Dépôt de la guerre, vol
2. /Eneas-Sylvius, comte de Caprara, né à Bologne en 1631, était alors général de cavalerie impériale ; il prit encore part à la guerre contre la France en 1691-1694, et mourut en 1701, vice-président du conseil de guerre impérial.
attendant que M. de Bournonville', nommé commandant de cette armée, fût arrivé avec l'infanterie et Tartillerie qui la dévoient composer. M. de Turenne, résolu de les atteindre et de les combattre avant cette jonction, prit cinq mille chevaux, six pièces de canon avec les munitions nécessaires, quinze cents hommes ingambes, et donna ordre à deux régiments de cavalerie et à quatre bataillons de Philipsbourg de se tenir prêts à marcher. Il laissa l'autre partie de son armée aux environs de Strasbourg, afin de contenir les habitants, dont il n'étoit pas assuré, et de tenir ce poste en cas que les ennemis, au lieu de descendre plus bas, reprissent ce chemin.
Cette disposition étant faite, M. de Turenne marcha à grands pas du coté de Philipsbourg, sur les nouvelles réitérées que les ennemis tournoient vers le Palatinat. H passa le Rhin, prit à Philipsbourg les deux régiments de cavalerie, les quatre bataillons, et six pièces de canon d'augmentation. Il se mit ensuite aux trousses des ennemis. Sa petite armée consistoit en cinq ou six mille chevaux, cinq mille hommes de pied et douze pièces de canon.
Le 1 6 juin, sur les sept heures du matin, on aperçut les ennemis qui marchoient sur Sinzheim^, et on chargea un parti de cinquante maîtres qu'ils avoient
1. Alexandre-Hippolyte-Balthazar, duc et prince de Bournonville, était en 1674 mestre de camp général des armées impériales et chevalier de la Toison d'or; passé plus tard en Espagne, il y devint vice-roi de Sicile et de Catalogne, et mourut en 1690.
2. Ville du grand-duché de Bade, à vingt kilomètres sud-est d'Heidelberg.
laissé derrière eux. Le fils aîné de M. de Saint- Abre, lieutenant général * servant dans cette armée, y fut tué^. Les ennemis^ étoient en bataille derrière Sinzheim, sur les hauteurs escarpées près desquelles cette ville est située, quand M. de Turenne arriva sur les neuf heures du matin. Le terrain qu'il occupa d'abord étoit une assez grande plaine basse qui tomboit en pente douce depuis de grands bois, qu'il laissoit derrière lui, jusques à des prairies, le long desquelles couloit la petite riNière d'Elsenz*. Les avenues de Sinzheim étoient embarrassées de jardins bordés de haies hautes et épaisses, et ne laissoient qu'un seul chemin, qui aboutissoit à des ponts de pierre sur l'Elsenz. En cet endroit, cette ri\ière se sépare en deux bras, dont l'un baigne les murailles de la ville, qui avoient été rétablies depuis peu. Les ennemis y jetèrent le régiment de Stein, qui faisoit toute leur infanterie % et postèrent leurs dragons dans les jar-
1. Jean de la Cropte, marquis de Saint-Abre, lieutenant général en 1655, que nous allons voir mourir dans cette même bataille.