Charles X, qui était ruonté sur le trône en
pourvu qu'il eût son compte. Ainsi Sa Majesté eut pour un peu de temps cette épine hors du pied].
La campagne de 1 673 s'ouvrit sur la mer. M. de Ruyter, qui commandoit la flotte hollandoise, se mit de bonne heure en campagne, à dessein de surprendre les Anglois dans la Tamise, [d'en brûler une partie, et d'empêcher l'autre de sortir de cette rivière,^ au moyen de certains vaisseaux qu'il vouloit faire couler à fond pour fermer le passage. Quoiqu'il arrivât dès le 1 5 mai avec cet appareil, escorté de quarante vaisseaux de guerre, de plusieurs brûlots et de quelques frégates, ce fut trop tard pour exécuter son projet]. Il trouva l'armée angloise plus forte que la sienne, toute appareillée et prête à mettre à la voile, en sorte qu'il fut obligé de se retirer et d'attendre à Schouwen le reste de sa flotte, qu'on achevoit d'armer en Hollande. Quand le renfort eut joint, elle se trouva composée de soixante gros vaisseaux de ligne, de vingt-quatre brûlots et de cinquante tant frégates que galiotes. M. Trompa conduisoit l'avant -garde, et l'arrièregarde étoit commandée par M. Bankert.
L'armée d'Angleterre, sous les ordres du prince Robert^, de la maison Palatine, consistoit en soixante vaisseaux ou frégates et quinze brûlots. Celle de
1. Corneille Van Trurap, amiral de la Meuse en 1665, fut disgracié en 1675 et prit du service en Danemark ; revenu en Hollande, il remplaça Ru\ ter comme amiral généi'al en 1677, et mourut en mai 1691.
2. Robert (1619-1682), fils de l'électeur palatin Frédéric V, passa en Angleterre en 1636, mais fut obligé, après la mort de Charles P'', de se retirer en France, où il devint (1646) colonel général de l'infanterie anglaise; revenu en Angleterre en 1660, il fut nommé vice-amiral en 1666, amiral en 1673.
1673] JfÉMOlRES DE SAINT-HILAIRE. 117
France, conduite par le comte d'Estrées, étoit de trente vaisseaux ou frégates et douze brûlots'. Elles allèrent aussitôt chercher les ennemis, et leur livrèrent le combat^. Il fut très rude et très grand : l'armée des deux rois eut tout l'avantage ; mais la nuit, [qui survint sur la fin, l'empêcha d'en remporter un plus considérable et] favorisa la retraite des Hollandois à Schouwen, où ils rétablirent avec tant de diligence leurs vaisseaux endommagés, qu'ils reparurent en présence de leurs ennemis vers Ouest-CappeP. Le 14 juin, le combat recommença, et dura jusqu'à la nuit, qui sépara les combattants^. Les Hollandois reprirent la route de Schouwen, et l'armée des deux rois celle d'Angleterre, pour avoir des vivres et les autres choses dont elle avoit besoin.
Dès qu'elle fut ravitaillée et qu'elle eut été jointe par l'escadre du marquis de Martel, qui arriva pour la renforcer, elle courut encore après les ennemis, et les trouva vers les côtes de Hollande. On combattit une troisième fois, et l'avantage demeura à l'armée des rois, qui resta maîtresse du champ de bataille^.
1. Il y a des étals de situation des deux armées dans le registre des archives de la Marine B^ 6, fol. 64-69; on y trouve aussi, fol. 27-35, diverses pièces relatives à la jonction des flottes.
2. Le 7 juin : Gazette, p. 592-594; Histoire militaire, p. 354; relations du comte d'Estrées et de divers officiers, liste des tués, etc., reg. B^ 6, fol. 40 et 83-127.