne fit aucune fausse démarche, qu'il ne perdit

1. Investie le 9 novembre par M. de Montclar, Fribourg se rendit le 16- Il y a une relation du siège dans le Mercure du mois, p. 215-242, et le volume 361 du Dépôt de la guerre renferme les correspondances et les relations (voyez notamment les n"^ 35, 36, 39, 43-46, 48, 52, 54, 57, 58, 60 et 61). Le maréchal ayant fait hisser du canon à force de bras sur un rocher qui dominait les châteaux, le colonel qui commandait dans la place ne crut pas pouvoir résister et se rendit [Mémoires du marquis de Sourches, t. I, p. 32-33, notes).

2. La garnison, composée de quatre-vingts soldats, se rendit le 15 décembre; on trouva dans la place beaucoup d'artillerie et de munitions (vol. Guerre 561, n°^ 111, 127, 128, 133, 136 et 138, lettres de MM. de Créquy, de Ranes et de Givry).

jamais les ennemis de vue, ayant toujours la main levée prête à frapper et ne perdant aucune occasion de prendre ses avantages et d'en profiter^.

Campagne de Catalogne. — La guerre fut plus vive en Catalogne que l'année précédente. Le maréchal de Navailies, qui y commandoit l'armée de France et qui devoit assiéger Roses, que les galères investirent par mer, se mit de bonne heure en campagne. Ayant passé les Pyrénées, il se saisit de Figuières et poussa le comte de Monterey, général de l'armée espagnole, sous Girone. Ce général, s'étant ensuite fortifié des troupes d'Espagne destinées à passer en Sicile, de quelques autres survenues d'Aragon et de la noblesse du pays, en composa une armée plus forte que celle du maréchal et marcha à lui^. Ces deux armées se rencontrèrent près de Saint-Pierre-Pescador ^ et ne se purent joindre, parce qu'il y avoit un défilé entre elles et un grand ravin. Chacun voulut s'en saisir, et ce fut le sujet d'une grosse escarmouche, qui ne décida de rien'^, en sorte que le défilé fut coupé de part et d'autre par un retranchement. Les deux armées restèrent en cet état pendant quelque temps ° ; mais, les maladies ayant accueilli et beaucoup diminué celle de

1. Sur cette campagne du maréchal de Créquy, outre l'appréciation du marquis de Feuquière [Mémoires, t. II, p. 92-93), on peut voir une relation dans le ms. fr. 11237 et une autre dans celui de la bibliothèque de l'Arsenal n° 4598.

2. Navailies, se voyant inférieur, voulut rentrer en France par le col de Banyuls et décampa le 1^'' juin des environs de Figuières.

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