Petit affluent du IVecker
5. Ce détail n'est pas donné par les autres relations; Mgr le
dins. M. de Turenne fît d'abord avancer son canon, qu'on pointa sur les dragons. Ils se retirèrent de haie en haie jusques au premier pont, où ils voulurent tenir ferme; mais ils furent enfoncés et repoussés jusque vers le second, où ils eurent la même destinée. On en tua beaucoup ; le reste se jeta dans la place. On se saisit de quelques maisons qui formoient une espèce de faubourg, et, pendant qu'on consultoit sur la manière dont on attaqueroit la ville, [ce qui n'étoit pas sans difficulté, car les murailles étoient hautes et bonnes, et M. de Turenne n'avoit que du petit canon], les dragons de M. de Turenne, se coulant vers la gauche, le long de la petite rivière, [où il y avoit bien de l'eau et dont les bords étoient difficiles], remarquèrent une porte que les ennemis avoient laissée ouverte [pour communiquer à leur armée] psœ un sentier difficile le long de l'escarpement. Ils se jetèrent brusquement dans l'eau et se saisirent de cette porte, avant qu'elle pût être fermée, et entrèrent dans la ville. Aussitôt les ennemis en ouvrirent une autre pour s'enfuir vers leur armée. [On en tua beaucoup ; le colonel Stein fut du nombre. La ligne des ennemis qui étoient sur la hauteur s'avança pour recueillir les fuyards; le canon, qui la voyoit à merveille, y causa bien du désordre et la fît retirer fort vite. On connut là que les Allemands appréhendoient fort le canon.]
Cette action, entreprise et exécutée avec tant de vigueur, n'étoit encore qu'un prélude de la victoire. Il falloit passer un défîlé de plus de quatre cents pas de
duc d'Aumale n'attribue que quinze cents hommes d'infanterie aux Impériaux.
long pour gagner la hauteur occupée par les ennemis ; c'étoit un grand chemin creux, qui partoit du faubourg et alloit en montant jusqu'à [un talus qui dérivoit de la crête de la hauteur et tomboit au dégorgement du chemin creux, au bout duquel il se trouvoit] une colline, dont la droite étoit occupée, [à une portée de fusil de la tète du défilé,] par un clos de vigne assez spacieux ; la gauche aboutissoit à un grand fond, dont les bords supérieurs étoient escarpés et bordés de haies; le fond formoit une gorge. Il y avoit aussi sur cette gauche une église fermée de murailles.
Ce fut dans cet espace d'environ douze cents pas de largeur que M. de Turenne choisit son terrain pour se mettre en bataille, après l'avoir été reconnoître lui-même. [Quelque péril qu'il y eût à déboucher du défilé devant l'ennemi, l'habileté de M. de Turenne fut capable d'y suppléer.] A cet effet, il fit continuer le grand feu de son artillerie sur les ennemis, qui, s'en trouvant incommodés, s'éloignèrent pour se mettre hors de vue, et laissèrent ainsi le passage plus libre.
M. de Turenne fit avancer des détachements d'infanterie, qu'il posta dans le travers du terrain, où se trouvoient des buissons et des rideaux, et envoya occuper l'église dans le temps où les ennemis vouloient s'en emparer. Il fit aussi border la haie de la gauche par le régiment de Champagne. Les bataillons du Plessis et de Douglas^ bordèrent le clos de vigne,
1. Le premier régiment datait de 1616 et avait pour colonel César- Auguste de Choiseul, comte du Plessis-Praslin; le second était un régiment écossais levé en 1633 et commandé par Georges Douglas, marquis de Durabarton.
OÙ il entra de l'infanterie pour les soutenir. Ce qui en resta fut distribué dans les intervalles des escadrons, afin de les assurer davantage, [et où ils furent très utiles]. Cette distribution faite, qui assuroit à M. de Turenne le terrain qu'il vouloit occuper, il fit avancer à la hâte la cavalerie de sa première ligne, suivie de dix pièces de canon [qu'il fit mettre à sa tête. Dès qu'elle fut en bataille], les ennemis, [qui n'avoient que trop attendu, apercevant ce canon], vinrent faire une furieuse charge avant qu'il eut eu le temps de dételer. Notre cavalerie les reçut l'épée à la main, sans tirer un seul coup, ainsi qu'il lui avoit été ordonné, afin qu'elle eût son feu de réserve. Notre droite enfonça la gauche des ennemis, et, comme elle les débordoit, ils furent pris en flanc et contraints d'aller se rallier sous le feu de leur infanterie. Quelques escadrons de la seconde ligne, qui cominençoit à se former, s'avancèrent pour favoriser ce ralliement. La gauche combattoit avec un succès à peu près égal, et le grand feu de notre infanterie arrêta la fougue des Impériaux; car, comme ils étoient presque tous cuirassés, les épées ne firent pas grand effet, et leurs armes, n'étant pas à l'épreuve, ne pouvoient résister aux coups de mousquet, qui les perçoient de part en part. Cependant le petit désordre du commencement de cette charge fut sur le point de devenir plus sérieux : les ennemis, en chargeant, vinrent jusqu'au canon, et même le passèrent. Il y en avoit encore quatre pièces attelées; les valets qui les conduisoient voulurent les retirer, lorsque, parmi le fracas de la charge et le bruit des coups, les attelages, épouvantés aussi bien que les charretiers, les culbu-
tèrent sur la ligne et rompirent quelques escadrons. Le désordre fut bientôt réparé, et cette première charge finit sans que les ennemis eussent aucun avantage. Dès que la poussière et la fumée de la poudre furent dissipées par le vent, on connut qu'on avoit gagné du terrain; on s'étendit davantage, et l'on forma un plus grand front, le terrain le permettant.
Les ennemis ne tardèrent pas de revenir à la charge avec la même impétuosité, et ils furent encore reçus l'épée à la main. On combattit vivement de part et d'autre, notre droite fut mise en désordre; mais le grand feu de l'infanterie arrêta les Impériaux et donna le temps aux troupes de se rallier et de retourner à la charge. Les ennemis firent ce qu'ils purent pour attaquer la gauche par le flanc; ils culbutèrent deux ou trois escadrons, qui ne pouvoient se rallier faute de terrain ; ils les auroient enfoncés, sans les bataillons de Douglas et de la Ferté*, que M. de Turenne avoit envoyés à la gauche fortifier celui de Champagne. Ces bataillons soutinrent l'effort de l'ennemi, en demeurant fermes et faisant un grand feu, de même que les pelotons d'infanterie dispersés le long de la ligne.
Les Allemands furent si maltraités à cette charge, qu'ils songèrent à leur retraite et de la faire avec le moins de confusion qu'il leur seroit possible. Ils avoient derrière eux, assez proche, de grands bois coupés par plusieurs chemins qui conduisoient vers Heilbronn. Pour se ménager le temps de les enfour-
1. Créé en 1651, ce régiment, qui prit plus tard le nom de la Sarre, avait pour colonel Henri-François de Senneterre, duc de la Ferté.
ner, ils envoyèrent à la charge les troupes qui dévoient faire leur arrière-garde. Elles se présentèrent seulement devant la ligne des François, sur lesquels elles firent leur décharge ; elles tournèrent ensuite le dos en se débandant, et gagnèrent les bois à toutes jambes. La poussière qui s'étoit élevée, et la fumée de la poudre que le vent poussoit sur nos troupes les empêcha d'abord de bien distinguer cette manœuvre; mais, dès qu'elle fut un peu dissipée, ils se mirent aux trousses des ennemis. [Le canon et l'infanterie furent les premiers à s'ébranler, puis tout le reste de l'armée. Cette artillerie avoit marché avec beaucoup de vitesse, et se trouva de beaucoup plus avancée que les troupes, lorsque celui qui la commandoit aperçut les ennemis] qui se rallioient et se rangeoient en bataille derrière la petite ville de Waibstadt ', distante environ d'une lieue et demie de l'endroit où l'on avoit combattu. Il fit aussitôt entrer son canon dans un champ près du grand chemin, et faire sur eux des décharges à toutes volées. Ils [crurent par là que les troupes françoises étoient déjà avec leur canon et qu'elles alloient retomber sur eux. Dans cette pensée, ils] reprirent brusquement leur course sur Heilbronn, et ne s'arrêtèrent plus qu'ils n'eussent passé la rivière du Necker.
[M. de Turenne accourut au bruit du canon et détacha après l'ennemi M. de Renty, brigadier de cavalerie, avec quatre ou cinq cents chevaux, qui retourna le lendemain dire à M. de Turenne que toute leur armée avoit passé cette rivière.] Il décampa ce jour-là