‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 34 sur 187 · Gérin, p · texte numérisé non relu

Gérin, p

2. C'est le 29 juillet 1664, à Fontainebleau, qu'eut lieu l'audience solennelle.

3. Dunkerque, cédé pour cinq millions de livres, avec Mardyck et les autres postes que les Anglais avaient en France, fut remis au roi le 27 novembre 1662.

depuis, tenant cependant les troupes en haleine par les secours qu'il prêtoit aux puissances qui avoient recours à lui.

L'Empereur fut de ce nombre. Sa Majesté lui envoya huit mille hommes, commandés par MM. de Coligny* et de la Feuillade^; grand nombre de jeunes seigneurs avides de gloire marchèrent sur leurs pas. Ces troupes se joignirent à l'armée impériale et combattirent avec tant de valeur au passage du Raab, près Saint-Gothard ^, en Hongrie, qu'on peut dire qu'elles sauvèrent cette armée, et qu'elles eurent presque seules tout l'honneur d'une victoire qui obligea aussitôt les Turcs à conclure la paix avec l'Empereur, lequel renvoya au Roi ses troupes changées de gloire.

Il secourut aussi les HoUandois de cinq à six mille hommes dans la guerre qu'ils avoient avec le fameux Bernard de Galen, évèque de Munster ^, [lequel avoit

1. Jean de Coligny-Saligny (1617-1686) avait eu une compagnie de dragons en 1639, devint mestre de camp-lieutenant du régiment d'Enghien en 1649, servit le prince de Condé pendant la Fronde, et rentra en grâce en même temps que lui. Au retour de l'expédition de Hongrie, il se retira dans ses terres jusqu'à sa mort, et y rédigea des Mémoires qui ont été publiés par la Société de l'Histoire de France en 1841.

2. François d'Aubusson, duc de la Feuillade, était maréchal de camp depuis 1663; il devint colonel des gardes françaises en 1672, maréchal de France en 1675, et mourut en septembre 1691. C'est le créateur de la place des Victoires.

3. Ville de la Basse-Hongrie, dans la province de Vasvar. C'est le 1" avril 1664 que fut livrée cette bataille.

4. Christophe-Bernard de Galen, d'abord colonel au service de l'électeur de Cologne, puis chanoine et prévôt de Munster, enfin évêque de cette ville en 1650. Ses guerres contre les Hollandais, l'électeur de Brandebourg, le roi de Suède et ses

quitté son bréviaire pour prendre l'épée et commandoit lui-même son armée, chose qui ne s'accordoit guère avec son caractère d'évêque]. Peu après l'arrivée de celles de France en Hollande, ce prélat fut obligé de souscrire à la paix et de restituer aux Hollandois ce qu'il leur avoit pris. Le Roi aida encore les Provinces-Unies de plusieurs vaisseaux contre les Anglois. [Je crois qu'on peut dire sur cela que ce fut un trait de politique des deux rois, afin que les Anglois eussent de l'occupation et fussent un peu matés.] Les deux armées se livrèrent plusieurs combats, où les François se signalèrent^, et les Anglois eurent presque toujours du désavantage. A la fin, la paix se fit, et les vaisseaux du Roi revinrent dans les ports de l'Océan. Ils n'y restèrent qu'autant de temps qu'il en fallut pour les radouber; car bientôt après ils passèrent dans la Méditerranée, M. Colbert les ayant destinés à l'exécution du projet qu'il avoit formé d'un établissement sur les côtes d'Afrique pour le bien du commerce.

M. de Beaufort^ eut le commandement de l'armée

propres sujets de Munster ont été fréquemment étudiées, en dernier lieu par le comte P. de Ségur. Il mourut en septembre 1678. Le secours envoyé par Louis XIV aux Hollandais était de six mille hommes, commandés par M. de Pradel.

1. Histoire militaire par Quincy, t. I, p. 273. Il y eut notamment, le 20 août, un combat gagné par les Français près de l'île Saint-Christophe.

2. François de Vendôme, né en 1616, petit-fils d'Henri IV, s'était signalé, sous Louis XIII et pendant la minorité de Louis XIV, par ses menées contre le gouvernement. Rentré en grâce après la Fronde, il avait reçu en 1659 la survivance de la charge d'amiral de France qu'avait eue son père. Nous le verrons tué à Candie en 1669.

navale, et M. de Gadagne^ lieutenant général, celui des troupes qu'on y embarqua. Cette armée arriva devant Gigeri^ le 19 juillet 1664, et l'on débarqua les troupes près de cette ville, malgré l'opposition des Maures, qui furent poussés dans le pays. La ville fut emportée, et l'on y mit garnison^.

[Nonobstant ce beau début, il arriva là ce qui a coutume d'arriver aux François dans les expéditions lointaines, pour lesquelles il ne semble pas qu'ils soient nés, c'est-à-dire que celle-ci ne réussit pas]. On manqua de vivres, les maladies se mirent dans l'armée, et il y mourut bien du monde. Il fallut abandonner Gigeri et battre en retraite*. Un vieux vaisseau, nommé la Lune, s'ouvrit, se perdit, et avec lui une partie considérable du régiment de Picardie, qui y étoit embarquée^. Ce mauvais succès réjouit fort les ennemis de M. Golbert, particulièrement MM. Le Tellier, qui étoient jaloux de sa faveur, et l'ont été tant qu'il a vécu.

1. Charles-Félix deGaléan, comte de Gadagne, servit d'abord au régiment des Galères, puis à celui de la Marine; maréchal de camp en 1651, il était lieutenant général depuis 1655.

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