Onze jours, du 25 août au 5 septembre
3. C'est la colonnade, qui ne fut terminée que plus tard ; d'autres travaux avaient été rendus nécessaires par l'incendie qui avait détruit la galerie des Rois en février 1661 (A. Babeau, le Louvre, p. 156-157 et 164-165).
4. « Versailles, le plus triste et le plus ingrat de tous les lieux, sans vue, sans bois, sans eau, sans terre, parce que tout y est sable mouvant ou marécage » [Mémoires de Saint- Simon, éd. 1873, t. XII, p. 80).
inaltérable santé, sa bonne mine, son opulence, le bon ordre de ses affaires, tout l'y convioit également.
L'amour, qui aime la joie, vint aussi prendre part aux divertissements. Le Roi ne s'en défendit pas mieux qu'un autre, et devint amoureux de M'^® de la Vallière, fille d'honneur de Madame, sa belle-sœur^. Sa beauté étoit médiocre ; mais elle avoit, d'ailleurs, tant de délicatesse, d'esprit et d'agrément, qu'elle plaisoit autant qu'une plus belle. Le Roi, qui étoit l'homme de son royaume le mieux fait et le plus aimable, sut bientôt s'en faire aimer. Dans son commencement, cet amour fut tenu caché ; mais, comme un feu violent ne peut manquer d'éclater, la jeune Reine s'en aperçut et en témoigna du déplaisir. Cela causa quelques brouilleries ; mais force lui fut de prendre patience.
Cette amourette ayant ainsi éclaté, le Roi garda moins de mesures : il fît sa maîtresse duchesse ^ et lui consacra tous les moments qu'il n'employoit pas aux affaires. Ce n'étoit que fêtes, que divertissements magnifiques ; mais, comme la possession éteint l'amour, [et que la passion s'épuise plus facilement quand les sens ont à désirer plus de beauté], le Roi se détacha de sa maîtresse [après en avoir eu deux enfants], et en prit une plus belle. M"® de la Vallière, qui aimoit le Roi pour lui-même et indépendamment de sa couronne, en fut si touchée, qu'elle se jeta dans le couvent des Carmélites, s'y fît religieuse, [et y vit encore d'une
1. C'est dans l'été de 1661 qu'avait commencé la liaison avec La Vallière.
2. En mai 1667 ; les lettres-patentes d'érection sont dans Y Histoire généalogique, t. V, p. 26-27.
manière tout à fait exemplaire, après avoir fait une longue et sincère pénitence du passé^J.
Cependant MM. Le Tellier et de Louvois étoient fort fâchés de ce que M. Golbert prenoit le dessus sur eux, et de ce qu'il n'étoit plus question que de choses qui regardoient son ministère; ils souhaitoient une occasion de régner à leur tour, et de profiter des inclinations naturelles du Roi pour la gloire qui s'acquiert par les armes, quand la mort du roi d'Espagne^ arriva à point nommé. Quoiqu'il ne parût pas d'abord que cet événement pût causer de grands troubles, parce que ce prince laissoit un fils de son second mariage^, héritier de tous ses Etats, et que le Roi, en épousant l'infante d'Espagne, avoit fait une renonciation absolue, quand même les enfants mâles viendroient à manquer, néanmoins MM. Le Tellier et de Louvois portèrent le Roi à faire plusieurs demandes au conseil d'Espagne touchant cette succession. Comme ces demandes firent recommencer la guerre et furent la base de celles qui sont survenues depuis, il est nécessaire que j'explique ceci davantage.
Le roi d'Espagne, Philippe IV, avoit eu deux femmes : la première, Elisabeth de France^, dont il eut notre Reine et le prince Don Balthazar '" ; de son
1 . M"® de la Vallière entra au Carmel de Chaillot le 20 février 1674, et mourut en 1710. — Le présent passage a donc été écrit avant cette dernière date.