Ci-dessus, p
4. François-Égon de Fiirstenberg (1626-1682), grand doyen et prévôt du chapitre de Cologne, puis évêque de Strasbourg en 1663.
poste, pendant que l'armée de France, composée de cent mille hommes, t'eroit une puissante diversion, en attaquant les Provinces-Unies dans le centre de leur pays. Les places maritimes qui seroient conquises dévoient demeurer à l'Angleterre, et celles de terre à la France.
Un autre article de ce traité portoit que le roi d'Angleterre s'obligeoit à joindre à l'armée de France six mille Anglois, et il les envoya, en effet, sous le commandement du duc de Monmouth\ un de ses fils naturels. Pour les archevêque et évêque de Cologne et de Munster, ils dévoient attaquer les Hollandois par le côté de la Frise, et, comme l'électeur de Cologne ne pouvoit mettre sur pied assez de troupes pour faire de grands progrès, le Roi s'obligea de le soutenir par un corps détaché, consentant, conjointement avec le roi d'Angleterre, que les places et pays conquis par ces deux prélats leur appartiendroient en propre. Toutes ces négociations furent tenues très secrètes, et la Hollande, qui ne pouvoit manquer d'être subjuguée si ce projet avoit lieu dans toute son étendue, se trouva fort étonnée quand elle le vit sur le point d'être exécuté.
1 672). — Cette république étoit divisée en deux partis, celui d'Orange et celui des de Witt^, bons répu-
1. Jacques, fils naturel de Charles II et de Lucy Walters, né en 1649, titré duc de Monmouth, fut capitaine des gardes du roi son père; mais, s'étant révolté contre Jacques II, il fut fait prisonnier et décapité le 25 juillet 1685.
2. Jean de Witt, né en 1625, pensionnaire de Dordrecht en 1650, puis grand pensionnaire (1652), gouverna la République
blicains, fort accrédités parmi les peuples, et qui avoient pris le temps du bas âge du prince d'Orange* pour gouverner suivant leurs maximes et rendre leur parti le plus fort. Ils avoient expulsé des charges et des emplois les créatures de la maison d'Orange; mais, comme ces deux hommes étoient plus attachés à ce qui regardoit le commerce et la richesse de l'État, ces objets leur étant plus sensibles, ils avoient, pendant la paix dont jouissoit la Hollande depuis plusieurs années, néghgé les alliances étrangères, et plus encore ce qui concernoit les affaires militaires. [Ainsi, se maintenant d'eux-mêmes, ils n'avoient aucune ligue avec les princes leurs voisins, et se contentoient de leurs richesses et du repos dont ils jouissoient. Il en étoit résulté deux grands inconvénients] : l'un, que l'abondance et la liberté les avoient rendus fiers et orgueilleux, l'autre, que la discipline militaire s'étoit anéantie sous leur gouvernement. De là, et de l'épargne qu'ils voulurent faire, il advint qu'ils avoient, en ce temps-là, peu de troupes sur pied ; encore étoient-elles fort mauvaises, et leurs places étoient fort négligées et mal pour\Ties des choses nécessaires à leur défense. A la vérité, ils eurent toujours grand soin de leur marine, tant pour l'utilité qu'elle apportoit à leur
pendant vingt ans et mourut assassiné, en 1672, avec son frère aîné Corneille, né en 1623, qu'il avait associé au pouvoir. M. Antonin Lefèvre-Pontalis a étudié la vie et la politique des deux frères (1884).
1. Guillaume X de Nassau, prince d'Orange (1650-1702), était premier noble de Zélande depuis 1670; nommé capitaine général et amiral au commencement de la guerre, il fut élu stathouder après la mort des frères de Witt, et devint roi d'Angleterre en 1688, après avoir détrôné son beau-père Jacques II.
commerce qu'à cause des guerres qu'ils avoient eues de temps en temps avec les Anglois pour l'honneur du pavillon et l'intérêt de leur négoce.
La situation de ces provinces étant telle que je viens de dire, la France et l'Angleterre leur déclarèrent la guerre au mois d'avril 1 672 ; mais, auparavant, le Roi communiqua son dessein à l'Empereur et l'assura que sa résolution étoit d'observer ponctuellement le traité de Munster et celui d'Aix-la-Chapelle, espérant que Sa Majesté Impériale seroit dans de pareils sentiments. Le Roi donna les mêmes assurances à la reine régente d'Espagne, et lui fît demander en même temps passage pour ses troupes sur les terres qu'elle possédoit dans les Pays-Bas. Le comte de Saint-Géran^ fut député vers l'électeur de Brandebourg- pour l'assurer que le Roi ne vouloit rien innover sur ce qui regardoit l'Empire et les princes qui le composent. Il étoit encore chargé d'insinuer à cet électeur que, s'il ne se mêloit point des affaires des Hollandois, on pourroit bien lui remettre les villes de Wesel, Emmerich^ et le fort de Schink^, qu'ils lui détenoient depuis longtemps, et dont on se promettoit de devenir bientôt maître.
Les deux rois alliés prirent aussi des mesures auprès
1. Bernard de la Guiche (1642-1696), lieutenant général en 1670, reçut le collier des ordres en 1689.
2. Il avait déjà eu des missions temporaires en Angleterre et à Florence.
3. Ville du pays de Clèves sur le Rhin, en aval de Wesel, et moins bien fortifiée que cette dernière, dont la position au confluent de la Lippe et du Rhin était importante.
4. Comme il le dira plus loin, le fort de Schink était situé à l'endroit oîi le Rhin se sépare du Wahal.
du roi de Suède, afin de contenir les autres puissances du nord, et l'invitèrent même d'entrer dans cette guerre; mais il ne jugea pas à propos d'y consentir.
Les Hollandois, voyant l'orage prêt à tomber sur eux, tâchèrent de se précautionner. Leur première démarche fut de donner au jeune prince d'Orange le commandement de toutes leurs troupes. Ils lui rendirent une partie des dignités dont ses prédécesseurs avoient joui, afin que le nom de ce prince leur servît comme de caution auprès de ceux avec qui ils pourroient traiter. Ce nouveau général commença sa fonction par munir le mieux qu'il put les villes frontières de troupes et de tout ce qui étoit nécessaire, et il s'efforça d'assembler un corps d'armée pour se porter au plus pressé.
Cependant le Roi partit de Saint-Germain vers la fin du mois d'avril, pour se rendre sur la Meuse, avec une armée de cent mille hommes, suivie d'un attirail prodigieux d'artillerie, de munitions de guerre et de quatre-vingts charrettes chargées d'argent^. Monsieur le Prince et M. de Turenne furent les deux chefs principaux qu'il choisit pour agir sous ses ordres pendant la campagne. Avant de passer outre, je vais dire un mot du caractère de ces deux grands honmies.
Le prince de Condé a passé, à juste titre, pour le Mai^s de son siècle. Peu de capitaines ont possédé, comme lui, le génie de la guerre et ont été plus intrépides et d'un esprit plus présent dans l'action. Il est pourtant vrai de dire que son impétuosité naturelle et
1. Histoire militaire, par Quincy, t. I, p. 312-313. Le point de concentration était Charleroy.
son ardeur l'ont plusieurs fois engagé trop avant ; mais, quelque malheur qu'il ait eu dans différentes batailles, il n'en est jamais sorti sans l'admiration des deux partis. Son inquiétude et sa légèreté naturelle l'ont jeté souvent dans de fâcheuses situations ; mais son esprit et sa valeur l'en ont tiré glorieusement. La France est peut-être redevable à la jalousie et à la circonspection des Espagnols de ce qu'il ne s'est pas vengé plus pleinement des outrages qu'il prétendoit avoir reçus d'elle, et, si son courage et son ambition eussent été secondés, elle en auroit sans doute éprouvé des effets plus funestes. Son esprit brillant, vif, et pénétrant au-dessus de tout ce qu'on peut croire, le rendoit capable de tout ce que son trop d'activité lui a pu permettre. Son ambition et son penchant pour les biens de ce monde lui ont fait faire beaucoup de pas irréguliers, et l'affection qu'il leur portoit a fait une tache considérable à sa vie. Il étoit prompt et violent, ce qui étoit cause qu'on l'aimoit moins qu'il n'étoit admiré. Il s'est laissé emporter à bien des excès souvent opposés, et on peut dire de lui que ses belles et admirables qualités n'ont pu couvrir bien des imperfections.
Le vicomte de Turenne, [fils et frère des feus ducs de Bouillon, princes souverains de Sedan, étoit un seigneur qui] avoit joint à une grandeur d'âme au-dessus de ce qu'on peut penser une expérience dans la guerre qui l'a rendu un des plus fameux capitaines du monde. Son jugement étoit excellent, et son esprit d'une très grande étendue. [Si l'on n'y remarquoit pas cette vivacité qui donne de l'éclat et du brillant, il avoit, en récompense, le solide à pleine mesure.] Toutes
ses vues étoient admirablement justes et suivies, et on ne le voyoit point faire de fausses démarches. Toujours ferme dans ses desseins et dans ses projets, il poussoit son ennemi à bout, et prévoyoit tout ce qu'il auroit à faire dans une campagne, et il ne s'y est jamais trompé que quand il a eu affaire à de mauvais capitaines. Toujours l'œil sur son ennemi, il ne le méprisoit que lorsqu'il se voyoit l'épée à la main contre lui^ Il étoit d'une valeur ferme, solide et naturelle, se possédant également dans le repos et dans les plus grands périls ; uni, simple, sage, juste, officieux, prenant soin de son armée en général et en père, unissant ensemble l'amour et l'autorité, au-dessus des richesses et de l'intérêt, et ne cherchant que la gloire qui se peut acquérir sans faire tort à la probité.
[Avec tant d'excellentes qualités, un tel honune n'étoit-il pas tout à fait au-dessus des autres?] Pourquoi, alors, ne lui donner que de petites armées à conduire, avec lesquelles, cependant, il ne laissoit pas de faire trembler toute l'Allemagne? Pourquoi lui refusoit-on les secours qu'il demandoit? C'est qu'un ministre jaloux, orgueilleux et puissant vouloit que tout fléchît devant lui, sous prétexte de faire respecter l'autorité de son maître, et qu'il redoutoit la gloire et la probité de ce grand homme ^.
Le Roi, en venant camper sur la Meuse avec son armée vis-à-vis la petite ville de Vizé^, détacha le comte de Soissons, heutenant général^, avec huit ou