‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 171 sur 187 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

2. Arch. nat., K 1322, n° 93 bis. Je dois ce document à une obligeante communication de M. F. Sœhnée. — Le signataire de cette lettre, Nicolas de Frémont d'Ablancourt, était de famille protestante. Turenne, qui avait reconnu ses talents, lui procura les fonctions d'envoyé en Portugal, puis de résident à Strasbourg, où il rendit de grands services, surtout pour amener la réunion de cette ville à la France. Après la révocation de l'édit de Nantes, il se retira en Hollande, et y mourut en novembre 1693 ; il fit paraître divers ouvrages d'histoire, de littérature et de polémique.

Comme Al. de Turennc savoit loul cela en gros, il m'envoyoit coup sur coup des courriers pour faire déclarer Messieurs de Strasbourg, qui, se voyant pressés, dirent que M. de Turenne, s'étant trop avancé, leur causoit de grandes alarmes, qu'ils le supplioient de se retirer, et qu'ils satisferoient h la neutralité. Cependant, le lendemain, M. de Montecuculli et tous les officiers généraux de son armée passent en deçà, voient les bords du Rhin et prennent des mesures pour faire un pont au-dessous de l'autre ; et, sur cela. Messieurs de Strasbourg prétendent qu'ils ne font rien contre la neutralité, que Montecuculli n'a point demandé leur pont, et qu'il ne s'en servira point. Quand cela scroit vrai, Votre Excellence juge bien de l'échappatoire; et ce que je puis faire, c'est de donner avis de tout et de demeurer ici, quoique ce ne soit pas sans grand danger, jusque-là que des cavaliers impériaux ont poursuivi des courriers jusques au milieu de ma cour et tenoient mon logis comme investi. Cependant je n'ai point encore voulu de gardes, ni qu'on fermât ma porte.

Dans toutes les apparences, l'état des choses ne peut être longtemps sous cette même forme. Montecuculli attend toutes ses troupes, qui sont fort nombreuses : après quoi, dit-on, il viendra fondre tout d'un coup ici. Notre armée, d'un autre côté, est très bonne, et conduite par un général qui sait ce qu'il fait. Si cette ville eût voulu rompre son pont, elle eût empêché l'entière ruine de ce pays, qui va être réduit au point apparemment de ne point faire de moisson.

Si on me laisse la liberté de me retirer par où je voudrai, je crois que je prendrai le chemin de Bâle et de Soleure, quand ce ne seroit que pour avoir l'honneur de vous dire que je suis, avec beaucoup de respect, Monseigneur,

Votre très humble et très obéissant serviteur, Frémont d'Abla>"court.

Montecuculli s'est éloigné et a laissé deux mille hommes près de Kehl pour la garde du pont. On vient de m'assurer que les Impériaux n'entreront point par ici en Alsace, et qu'on croit même qu'ils n'y feront point de pont.

La mort de Turenne et ses conséquences^

M. de Vaubrun à M. de Louvois'^.

De Nieder-Ackeren, ce 27" juillet, h trois heures après midi.

M. de Turenne vient d'être tué d'un coup de canon en mettant ses troupes en bataille devant les ennemis, qui marchèrent hier, comme je vous le mandois, par Biehl, et on les a trouvés en arrivant sur le bord du ruisseau de Saasbach, qui est celui qui sépare les armées, la nôtre ayant marché dès la pointe du jour. Vous voyez bien qu'il ne peut y avoir de blessure qui m'empêche de monter à cheval pour tâcher d'être utile au service de S. M. tant que je vivrai. Je ne vous saurois rien mander de ce que feront les deux armées. Je monte à cheval dans cet instant pour aller trouver M. de Lorge.

Je suis. Monseigneur, absolument h vous.

N. de Bautru de Vaubrun.

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