‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 102 sur 495 · Ci-après, p · texte numérisé non relu

Ci-après, p

la cour dans une grande effervescence ; les écrits de part la Bastille, et d'autre se multiplioient1. Le P. la Combe2 fut mis à la Bastille3, duquel on publia qu'on découvrit d'étranges choses. Mme de Maintenon avoit levé le masque* et conféroit continuellement avec Messieurs de Paris, de Meaux

i. Journal de Dangeau, tome VI, p. 339, 350, 356, etc.

2. Notre auteur n'a dit que quelques mots (tome IV, p. 63-64) de ce religieux et de ses « bizarres » relations avec Mme Guyon, sur lesquelles il faut voir, soit la Correspondance de Fénelon, tomes VII et XI, soit les mémoires de Languet de Gergy, p. 342 et 347, soit enfin le livre moderne de M. Guerrier, p. 48, 56, 66, etc.

3. Au château de Vincennes, et non à la Bastille ; pareille erreur a déjà été commise en 1696 (tome III, p. 47). Dangeau dit, à la date du 28 avril (p. 339) : « On a mis depuis peu de jours au Bois-de-Vincennes le P. la Combe, accusé d'être grand quiétiste. On prétend que M. l'archevêque (de Paris) l'a vu depuis qu'il est là, et on dit qu'on découvre tous les jours des choses nouvelles sur cette matière. M. l'évêque de Chartres, qui est un des évêques les plus opposés à cette nouvelle opinion, a reçu ordre du Roi de venir ici incessamment. » — Le Père, qui était détenu depuis plusieurs années dans le château de Lourdes, fut amené à Vincennes pour y être interrogé sur les dépositions que M. de la Reynie avait reçues de Mme Guyon (Arch. nat., 0' 42, fol. 93 v°, 108, 122 v°, 133 et 201; lettre du 23 avril, à M. d'Argenson, reproduite dans les Archives de la Bastille, tome IX, p. 63-64).

4. Voyez le tome IV, p. 71 et 103. Dans les lettres et documents publiés par laBeaumelleet par Lavallée, ainsi que dans les correspondances de Fénelon et de Bossuet, on peut juger quelles avaient été les hésitations de Mme de Maintenon à l'endroit du quiétisme, de Mme Guyon et de l'archevêque de Cambray. Mais, dès 1696 (au commencement de cette année-là, Fénelon lui écrivit pour s'excuser d'avoir donné dans les erreurs de Mme Guyon), elle avait complètement répudié ces erreurs, écrivant le 30 novembre : « Les affaires de Monsieur de Cambray m'affligent toujours; mais elles ne m'inquiètent plus.... La liaison qui est entre Monsieur de Cambray et Mme Guyon est fondée sur la conformité de la doctrine. On peut en voir le danger étant soutenue par un homme d'une telle vertu, d'un tel esprit, et dans un tel poste. Nous l'avons caché tant que nous avons espéré d'y apporter du remède.... » (Lavallée, Lettres historiques, tome I, p. 469-470.) Comparez les lettres de M. de BeauviUier reproduites dans le tome VII de la Correspondance de Fénelon, et d'autres pièces venant évidemment des papiers du duc de Chevreuse, p. 224-227, 264-271, 276-277, 396-400, 404, etc., tome IX, p. 159-162, 222, etc. M. Griveau, dans le second volume

Orage contre

les ducs de

ChevreUBeetdo

Beauvillier et

les attachas à

Monsieur de

Cambra v.

[Add S'-S. 254]

et de Chartres1. Ce dernier2 ne pouvoit pardonner à Monsieur de Cambray le projet bien avéré de lui avoir voulu enlever Mme de Maintenon jusque dans son retranchement de Saint-Cyr3, et les Noailles, si nouvellement unis à elle par leur mariage4, avoient auprès d'elle les grâces de la nouveauté, auxquelles elle ne résistoit jamais. Son dessein de porter Monsieur de Paris dans la confiance de la distribution des bénéfices, pour énerver5 le P. de la Chaise, qu'elle n'aimoit, ni sa société, et de s'introduire dans ce nouveau crédit à l'appui de celui de l'archevêque, lui faisoit embrasser tout ce qui pouvoit l'y porter, et par conséquent une cause dont il étoit une des parties principales, et la rendoit ennemie de tout ce qui la pouvoit contre-balancer auprès du Roi. Les ducs de Chevreuse et de Beauvillier et leurs femmes tenoient directement à lui par une faveur ancienne qui avoit fait naître la confiance, et qui étoit fondée sur l'estime et sur une continuelle expérience de leur vertu. Cette habitude, qui jusqu'alors les avoit rendus les plus florissants et les plus considérés de la cour, avoit contenu l'envie. Il étoit question d'un effort pour déprendre le Roi d'eux. Mme de Maintenon, entraînée par Monsieur de Chartres et piquée6 de la conduite indépendante d'elle des deux

(p. 1-38) de son Étude sur la condamnation du livre des Maximes des saints, établit que le récit de Saint-Simon est confirmé, en ses parties essentielles, par celui du chancelier Daguesseauetpar les correspondances.

1. « M. l'archevêque de Paris, MM. les évêques de Meaux et de Chartres furent fort longtemps, le matin, chez Mme de Maintenon. » (Journal de Dangeau, tome VI, p. 339, 29 avril.)

2. Ce dernier est écrit en interligne, au-dessus d'il, biffé.

Page 1