Gazette de 1670, n
2. Histoire militaire, t. I, p. 305-306. Le duc Charles entretenait des intelligences secrètes avec l'empereur; c'est ce qui détermina Louis XIV à mettre la main sur ses places.
3. Jean-Jacques de Chaumejan, marquis de Fourilles, avait une compagnie aux gardes françaises depuis 1668; il deviendra lieutenant général en 1674.
Chatte \ Épinal et quelques autres de ses places. Le maréchal de Gréquy marcha pour les assiéger et s'en rendit facilement le maître 2; car elles ne tinrent que fort peu et se rendirent presque sans coup férir.
\ 671 . — Au commencement de l'année suivante, le Roi occupa encore ses troupes à perfectionner les fortifications des places nouvellement conquises; mais, dans la résolution où il étoit de porter la guerre en Hollande, sa principale attention fut de mettre la dernière main au traité que feu Madame avoit entamé avec le roi d'Angleterre, qui ne s'y portoit plus avec tant de chaleur. Charles craignoit l'embarras que ce traité pouvoit lui causer du côté de la nation angloise et du parlement, dont il n'attendoit aucune assistance dans la guerre projetée; mais ses irrésolutions furent fixées par M. de Barrillon, ambassadeur de France à Londres ^ et par M"*" de Keroualle, aujourd'hui duchesse de Portsmouth, dont il étoit fort amoureux^.
1. C'est le nom ancien de Châtel-sur-Moselle, dép. des Vosges, arr. d'Epinal.
2. M. de Créquy s'empara d'abord de Pont-à-Mousson, puis d'Epinal le 24 septembre, enfin de Châtel.
3. Paul Barrillon d'Amoncourt, d'abord conseiller au Parlement et intendant de Paris en 1665, ne fut ambassadeur en Angleterre qu'en 1677; lors du voyage de Madame, l'ambassadeur était Charles Colbert de Croissy.
4. Louise-Renée de Keroualle, fille d'honneur de Madame, avait accompagné la princesse à Douvres et fit, dès lors, la conquête de Charles II; mais elle ne devint sa maîtresse en titre qu'en 1671, fut créée duchesse de Portsmouth en 1673 et se retira en France en 1681. M. Forneron et, plus récemment, M. J, Lemoine ont étudié le rôle qu'elle joua dans la politique anglaise.
A l'aide d'un si puissant second et d'une somme considérable qu'on donna tant au roi qu'à sa maîtresse, le traité fut mis au point qu'il ne tenoit plus qu'à l'exécution. La France se chargea de tous les frais, en cas que la nation angloise n'y voulût point entendre. Pour l'y engager, on voulut renouveler contre les Hollandois l'ancienne querelle du pavillon, dont elle a paru toujours fort jalouse \ et, dans ce dessein, le roi d'Angleterre envoya plusieurs vaisseaux de guerre à la rencontre de la flotte hollandoise, qui revenoit de Smyrne. Il y eut une espèce de combat entre les Anglois et les Hollandois; mais les premiers n'en tirèrent pas grand avantage, et la nation ne voulut point s'y intéresser.
Le roi d'Angleterre étant ainsi engagé, l'archevêque de Cologne 2 et l'évéque de Munster ^ se mirent de la partie, l'un, à la sollicitation de l'évéque de Strasbourg, son premier ministre et pensionnaire de la France^; l'autre, incité seulement par son ancienne animosité contre les Hollandois.
La convention des deux rois et le plan de cette guerre portoient qu'ils joindroient leurs armées navales, à la faveur desquelles le roi d'Angleterre feroit faire une descente sur les côtes de Hollande et y prendroit
1. Les Anglais voulaient obliger les Hollandais à saluer les premiers le pavillon britannique lorsque leurs vaisseaux se rencontraient à la mer.
2. Maximilien-Henri de Bavière, coadjuteur de Cologne en 1643, puis archevêque le 26 novembre 1650, mort en 1688.