‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 87 sur 187 · Histoire militaire, p · texte numérisé non relu

Histoire militaire, p

préparoit, en attendant, de nouvelles batteries plus éloignées de la ville.] Dès qu'il arriva, il y fut logé. En sept ou huit heures il abattit les défenses, et les assiégés battirent la chamade et se rendirent. Ce siège, qui dura trois semaines, coûta huit cents hommes-. Les troupes qui l'avoient fait passèrent en Flandres avec plusieurs de celles que le Roi avoit menées en Alsace.

Le prince d'Orange, se prévalant de l'absence de Monsieur le Prince et de l'éloignement des principales forces du Roi, assiégea Naarden, situé à trois lieues d'Amsterdam, quoiqu'il eût en tète M. de Luxembourg et son corps de troupes. Cette place fut si mal défendue, que ce général n'eut pas le temps d'en tenter le secours. Le gouverneur et plusieurs officiers furent mis au conseil de guerre. On condamna le gouverneur à être dégradé des armes et à tenir une prison perpétuelle. Il fut conduit à Grave-. Pendant le siège qu'on en fît quelque temps après, il demanda à être d'une sortie : il y fut tué après avoir fait des merveilles, effaçant ainsi de son sang la tache de sa vie. [Pour ce qui est des officiers de la garnison de Naarden qui a voient été arrêtés avec lui, ils furent cassés.]

Le prince d'Orange concerta une entreprise plus

1. La Gazette ne dit rien des difficultés du siège, non plus que V Histoire militaire (p. 357). Les lettres de M. de Rochefort sont dans les volumes Guerre 343 et 348.

2. Ce gouverneur s'appelait Dupas et était lieutenant-colonel ; il avait une garnison de trois mille hommes et se rendit le 12 septembre ; il fut dégradé non seulement des armes, mais aussi de la noblesse : voir les volumes 339 et 343 du Dépôt de la guerre.

considérable, qui lui réussit encore. Elle étoit bien plus considérable, puisqu'elle fit abandonner aux François toutes les conquêtes qu'ils avoient faites en Hollande, à la réserve de Maëstricht et de Grave, et qu'elle mit dans son parti le nouvel évêque de Miinster\ l'électeur de Cologne et plusieurs autres puissances, comme on le verra dans la suite.

M. de Turenne, en partant de son quartier de Soest avec une armée d'environ vingt-cinq mille hommes, prit sa marche par les comtés de Solms, de Waldeck et de Nassau, et arriva aux environs de Francfort et de Wûrtzbourg, où il subsista quelque temps dans l'abondance et dans la tranquillité^.

La cour avoit eu avis que l'armée impériale, qui s'assembla un peu tard auprès d'Égra, en Bohème, avoit dessein de s'avancer vers le haut Rhin, afin de faire de ce côté-là une puissante diversion et faire déclarer pour son parti l'électeur palatin et celui de Bavière, qui tenoit sur pied une armée de douze à quinze mille hommes. Quoique M. de Turenne eût mandé au Roi (ju'il lui étoit impossible de s'opposer en cette partie et de couvrir Bonn en même temps, il veilloit à tous les deux ; mais il reçut un ordre précis de s'attacher uniquement à résister aux Impériaux. A l'égard de Bonn, on y envoya une bonne garnison, commandée par M. de Raveillon.

1. Bernard de Galen (ci-dessus, p. 34) n'était pas mort; mais il avait, depuis le mois de juillet 1667, un coadjuteur en la personne de Ferdinand II de Fiirstenberg, qui lui succéda en 1678.

2. Turenne avait quitté le comté de la Marck et s'était rendu dans la Wettéravie pour y faire subsister ses troupes.

Les choses étant en cet état, l'armée impériale s'approcha de M. de Turenne. Il s'étoit emparé d'Aschaflenbourg et de Friedberg^ et enj^^agea, par un traité, l'évêque de Wùrtzbourg^ à garder la neutralité et à refuser le passage aux Impériaux : ce qu'il n'exécuta pas"^; car, aussitôt qu'ils parurent, il commença par laisser passer sur le pont de sa ville un gros parti des leurs, qui tombèrent sur Wertheim*, où M. de Turenne avoit son magasin de vivres peu gardé, et les pillèrent et dissipèrent.

Les deux armées se trouvèrent fort près l'une de l'autre vers Ochsenfurt^. Le général françois mit la sienne en bataille, à dessein de combattre. Il engagea une grosse escarmouche à un défilé qui étoit à sa droite entre les deux armées. Les Impériaux tinrent ferme, et, rejoignant leur armée, ils allèrent passer le Mein vers Lohr^, [sans qu'il fût possible à M. de Turenne de les empêcher, à cause de la situation du pays] . De là, ils s'approchèrent de Mayence et attaquèrent les petits postes que M. de Turenne avoit dispersés le long du Mein. Ils firent ensuite un pont sur le Rhin,

1. Aschaffenbourg, en Bavière, sur le Mein; Friedberg, dans la Hesse, au nord de Francfort. C'est le 19 août que Turenne marcha sur la première de ces deux villes [Gazette, p. 838, 872 et 896; Grimoard, Lettres de Turenne, t. II, p. 317-322).

2. Jean Hartmann de Rosenbach, nommé en mars 1673, et qui mourut le 19 avril 1675.

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