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rapprocha d'eux et d'elles1, parce qu'on vit le Roi les traiter avec la même distinction, et que la même politique qui avoit éloigné d'eux le gros du monde les2 rapprocha dans les suites, et que l'envie, lasse de bouder inutilement, fit enfin comme les autres.
Pendant ces dégoûts, la Reynie3 interrogea plusieurs fois Mme Guyon et le P. la Combe. Il se répandit que ce barnabite disoit beaucoup, mais que Mme Guyon se défendoit avec beaucoup d'esprit et de réserve4. Les écrits continuoient5 ; le Roi loua publiquement l'histoire
1 . Par mégarde, Saint-Simon a répété et d'eux en interligne, après elles.
2. L'es, avec apostrophe, dans le manuscrit; peut-être pour Ven?
3. L'ancien lieutenant général de police, resté simple conseiller d'État en 4697, fut depuis lors chargé de diverses enquêtes et informations judiciaires auxquelles il était plus apte que personne. M. Fr. Ravaissonn'a pas trouvé les neuf interrogatoires qu'il fit subir à Mme Guyon. D'Argenson lui succéda dans la conduite de cette procédure, en septembre.
4. Voyez ci-dessus, p. 143 et 160. On écrivait de Paris à la Gazette d'Amsterdam, le 13 juin (n° xlix), à propos d'interrogatoires subis par Mme Guyon : « On prétend que le P. la Combe, barnabite qui étoit autrefois de ses sectateurs, a découvert plusieurs choses qui se passoient dans cette cabale dévote, dont le public parle diversement, selon la coutume, et suivant les impressions qui lui sont données pour et contre. » Voici le texte du Journal de Dangeau (28 juin, tome VI, p. 373) que suit en ce moment notre auteur : « On ne parle ici que du dernier livre de Monsieur de Meaux contre Monsieur de Cambray, où toute la doctrine de Mme Guyon est étalée. Cette dame est toujours à la Bastille, où M. de la Reynie, par ordre du Roi, l'a déjà interrogée plusieurs fois; on parle de lui confronter le P. de la Combe, qui, dans son interrogatoire, n'a pas été si réservé qu'elle. On dit qu'elle se défend avec beaucoup d'esprit et de fermeté. »
5. Il avait paru, de 1697 à 1698, de nombreuses réponses de Fénelon, en forme de lettres ou de déclarations pastorales, aux instructions, écrits, traités ou déclarations de l'archevêque de Paris et des évêques de Meaux et de Chartres, touchant les Maximes des saints, l'oraison passive, la charité, l'amour naturel, etc. Huet écrivait, le 21 mars 1698 : « J'ai reçu tous les ouvrages de Monsieur de Cambray et de ses adversaires ; la matière est présentement assez éclaircie : il ne faut plus qu'une décision de Rome. » (Archives de la Bastille, tome IX, p. 63.) Mais Fénelon voyait plus justement les choses, et, le 16 avril 1698, il écrivait à l'abbé de Chantérac (Correspondance, tome IX, p. 9) : « On
de toute cette affaire que Monsieur de Meaux lui avoit présentée1, et dit qu'il n'y avoit pas avancé un mot qui ne fût vrai2. Monsieur de Meaux étoit, ce voyage-là, fort
s'imagine peut-être à Rome que l'affaire s'adoucira en France en se prolongeant. Tout au contraire, Monsieur de Meaux n'en sera que plus forcené. Le goût du public pour mes lettres va lui faire écrire tout ce que la fureur et l'artifice peuvent inspirer; il faut même y préparer les esprits. On peut tout attendre d'un homme qui a fait ce dernier gros livre.... » Il est vrai que des amis de Fénelon, comme l'abbé Brisacier, lui reprochaient aussi d'avoir quitté ses habitudes de modération pour céder à l'entraînement et aux exemples de violence (Correspondance de Fénelon, tome IX, p. 23). C'était moins une guerre qu'un duel entre les deux prélats, selon le mot de l'abbé le Gendre (Mémoires, p. 239).
1. Ce livre, la Relation sur le quiétisme, avait été présenté au Roi (sans doute en manuscrit) dès le 3 mars : voyez le Journal de Dangeau, tome VI, p. 303, et la lettre de Fénelon au Nonce, 1er mars 1698. Le mois suivant (ibidem, p. 332), Fénelon avait fait imprimer « des lettres dont M. l'archevêque de Paris et M. l'évêque de Meaux se plaignent fort, et travaillent, chacun de leur côté, à y faire réponse. » Ces réponses furent connues dès le 20 mai (ibidem, p. 350) : « On dit qu'elles sont très bien faites et très fortes, et vont être publiques. » Ce fut seulement le 26 juin que, l'impression de la Relation étant achevée, Monsieur de Meaux en offrit un exemplaire au Roi, lequel avait eu, deux jours auparavant, une longue conférence avec le cardinal de Noailles et avait pris connaissance du livre (p. 371). Voyez la Correspondance de Fénelon, tome IX, p. 249 et suivantes; les Mémoires de Vabbé le Gendre, p. 239-241; la Relation de Phélippeaux, tome II, p. 32-36; le livre de M. Guerrier sur Madame Guyon, p. 422-438; la Gazette d'Amsterdam, n° lui et Extr. lv, etc.
2. Ce sont là les propres termes dont se sert Dangeau. Dans sa table manuscrite du Journal, Saint-Simon note ainsi le fait : « Monsieur de Meaux présente au Roi son livre, historique de tout le procédé réciproque dans l'affaire de Monsieur de Carabray, qui fait grand bruit et grande impression, et que le Roi autorise. » Effectivement, cette publication consomma la ruine du prélat contre qui elle était dirigée. Mme de Maintenon écrivait, le 29 juin, ces mots : « Le livre de Monsieur de Meaux réveille la colère du Roi sur ce que nous l'avons laissé faire (Fénelon) archevêque. Il m'en fait de grands reproches. Il faut que toute la peine de cette affaire tombe sur moi. » (Correspondance générale, tome IV, p. 237.) Madame, qui se lit faire une définition du quiétisme par Bossuet, fut convaincue que Fénelon et ses amis n'avaient eu d'autre vue que de gouverner la cour et le Roi par le moyen de
brillant à Marly, et le Roi avoit chargé le Nonce1 d'envoyer ce livre"2 au Pape. Rome fut agitée de tout cet éclat : l'affaire, qui dormoit un peu à la congrégation du Saint- Office3, où elle avoit été renvoyée, reprit couleur, et couleur qui commença à devenir fort louche pour Monsieur de Cambray4.
Mme de Maintenon, et que le partage du butin était préparé à l'avance entre eux. « La religion, écrivait-elle à 1 electrice de Hanovre, est ce qu'on avait le moins en vue dans cette affaire; mais Mme de Maintenon, voyant que Monsieur de Meaux avait découvert la fourberie et qu'il pourrait y avoir un éclat, eut peur que le Roi ne s'aperçût de la manière dont elle l'avait mené : elle vira donc de bord sur-le-champ, et abandonna Mme Guyon, avec tout son parti.... » (Recueil Rolland, p. 185 et 196-197, et recueil Jaeglé, tome I, p. 197 et 198; comparez les lettres des 7 et 17 août.)
1. Le nonce du Pape était Marc-Daniel Delfini, noble vénitien et neveu d'un cardinal de même nom. Nommé vice-légat d'Avignon en octobre 1691, archevêque de Damas et nonce en France en décembre 1695, évêque de Brescia en 1698, il devint cardinal en 1699, et mourut le 5 août 1704, à l'âge de cinquante ans.
2. Ce livre a été ajouté après coup en interligne, et le pronom /' biffé entre de et envoyer, sans élider la préposition, comme il eût convenu.
3. Cette congrégation (ci-dessus, p. 111, note 1) siégeait d'une façon permanente, pour juger toutes les questions d'hérésie, d'apostasie, de magie, etc. : voyez Lunadoro, Relazione délia corte di Roma, éd. 1698, p. 45. On peut suivre dans les lettres de l'abbé de Chantérac (tome IX de la Correspondance de Fénelon) et dans la Relation de Phélippeaux toute la procédure de 1698. Quand les consulteurs eurent fini l'examen préalable, en juin, l'affaire passa aux mains des cardinaux et du Pape, qui tinrent trois séances par semaine. Le cardinal de Bouillon sut faire des absences à point nommé, lorsque vint le moment d'opiner.
4. Voici ce que disait Dangeau, à la date du 30 juillet (p. 374) : « On écrit de Rome que l'affaire de M. l'archevêque de Cambray, qui est, depuis deux mois, renvoyée à la congrégation du Saint-Otfice, commence à aller fort mal pour lui. On croit que son livre y sera condamné. M. le Nonce envoya au Pape, il y a six semaines, par ordre du Roi, le mémoire de cet archevêque, que Monsieur de Meaux vient de faire imprimer dans ce dernier livre de la Relation du quiélisme. Les amis de Monsieur de Cambray disent qu'il répondra sûrement au livre de Monsieur de Meaux. » L'abbé de Beaufort écrivait, en juin, à M. de Noailles, évêque de Châlons : « J'ai donné à l'abbé de Voussienne la relation de Monsieur de Meaux sur le quiétisrae, que M. le Dieu m'a
Monsieur de Meaux consulte Monsieur de la Trappe sur Monsieur de Cambray, la publie* à son
Dans ces entrefaites1, il arriva une chose qui ne laissa pas de ra'importuner2. Monsieur de Meaux étoit anciennement ami de Monsieur de la Trappe; il l'étoit allé voir quelquefois, et ils s'écrivoient de temps en temps ; ils s'aimoient, et ils s'estimoient encore davantage. Monsieur
envoyée pour vous ; il m'a prorais de vous l'envoyer aussitôt qu'il seroit à Voussienne, c'est-à-dire dans la fin de la semaine. Cette relation rend la cause si honteuse, que tout le monde l'abjure. On dit ici tout publiquement que MM. de Beauvillier et de Chevreuse, avec leurs dames, l'ont abjurée entre les mains de Monsieur de Grenoble, et le premier des deux a dit que, quoique son abjuration ne fût pas vraisemblable, elle étoit néanmoins véritable. L'abbé de Maulévrier abjure comme les autres, et il a écrit à Monsieur de Cambray qu'il n'auroit plus de commerce avec lui. On écrit de Rome que l'affaire pourroit bien finir plus tôt qu'on ne pense : cela seroit fort à désirer ; quand on y aura vu la relation de Monsieur de Meaux et le dernier écrit du P. de la Combe, qui avoue des familiarités criminelles avec Mme Guyon, peut-être se pressera-t-on davantage. » {Archives de la Bastille, tome IX, p. 73.) En effet, à Rome, où l'archevêque de Paris et M. de Beauvillier, chacun de son côté, écrivirent pour qu'on pressât le jugement (lettres publiées par M. Kervyn de Lettenhove dans les Notices et extraits sur les collections d'autographes de M. de Stassart, p. 46-47 et 62), les amis de Fénelon manifestèrent leur indignation de ces disgrâces, qu'ils considéraient comme un triomphe pour l'archevêque de Paris, une preuve du ressentiment tout-puissant de Mme de Maintenon, et une façon d'influer sur la décision du Pape. (Correspondance de Fénelon, tome IV, p. 845- 218; Nisard, Une polémique religieuse au dix-septième siècle, dans la Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1845, p. 315 et 322.) Fénelon luimême se rendait bien compte de la portée de ces coups successifs : voyez ses lettres du 6 et du 13 juin à l'abbé de Chantérac, ainsi que la correspondance de Bossuet, des mois de juin, juillet et août.
1. Ici, Saint-Simon interrompt le récit de l'affaire même du quiétisme; mais il n'y a pas de coupure d'alinéa dans le manuscrit, tout le morceau formant un seul paragraphe de la page 142 à la page 177.
2. Cet épisode incident n'est point emprunté à Dangeau, comme tout ce qui précède. On le retrouve, un peu réduit, dans une lettre que Saint-Simon écrivit au garde des sceaux Chauvelin le 20 mars 1728, et où il comparait sa propre situation vis-à-vis des princes outragés par son mémoire au Régent et la situation de Rancé, en 1698, vis-à-vis de Monsieur de Cambray : voyez le texte de cette lettre dans le tome XXI (complémentaire) de l'édition de 1873, p. 252-253.
* Publie la réponse ou la consultation.
et avec ses amis.
de Meaux, dans les premières crises de la dispute, lui insu, et le envoya ses premiers écrits, ceux que Monsieur de Cam- to°"\JSavec bray publia d'abord, et en même temps les Maximes des cet archevêque saints; il le pria d'examiner ces différents ouvrages, et, sans en faire un lui-même, dont il n'avoit ni le temps ni la santé, de lui mander franchement et en amitié ce qu'il en pensoit. Monsieur de la Trappe lut attentivement tout ce que Monsieur de Meaux lui avoit envoyé1. Tout savant et grand théologien qu'il fût, le livre des Maximes des saints l'étonna et le scandalisa beaucoup. Plus il l'étudia, et plus ces mêmes sentiments le pénétrèrent. Il fallut enfin répondre après avoir bien examiné. Il crut répondre en particulier, et à son ami; il compta qu'il n'écrivoit qu'à lui et que sa lettre ne seroit vue de personne : il ne la mesura donc point comme on fait un jugement, et il manda tout net à Monsieur de Meaux, après une dissertation fort courte, que, si Monsieur de Gambray avoit raison, il falloit brûler l'Évangile et se plaindre de Jésus- Christ, qui n'étoit venu au monde que pour nous tromper2. La force terrible de cette expression3 étoit si effrayante, que Monsieur de Meaux la crut digne d'être montrée à Mme de Maintenon, et Mme de Maintenon, qui ne cherchoit qu'à accabler Monsieur de Gambray de toutes les autorités
1. M. l'abbé Dubois a exposé le rôle de Monsieur de la Trappe dans son Histoire de Rancé, tome II, p. 503-515.
2. Deux lettres de Monsieur de la Trappe à Bossuet, datées de mars et d'avril 1697, parurent en tête de la Relation de Bossuet, et elles sont imprimées dans ses Œuvres, ainsi que dans le recueil de Lettres d'Armand-Jean le Bouthillier de Rancé publié, en 1846, par M. Gonod, p. 397-401. Il y a une troisième lettre, adressée au curé de Vareddes. Voyez aussi les papiers du P. Léonard, Bibl. nat., ms. Fr. 24123, fol. 46 V, 64 et 65.
3. Rancé disait un peu autrement, dans la lettre du 14 avril : « En vérité, si les chimères de ces fanatiques avoient lieu, il faudroit fermer le livre des divines Écritures, laisser l'Évangile, quelque saintes et quelque nécessaires qu'en soient les pratiques, comme si elles ne nous étoient d'aucune utilité; il faudroit, dis-je, compter pour rien la vie et la conduite de Jésus-Christ.... »
possibles1, voulut absolument qu'on imprimât cette réponse de Monsieur de la Trappe à Monsieur de Meaux2. On peut imaginer quel triomphe d'une part et quels cris perçants de l'autre3. Monsieur de Cambray et ses amis n'eurent4 pas assez de voix ni de plumes pour se plaindre5 et pour tomber sur Monsieur de la Trappe, qui, de son désert, osoit anathématiser un évêque et juger de son autorité, et de la manière la plus violente et la plus cruelle, une question qui étoit déférée au Pape et qui étoit actuellement sous son examen. Ils en firent même faire des reproches amers à Monsieur de la Trappe, et de là éclatèrent contre lui. Monsieur de la Trappe fut très