A huit kilomètres nord de Sinzheim
de Waibstadt et retourna à Sinzheim sur le champ de bataille. On n'y trouva pas plus de douze cents hommes tués de part et d'autre ; cependant, les ennemis en avoient perdu deux mille : c'est qu'un très grand nombre de ceux qui avoient été blessés s'étoient jetés dans les bois voisins, où ils moururent faute de secours. Les seuls officiers de marque qui périrent dans cette occasion sont les colonels Stein^ et Berrière. Les François comptèrent parmi les morts MM. de Saint- Abre% lieutenant général, Beauvizé^, qui commandoit la cavalerie, deux mestres de camp, Yillemont, maréchal des logis de la cavalerie*, douze capitaines, huit d'infanterie, et plusieurs officiers subalternes. Les officiers blessés furent le comte de la Marck^, maréchal de camp, le marquis de la Salle ^,
1. U Histoire militaire dit qu'il ne fut que blessé; elle ne parle pas du suivant, que la Gazette appelle Berrier et Bernier.
2. Il ne mourut que le lendemain de la bataille et écrivit au Roi une très belle lettre qui a été reproduite dans les Œuvres de Louis XIV, t. III, p. 512.
3. M. de Beauvizé avait eu, en 1667, une commission pour lever un régiment de cavalerie.
4. Notre auteur est le seul à parler de ce Villemont; tous les autres récits disent Coulanges. C'est Philippe-Emmanuel, cousin de M™* de Sévigné, colonel de cavalerie depuis 1665 (Grimoard, Lettres de Turenne, t. II, p. 511 et 513).
5. Henri -Robert Eschallard de la Boulaye, comte de la Marck, qui avait relevé ce titre porté par son grand-père maternel, était maréchal de camp depuis 1672.
6. Louis de Caillebot, marquis de la Salle, était mestre de camp réformé; il obtint la même année la charge de sous-lieutenant des chevau-légers de la garde, eut celle de maître de la garde-robe en 1679 et ne mourut qu'en 1728. Notre auteur est le seul qui parle de lui et du comte de la Marck comme blessés à Sinzheim; toutes les autres relations donnent d'autres noms.
mestre de camp, quinze capitaines de cavalerie, onze d'infanterie, deux commissaires d'artillerie; il y eut des subalternes à proportion et douze cents cavaliers, dragons ou soldats, tant tués que blessés ^ ; la plupart moururent de leurs blessures. Ce combat ne dura que trois heures et fut le premier de cette guerre qui détermina la victoire ; car je ne compte pas le passage du Rhin pour un combat régulier. [Les ennemis, en celui-ci, reviin^ent à la charge avec beaucoup d'audace et eurent trop de confiance en leur valeur. Les François leur furent supérieurs, et la victoire qu'ils remportèrent fut l'ouvrage de leur général, et non de la fortune; c'étoit M. de Turenne, et j'ai tout dit.]
On ne demeura campé qu'un jour et deux nuits à Sinzheim, parce qu'on fut informé que M. de Bournonville, avec un corps d'infanterie, venoit de joindre les ennemis et se préparoit à passer le Rhin près de Mayence. M. de Turenne vint passer le pont de Philipsbourg et arriva à Lacken, près de Neustadt^, où toutes les troupes de son armée vinrent le trouver avec leur artillerie, de sorte qu'il eut alors dix-neuf à vingt mille hommes et trente pièces de canon ^ Sachant que les ennemis n'étoient pas plus forts que lui, que le reste même des troupes qu'ils attendoient n'étoit pas encore arrivé, il retourna passer le Rhin à Philipsbourg.
Les Impériaux étoient campés dans le Palatinat de l'autre côté du Necker, environ à une lieue de la
1. L'état officiel des pertes, vol. Guerre 413, n° 138, n'indique que six cent quarante-trois hommes tués et blessés.