Sur la rive droite de la Meuse
3. Ou Valkenburg, dans le Limbourg hollandais, à deux lieues à l'est de Maëstricht.
vi\Te avec les princes d'Allemagne, il vouloit bien, après la conclusion de la paix, renoncer en faveur de ces princes au droit que ses armes lui donnoient sur les places qu'il avoit conquises sur lesdits États dans l'Empire, se réservant seulement la liberté d'en ruiner les fortifications.
On ne voulut point du tout entendre le député du prince d'Orange, ni pour le général, ni pour le particulier, et on lui dit franchement qu'on ne regardoit son maître que comme une personne privée, sujette des États-Généraux. Le prince d'Orange ne l'a jamais pardonné à la France, et a toujours été son ennemi irréconciliable ^ .
[Les propositions qui furent faites en même temps de la part du roi d'Angleterre, qui donnoit pareillement dix jours pour les accepter, contenoient aussi plusieurs demandes, dont la première étoit que les États- Généraux cédassent aux Anglois l'honneur du pavillon sans aucune contradiction, c'est-à-dire que leurs flottes entières baissassent le pavillon et abattissent le màt de hune pour un seul vaisseau portant le pavillon du roi, dans toute la mer britannique jusques à la côte de Hollande. Il vouloit aussi que tous ses sujets qui s'étoient retirés en Hollande, déclarés coupables du crime de lèse-majesté ou d'avoir conspiré contre le
1. Saint-Simon prétend [Mémoires, éd. Boislisle, t. IV, p. 242-245) que les procédés méprisants de Louis XIV à l'égard du prince d'Orange avaient pour origine le refus fait par le prince d'épouser la fille de M"^ de la Vallière ; mais il faut remarquer que cette princesse, en 1672, n'avait encore que six ans. Louis XIV avait, dès le début de la guerre, confisqué la principauté d'Orange, et il en profita pour faire démolir le château (Arch. nat., reg. O* 18, fol. 55).
repos et la tranquillité du royaume, ensemble les faiseurs de libelles, fussent bannis à perpétuité de l'étendue des Sept Provinces. Par la troisième, il demandoit dix mille livres sterling à perpétuité, par chacun an, pour avoir la permission de pêcher des harengs sur les côtes des trois royaumes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. La quatrième concernoit le prince d'Orange et ses descendants, afin qu'ils possédassent la souveraineté des Provinces-Unies, excepté ce qui en échoiroit à Sa Majesté Très Chrétienne et à ses alliés, ou tout au moins qu'il jouiroit à perpétuité des dignités de gouverneur et d'amiral général, en la manière la plus avantageuse que les princes ses prédécesseurs les a voient possédées, La cinquième étoit pour un traité de commerce qui se devoit faire dans trois mois, aux conditions aussi avantageuses pour les Anglois que pour les nations les plus favorisées. La sixième, que les États payeroient à Sa Majesté Britannique, pour les frais de la guerre, un million de livres sterling, dont quatre cent mille livres seroient payées dans le mois d'octobre, et ensuite cent mille livres par an jusques à parfait payement. Enfin, que les États remettroient aux Anglois, en manière de caution de l'exécution des choses ci-dessus, l'île de Walcheren, la ville et le château de l'Écluse et ses dépendances, l'île de Gadzand, celle de Gooreede et l'île de Voorn.] [Telles furent les conditions de paix que les deux rois proposèrent aux Hollandois.] Il est certain que, si Louis XIV avoit voulu se relâcher sur une partie de ses demandes, il auroit fait une paix avantageuse à sa gloire et à son royaume ; [mais la destinée ne le voulut pas ainsi, ou, pour mieux dire, son ministre, qui
regardoit la continuation de la guerre comme une chose absolument nécessaire à ses intérêts*]. Ainsi, les députés des États-Généraux, n'ayant pu rien gagner, s'en retournèrent en rendre compte à leurs maîtres, qui se déterminèrent à périr, ou à se sauver par les armes. L'Allemagne se réveilla, s'imaginant que le Roi vouloit conquérir l'Europe entière, et l'Espagne, alarmée, se mit bientôt de la partie.
Pendant que tout ceci se traitoit, le Roi fit avancer dans le pays ennemi le marquis de Rochefort, lieutenant général 2, qui, avec une partie des gÊU^des du corps et plusieurs régiments de dragons, s'empara d'Amersfort, Haarderwijck, Naarden^, et de quelques postes moins considérables; mais il manqua le plus important, parce qu'il s'amusa à le tâtonner : c'est de Muyden^ dont je parle, où sont placées les écluses qui fournissent l'eau à la ville d'Amsterdam. Le prince Maurice de Nassau^ ne perdit point de temps, et fit entrer des troupes dans Muyden^ pendant que le marquis de Rochefort traitoit avec les bourgmestres des conditions auxquelles il vouloit recevoir leur ville,
1. M. Rousset, dans son Histoire de Louvois, t. I, p. 378- 379, a réfuté cette opinion, admise par presque tous les contemporains.
2. Henri-Louis d'Aloigny était lieutenant général depuis le 15 avril; il devint maréchal de France en 1675.
3. Amersfort, dans la province d'Utrecht; Haarderwijck, port de la Gueldre; Naarden, sur le Zuiderzée, dans la Hollande méridionale.