De Suède et de Danemark
4. Bataille de Landscroon, 13 juillet 1677; bataille d'Oddewalt, 7 septembre.
5. Port de Suède sur le Sund, vis-à-vis de la ville de Cronenbourg.
6. C'est en septembre que les Brandebourgeois occupèrent toute l'île.
7. Stettin fut investie le 6 juillet et ne se rendit que le 24 décembre par capitulation ; elle ne fut pas prise d'assaut comme va le dire notre auteur.
l'armée de l'électeur de Brandebourg emporta d'assaut. Pendant l'hiver qui suivit cette campagne, il survint un événement auquel on ne s'attendoit pas, et qui a été la source de bien d'autres, ainsi qu'on le verra dans la suite. Le prince d'Orange passa en Angleterre et y conclut son mariage, en peu de jours, avec la princesse Marie, fille aînée du duc d'York, frère du roi d'Angleterre^. [Celui-ci crut apparemment par là apaiser les murmures de son peuple et de son parlement, qui, secondé de son aversion naturelle, crioit hautement guerre contre la France. Le prince d'Orange espéroit d'y déterminer le roi au moyen de son mariage et secondé des suffrages de la nation ; mais il en arriva tout autrement, car le roi d'Angleterre, qui aimoit la vie tranquille et les plaisirs, désiroit la paix, et ses liaisons secrètes avec la France, qui l'entretenoient dans ses intérêts, exigeoient qu'il la lui procurât avec ses avantages. Aussi son but principal étoit de sauver les apparences et de gagner du temps.] Cependant, le prince d'Orange le pressoit de se déclarer. Tout ce qu'il en put obtenir fut le rappel des troupes qu'il avoit au service de la France, et de convenir avec lui d'un nouveau plan de paix, qu'il promettoit de faire accepter à la France par un envoyé exprès trois jours après qu'il lui auroit été proposé, sinon de lui déclarer la guerre, et de conclure sur-le-champ avec la Hollande un traité d'alliance, pour avoir lieu en cas que la France refusât le plan proposé.
1. Marie Stuart (1662-1695), fille du futur Jacques II et d'Anne Hyde, sa première femme, épousa Guillaume d'Orange le 15 novembre 1677. Elle fut couronnée reine avec son mari, à la place de son père détrôné, le 21 avril 1689.
Milord Feversham ^ partit d'Angleterre pour le porter au Roi. On lui demandoit la restitution de la Lorraine dans l'état que le dernier duc l'avoit possédée, ainsi que les places que les ai^mes de France avoient soumises pendant la présente guerre de la dépendance de l'Empereur et de l'Empire. Pour ce qui concernoit l'Espagne, on lui rendroit la Sicile, Ath, Charleroy, Audenarde, Gourtray, Tournay, Condé, Valenciennes, Saint-Ghislain, Binche, avec toutes leurs dépendances. Entre la France et la Hollande, il devoit y avoir une mutuelle restitution de ce qu'elles avoient occupé l'une sur l'autre pendant la présente guerre.
1678. — Voilà ce qui parut de cette négociation aux yeux du public: mais il est vraisemblable que Milord Feversham, François de nation, de la maison de Duras, étoit chargé de quelque chose de plus secret et de plus agréable ; car, autrement, il se seroit dispensé de venir en France. On ne lui donna point de réponse positive, et on lui témoigna seulement qu'on espéroit que son maître ne voudroit pas rompre pour une place ou deux; que ses propositions étoient bien dures, principalement à l'égard de Tournay, dont les fortifications avoient tant coûté d'argent ^ ; que pourtant la paix seroit toujours au pouvoir du roi d'An-
1. Louis de Durfort, passé en Angleterre et naturalisé dans ce pays, était devenu comte de Feversham en 1676 par son mariage avec l'héritière. Favori et capitaine des gardes de Jacques II, on croit qu'il fut d'intelligence avec le prince d'Orange lors de la révolution de 1688. Il ne mourut qu'en 1709.
2. Il y a une description de ces fortifications dans le Dictionnaire géographique de Bruzen de la Martinière.
gleterre, et que le Roi alloit envoyer ordre à son ambassadeur à Londres' d'entrer en traité avec Sa Majesté elle-même.
Cependant le prince d'Orange fut obligé de repasser en Hollande pour les affaires qui l'y appeloient-. Après son départ, l'ambassadeur de France adoucit un peu les esprits de quelques-uns^, en déclarant au roi d'Angleterre qu'il avoit l'ordre de tout céder, excepté Tournay, et même de se relâcher sur ce point pour un équivalent, si l'on y insistoit absolument. La négociation ne roula donc plus que sur ce point. Cependant elle traîna en longueur, et en messages et réponses, par deux raisons : l'une, que le roi d'Angleterre étoit bien aise de laisser couler le temps, afin de laisser au Roi celui de faire ses affaires; l'autre, que le prince d'Orange espéroit plus que jamais que le parti qu'il avoit en Angleterre, et qui s' étoit fort accru depuis son mariage, forceroit enfin le roi à déclarer la guerre à la France. En effet les mécontentements du peuple éclatèrent plus que jamais sur le bruit de la paix qui se négocioit avec la France. Pour empêcher qu'ils n'eussent des suites fâcheuses, le roi fut obligé de faire assembler le Parlement avant terme*, et il
1. C'était Paul Barrillon d'Amoncourt, tout récemment arrivé à Londres.