‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 174 sur 187 · Vol. Guerre 459, n · texte numérisé non relu

Vol. Guerre 459, n

et il me parut loil, hier matin, que notre contenance avoii fait cet effet, dans un mouvement que firent les ennemis, qui, tout le matin, étendoient d'assez g^rands corps de troupes à leur droite et à leur g-auche, de manière que nous crûmes fort que c'étoit dans le dessein de nous venir attaquer. Et assurément toutes les troupes paroissoient d'une bonne volonté à faire tout espérer; mais, les ennemis étant rentrés dans leur camp, le reste de la journée se passa comme les précédentes, c'est-à-dire en se canonnant beaucoup, chacun de son côté ayant établi des batteries avec assez de travail. Ils en avoient sept ou huit plus que nous en batterie, et nous jetoient des bombes. Cependant, comme nous n'avions fait notre projet que de demeurer-là deux jours après la mort de M. de Turenne, parce qu'il s'y seroit pu trouver de grands inconvénients y demeurant davantage, dès la nuit du dimanche nous fîmes marcher nos bagages, que nous renvoyâmes au poste de Buschen, où étoit resté M. de Bullonde avec sa brigade de cavalerie et deux bataillons, et hier, à la nuit, toute l'armée en partit pour venir aussi à Buschen. Quoique les camps fussent à vue les uns des autres, rien de leur part n'a suivi notre marche. Nous y avons été incommodés d'une aussi grande pluie qu'il en ait fait de l'année.

Vous êtes déjà informé que ce poste où nous sommes est im pays entièrement mangé et où on ne pourroit rester. Je ne crois pas d'ailleurs que ce soit aussi le plus avantageux à occuper, mais plutôt celui de Neuma (?), où est notre pont sur la Kinzig, et où nous avons été déjà campés, partie en deçà, partie au delà de la rivière, pour être à portée de couvrir notre pont d'Altenheim en cas que les ennemis revinssent à Offenbourg, et leur exclure les avenues de Kehl. Voilà ce que je crois que nous aurions de mieux à faire présentement, espérant qu'on retrouveroit encore audit Neuma des pâtures et quelques four-

rages pour y faire subsister notre cavalerie pendant cinq ou six jours, pour qu'on reçût dans ce temps-là les ordres de S. M., que je ne crois pas qui puissent être autres que de repasser le Rhin, le pays où il seroit bon de se tenir étant entièrement mangé; mais je compte que le diflPérer de six ou sept jours est vous donner le temps de prendre des mesures pour se mieux précautionner contre les avantages que M. de Montecuculli pourroit trouver à le passer aussitôt qu'il pourroit aborder Kehl.

Nous n'avons point encore de nouvelles du camp des ennemis, ni si notre marche leur en aura fait changer. M. de Montecuculli m'envova hier un passeport que je lui avois demandé pour m'en aller à Brisach dès le temps que je fus blessé; mais je n'ai garde de m'en servir dans une conjoncture comme celle-ci, que je trouve d'une grande considération pour les intérêts de S. M., et j'ai la plus grande joie du monde d'avoir pu me trouver, malgré ma blessure, en état d'agir et de monter à cheval sans que cela l'ait fort empiré, et que j'en aie été quitte pour un peu plus de douleur. M. de Lorge vient d'envoyer M. de Bullonde à Willstedt avec un bataillon, sur l'avis qu'on a eu qu'il y avoit marché des troupes d'OflFenbourg. M. le comte de Roye vient de mander qu'il y a deux heures que les ennemis avoient paru sur l'arrière-garde, dont il étoit chargé, et que le major des Cravates avoit été pris.

Vous aurez bien su que M. de Saint-Hilaire le père eut le bras emporté du même coup que M. de Turenne, et que le fils du prince d'Harcourt eut aussi ce jour-là un coup de canon qui lui casse l'épaule, et dont il est fort en danger.

Je suis. Monseigneur, absolument à vous.

N. DE BaUTRU de VaUBRUN.

M. de Lorge à M. de LouçoisK

Au camp de Buschen, ce 30 juillet.

Je crois, Monsieur, que vous aurez appris par M. de Boisguyot la mort de M. de Turenne. Nous sommes demeurés deux jours en présence des ennemis, d'où nous nous sommes retirés ici, M. de Vaubrun et tous ces Messieurs les maréchaux de camp ayant trouvé que l'on ne pouvoit pas soutenir le poste où nous étions, à cause de l'église que tenoient les ennemis, laquelle l'on ne pouvoit pas attaquer, étant soutenue de leur armée, et, l'église étant d'elle-même très bonne, où le canon ne faisoit rien du tout, M. de Turenne défendit d'y tirer davantage.

Nous subsisterons autant que nous pourrons de deçà le Rhin en attendant les ordres de S. M. Je vous supplie de la faire ressouvenir de mes intérêts, puisqu'il n'y a personne qui ait plus de zèle que moi pour son service, ni qui soit plus entièrement à vous.

LoRGE DE Duras.

Les ennemis ont cru faire quelque chose à notre arrière-garde et nous ont suivis avec toute leur aile droite. Ayant joint notre arrière-garde tout près d'une redoute que je faisois garder, ils ont attaqué ce qui restoit à passer. Le comte de Roye commandoit là, et M. de Boufïlers y étoit avec les dragons, qui y a fait tout à fait bien. Le comte de Roye y a fait marcher un bataillon d'Hamilton, qui étoit dans la redoute, lequel y a aussi très bien fait. Ils ont chassé les ennemis et ont pris un major de dragons prisonnier.

Je viens de recevoir la lettre que vous écrivez à M. de Turenne du 22^ de ce mois, où il n'y a rien à répondre.

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