La ville était investie depuis le
de gros canon, les mines découvertes, les mineurs pris, et les François attachés à la demi-lune qui couvroit la porte attaquée, le gouverneur, qui n'espéroit aucun secours, fit battre la chamade et rendit sa place à des conditions honorables^. M. d'Artagnan, capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires du Roi", fut tué à ce siège; il y eut environ trois cents officiers ou mousquetaires et trois mille soldats tués et blessés. [Le Roi donnoit lui-même ses ordres pour les attaques, pourvoyoit à tout, prenoit toutes les fatigues, et, si on n'eût pris la liberté de le contenir autant qu'il fut possible, il se seroit exposé comme le moindre de ses officiers généraux.] Le célèbre M. de Vauban, qui conduisoit les travaux de ce siège, confirma la bonne opinion qu'on avoit de sa capacité : il fit ouvrir des tranchées larges et spacieuses, dresser de grandes places d'armes, former de belles communications et des lignes parallèles, qu'on n'avoit pu encore rendre si utiles et porter à tant de perfection^. Il auroit fait connoitre dès cette heure, en ce siège, qu'il étoit le premier homme du monde en
1. La garnison sortit le 30. La Gazette (p. 550-552, 595- 596, 620-624 et 661-663) donna de nombreux détails; de plus, le journal du siège fut publié en trois Extraordinaires. Les correspondances et pièces qui s'y rapportent se trouvent dans les volumes du Dépôt de la guerre n°= 334, 337, 338 et 346.
2. Charles de Batz de Castelmore, comte d'Artagnan, après avoir servi d'abord aux gardes françaises, était devenu souslieutenant de la première compagnie des mousquetaires en janvier 1647, lieutenant en juin 1658, et avait remplacé le duc de Nevers comme capitaine le 15 janvier 1667.
3. Il y a un plan des attaques dans V Histoire militaire, p. 350.
son art, si les ennemis lui en eussent fourni plus de matière par une plus longue résistance.
Cette expédition étant achevée, le Roi donna ses ordres pour la conservation de sa nouvelle conquête. Il rappela d'Utrecht Monsieur le Prince et mena son armée en Lorraine. Il détacha le marquis de Rochefort, avec un corps de troupes, pour aller assiéger Trêves, dont l'électeur* venoit de se déclarer contre la France, et, continuant sa marche, il passa en Alsace, où il s'empara des villes impériales de Golmar, de Schelestadt, de Wissembourg et de Landau'. Il donna ordre qu'on en démolit les fortifications et les murailles, et que l'artillerie et les munitions fussent portées à Brisach.
Comme on faisoit peu de cas de la ville de Trêves, place assez mauvaise, où il n'y avoit que six cents hommes, on avoit donné peu d'artillerie au marquis de Rochefort. Il la posta près du fossé, pour battre en brèche, prétendant brusquer l'affaire ; mais il en arriva tout autrement que dans ses conjectures. Les assiégés répondirent par un feu violent de leurs défenses, que le canon n'avoit pu abattre, parce qu'il étoit placé trop près, et lui tuèrent bien du monde. Il fut lui-même blessé en visitant les travaux, qui avoient été faits avec peu de précaution. Le fossé se trouva profond et bien revêtu ; il fallut miner pour renverser la contrescarpe et faire la descente du fossé, et envoyer chercher un renfort de munitions et de canon. [On
1. C'était, depuis 1652, Charles-Gaspard de la Leyen, qui mourut en 1676.