Charles V (1643-1690), qui porta le titre de duc de Lor
comme son oncle, et qui s'acquit beaucoup de gloire et de réputation au service de l'Empereur, dont il commanda les armées. C'étoit à ce prince que la Lorraine appartenoit légitimement, et non à son oncle, qui, tout au plus, n'en pouvoit prétendre que l'usufruit. Cependant le vieux duc, qui en étoit en possession, voyant bien qu'il ne pourroit assurer cet État au prince de Vaudémont, son fils, au préjudice de son neveu, voulut le changer de nature et en traiter avec le Roi, qui y prêta volontiers l'oreille, ces duchés étant fort à sa bienséance. Le traité en fut signé*. Le prince Charles, qui étoit alors avec son oncle à Paris, fit ses protestations et se retira en Italie, puis en Allemagne, où il resta jusqu'à sa mort. Le duc Charles, dont l'esprit étoit inconstant, ne tarda pas à se repentir de ce qu'il avoit fait, et chercha à éluder au moins le traité, s'il ne le pouvoit pas rompre entièrement. Le Roi, ayant, de son côté, fait examiner avec soin cette affaire, reconnut que le duc n'avoit pu validement disposer de ses États, la propriété ne lui en étant point acquise; que la loi salique, qu'il avoit alléguée pour fondement de ce traité, n'avoit jamais été en usage en Lorraine^. Ainsi ce monarque, renonçant au traité, en fit un autre ^ avec le duc, par lequel
raine, mais qui n'entra jamais en possession de ses Etats, retenus par la France jusqu'à la paix de Ryswyk.
1. Traité de Montmartre (6 février 1662). C'était pour pouvoir épouser la fille de l'apothicaire Pajot que le duc cédait ainsi ses Etats à Louis XIV.
2. « Les duchés de Lorraine et de Bar, très constamment féminins, » dit Saint-Simon [Mémoires, éd. Boislisle, t. XV, p. 27).
3. Traité du 31 août 1663 (Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. III, col. 613-614).
celui-ci s'engagea, entre autres choses, pour gage et sûreté de sa foi, de remettre à Sa Majesté la ville de Marsal ^ ; mais, dès qu'il fut de retour en Lorraine et qu'il fut question de l'exécution, le duc tâcha de l'éluder, tantôt d'une manière et tantôt d'une autre, jusques à ce que le Roi, s'ennuyant de toutes ces remises, fit investir Marsal par un corps d'armée et s'y rendit en personne. Alors, le duc, sentant bien qu'il ne pouvoit sauver cette place et qu'il couroit risque d'être chassé de ses États, eut recours à la clémence de Sa Majesté et lui remit Marsal. La guerre ayant fini par là, le Roi s'en revint, n'ayant été que trois semaines en son voyage^.
Ce fut à peu près dans ce même temps qu'il fit commencer le magnifique bâtiment du Louvre^, ou des Tuileries, qu'il laissa imparfait; car, ayant changé de goût, il se fixa à Versailles, où il a dépensé tant de millions à réparer par l'art les défauts de la nature, et à faire d'un terrain disgracié le plus superbe lieu du monde*. Chacun se rendit attentif à toutes les merveilles de ce nouveau règne, la cour devint fort grosse, et l'on ne songea qu'à s'y divertir. L'âge du Roi, son
1. Auj. Alsace-Lorraine, cercle de Château-Salins, au milieu des marais de la Seille.