‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 33 sur 187 · A la limite du Dauphiné et de la Savoie · texte numérisé non relu

A la limite du Dauphiné et de la Savoie

3. Bernardin Gigault, marquis de Bellefont, devint maréchal de France en 1668, après avoir été ambassadeur en Espagne. Il mourut en décembre 1694.

4. Par les articles 99 et 100 du traité des Pyrénées, les rois de France et d'Espagne promettaient leurs bons offices pour engager le Pape à terminer les différends qu'il avait avec le duc de Modène au sujet de Comacchio, et avec celui de Parme au sujet de Castro et de Ronciglione.

5. César de Choiseul, comte du Plessis-Praslin (1598-1675), était maréchal de France depuis 1645 et avait été ministre d'État de 1653 à 1661; il fut créé duc et pair en 1665.

contre l'orage qui le menaçoit, par une ligue qu'il voulut faire avec les princes d'Italie. Le roi d'Espagne promettoit de s'y joindre et d'y engager l'Angleterre et la Hollande ; mais toutes ces mesures se trouvèrent courtes : le roi d'Angleterre et les Provinces-Unies ne voulurent point y entrer, les princes d'Italie refusèrent nettement le Pape, et le roi d'Espagne, se voyant seul, fut obligé de faire comme les autres.

Alexandre VII proposa un accommodement par l'entremise des Vénitiens. Le Roi eut d'abord peine à s'y résoudre; mais, à la fin, il consentit qu'on s'assemblât à Pise, où l'on convint* que le cardinal Ghigi viendroit incessamment en France en qualité de légat a latere, et y protesteroit à Sa Majesté que ni lui ni aucun de sa maison n'avoient eu part à l'attentat commis contre le duc de Créquy et la duchesse sa femme ; que Don Augustin Ghigi feroit à Rome la même protestation par écrit, et cependant sortiroit de la ville, jusqu'à ce que le légat eût eu audience du Roi et qu'il eût obtenu son pai^don ; que le cardinal Impériale viendroit aussi en personne se justifier et se mettre entre les mains du Roi, pour être puni, s'il étoit jugé coupable; enfin que, par un écrit solennel du Pape, toute la nation corse seroit déclarée à jamais incapable de servir dans l'État de l'Église 2, et que, pour conserver la mémoire de la répai^ation faite à Sa Majesté, on éleveroit à Rome une pyramide vis-à-vis de leur

1. Le traité fut signé le 12 février 1664 [Corps diplomatique de Du Mont, t. VI, 3^ partie, p. 1).

2. Sur ce décret contre les Corses, qui ne fut peut-être pas publié, voyez l'ouvrage de M. Gérin, t. T, p. 467 et 492.

corps de garde, sur laquelle ce décret seroit gravé ^ . Tous ces articles furent ponctuellement exécutés. Quand le légat et le cardinal Impériale arrivèrent, le Roi les reçut en prince qui n'a de ressentiment qu'autant que sa gloire l'y oblige ^ Les troupes revinrent; Avignon fut rendu au Pape, et toute cette affaire s'assoupit [au contentement et à la gloire du Roi. Je dis s'assoupit; car la cour de Rome ne perdit pas la mémoire de la flétrissure qu'elle reçut, et s'en est ressentie dans l'occasion].

[Si le succès de l'affaire du baron de Watteville avoit donné d'abord une impression juste de l'attachement du Roi pour ce qui étoit de sa gloire, celle de Rome accrut encore sa réputation ; mais l'achat qu'il fit de Dunkerque, que le roi d'Angleterre lui vendit ^ et l'importance de cette acquisition donna encore à connoître qu'il étoit également fier et politique, joint à cela que le bon ordre qu'il mettoit en ses affaires commençoit à le faire redouter de tous ses voisins. Ainsi chacun d'eux évitoit de l'irriter, ne pouvant lier de partie pour s'opposer à sa grandeur naissante], parce que l'Allemagne étoit en guerre avec le Turc, et que l'Espagne se trouvoit si affoiblie, qu'elle nepouvoit même soutenir la guerre qu'elle avoit contre le Portugal. Ainsi le Roi avoit les mains libres et travailloit à s'élever au faîte de cette grandeur où on l'a vu

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