‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 48 sur 187 · La guerre de Trente ans · texte numérisé non relu

La guerre de Trente ans

2. Rousset, Histoire de Louvois, t. I, p. 129-130; Dépôt des affaires étrangères, vol. France 94.

de l'Empire, lui donnoient tant d'occupation, que les François n'eurent point d'irruption à craindre du côté de la Bourgogne, qui étoit la frontière la plus foible. Mais, à présent, l'Allemagne n'ayant plus d'ennemi qui la traversât et jouissant d'un grand repos, il étoit nécessaire de se faire une bonne barrière contre elle. Il y a apparence que les Comtois ne firent point cette réflexion; car ils ne pensèrent, en envoyant leur député à Monsieur le Prince, qu'à le charger de bien marchander avec lui, afin qu'il leur en coûtât moins. Ce député offrit jusques à trois cent mille livres par an, pourvu que le traité de neutralité fût accordé pour trois années. Monsieur le Prince leur répondit qu'il doutoit que le Roi acceptât ce temps-là, à moins qu'ils ne fissent monter la somme jusques à cinq cent mille livres, et, sur ce qu'ils lui représentèrent qu'il ne leur étoit pas permis de passer l'offre qu'ils avoient faite. Monsieur le Prince leur répliqua qu'ils s'en retournassent chercher des pouvoirs plus amples; que, cependant, il rendroit compte au Roi de ce qui s' étoit passé, et les serviroit en ce qui seroit de son pouvoir. Pendant qu'on employoit ainsi le temps aux yeux du public, on travailloit en grande diligence à tous les préparatifs nécessaires à l'entreprise. Mon père avoit été en Bourgogne^ sous prétexte de faire mettre en état l'artillerie et les magasins des places négligés depuis longtemps'^. On envoya des commis des ^^vres acheter des blés, et ils publioient que c'étoit pour la

1. Il était alors lieutenant général de l'artilleiùe au département de Guyenne.

2. L'arsenal d'Auxonne renfermait des approvisionnements presque suffisants [Histoire de Louvois, p. 131).

subsistance des armées que le Roi vouloit tenir, l'année suivante, en Catalogne et du côté de l'Italie. A cet eiïet, on fît marcher des troupes dans le Lyonnois, le Dauphiné et la Bourgogne ; [les nouvelles troupes qui se faisoient en Provence, en Languedoc, Lyonnois et Dauphiné, avoient leurs routes par la Bourgogne, et on y faisoit cadrer le temps de leur arrivée avec celui auquel l'expédition méditée devoit avoir lieu], et Monsieur le Prince avoit ordre de les aiTêter. Cependant il informa la cour de l'état précis de la Franche- Comté. Les troupes réglées qui y étoient consistoient seulement en cinquante cavaliers montés et deux mille hommes de pied, pai^tagés dans les villes de Dôle, Gray, Besançon, Salins et plusieurs châteaux de cette province, à quoi il falloit ajouter environ deux mille bourgeois portant les armes dans Dôle, sept à huit cents dans Gray, autant dans Salins, et environ trois mille dans Besançon. Il y avoit, de plus, sept à huit mille hommes de milice répandus dans les bourgs et villages du plat pays, qu'il espéroit si bien de surprendre, lorsqu'il y arriveroit avec l'armée, qu'ils n'auroient pas le temps de s'assembler, et encore moins de se jeter dans les places, dont il feroit occuper toutes les avenues ; et c'est ce qui ne manqua pas d'arriver.

Quant aux fortifications, il fit savoir que Besançon, capitale de la province, étoit seulement enceinte de murailles terrassées et flanquées de distance en distance de tours crénelées, le tout environné d'un assez bon fossé. Salins étoit à peu près de même, à la réserve qu'il étoit défendu par trois châteaux, en assez mauvais état aussi bien que les autres de la

province. Gray étoit une place bien revêtue, et dont l'attaque la plus facile étoit défendue par deux bons bastions; mais il n'y avoit aucuns dehors. A l'égard de la ville de Dôle, elle étoit assez connue et s'étoit rendue fameuse par le mauvais succès que le prince de Condé, père de celui-ci ^ y avoit eu, qui fut obligé d'en lever le siégea Les habitants venoient d'y faire revêtir trois demi-lunes à leurs dépens; mais la maçonnerie étoit si mauvaise, qu'elle avoit lâché en plusieurs endroits. Enfin on sut que toutes ces places étoient pourMies des choses nécessaires à leur défense. Avant que l'on commençât cette entreprise, il arriva deux choses qui pensèrent la déconcerter. On fut averti que les Suisses convoquoient une diète générale, et on craignit qu'ils n'eussent pénétré le dessein de la France et ne prissent la résolution de s'y opposer, la chose les touchant de si près. M. Mouslier eut ordre de rompre la diète, à quelque prix que ce fût, et il y réussit^. Plusieurs des membres ne se doutoient de rien ; les autres s'en rapportèrent à ce que faisoient leurs compatriotes. D'un autre côté, les courtisans, qui ne peuvent se taire, surtout quand ils ne sont point dans la confidence, et les espions, qui remarquent tout, n'avoient pu voir les mouvements qui se fai-

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