Arresté est en interligne, sur attiré, biffé
6. Littré a relevé des exemples de s'avantager, en ce sens, dans Montaigne et d'autres auteurs du seizième siècle.
7. Même pensée et mêmes expressions dans les Annales de la cour pour 1698, tome II, p. 324, qui disent à propos d'un autre empirique, Chambon, soignant la maladie du duc de Vendôme : « Celui-ci, qui n'étoit pas différent de ceux qui exercent cette profession, c'est-àdire qui se font tout blanc de leur épée, comme s'il eût été quelque Esculapc, n'étoit pourtant qu'un véritable charlatan aussi bien que les autres. S'il avoit guéri quatre personnes, il en avoit tué quatre dou-
hasard, entreprennent les plus désespérés et des gens à l'agonie à qui les médecins ne peuvent plus rien faire, dans l'espérance que, si ces malades viennent à réchapper, on criera au miracle du remède et qu'on courra1 après eux, et que, s'ils n'y réussissent pas, ils auront une excuse bien légitime par l'extrémité que ces malades ont attendue avant de les appeler2. Caret3 vécut ainsi assez longtemps, et n'avoit d'autre subsistance que son industrie. Il avoit de l'esprit, du langage, de la conduite : il réussit assez pour se mettre en quelque réputation*. Caderousse5, alors fort du monde et depuis longtemps dé-
zaines; les cures même qu'il avoit faites n'avoient été que l'effet du hasard. Il en étoit de lui comme du médecin Carette, qui n'avoit qu'un remède pour toutes sortes de maux, et qui cependant vouloit qu'on le crût le plus habile homme du monde.... » C'est aussi de Caretti que la Bruyère avait dit, dans le chapitre De quelques usages (tome H, p. 198) : « Carro Carri débarque avec une recette qu'il appelle un prompt remède, et qui quelquefois est un poison lent ; c'est un bien de famille, mais amélioré en ses mains : de spécifique qu'il étoit contre la colique, il guérit de la fièvre quarte, de la pleurésie, de l'hydropisie, de l'apoplexie, de l'épilepsie. Forcez un peu votre mémoire, nommez une maladie, la première qui vous viendra en l'esprit : l'hémorragie, ditesvous? il la guérit.... » Saint-Simon s'est-il souvenu de ce passage du moraliste qu'il goûtait tant?
1. Couvera, dans le manuscrit : voyez ci-dessus, p. 153, note 1.
2. En énumérant les empiriques qui étaient à la mode comme Caretti. l'annotateur des Mémoires du marquis de Sourches (tome I, p. 213) dit : « Les médecins étoient fort déchaînés contre eux ; mais ils avoient tort, car on ne leur mettoit jamais de malades entre les mains qu'ils ne fussent désespérés, et, s'ils en sauvoient quelques-uns, ils en laissoicnt bien mourir beaucoup d'autres. »
3. Ici, et jusqu'au bout de l'épisode, Caret, tandis que le manuscrit porte Caretti plus haut et à la marge. On écrivait aussi : Carretto.
4. Parmi les écrivains du temps qui parlent de ses succès et de la vogue qu'il obtint, nous pouvons citer surtout, outre la Bruyère, Dangeau, le marquis de Sourches et Mme de Sévigné.
5. Just-Joseph-François de Tournon de Cadart d'Ancezune, créé duc de Caderousse, au Comtat-Venaissin, par le pape Alexandre VII, en 1663, et reçu dans cette dignité, à Avignon, le 12 décembre 1665, remplit les fonctions d'aide de camp du Roi. Il mourut le 28 février 1730, âgé de quatre-vingt-quatre ans onze mois et six jours.
sespéré de la poitrine1, se mit entre ses mains, et guérit parfaitement2. Cela le mit sur un grand pied, qui fut soutenu par d'autres fort belles cures3. La plus singulière fut celle de M. la Feuillade4, abandonné solennellement des médecins, qui le signèrent5, et que Caret ne voulut pas entreprendre sans cette formalité. Il se mouroit d'avoir, depuis quelque temps, quitté une canule qu'il portoit depuis une grande blessure qu'il avoit eue autrefois à travers du corps6. Caret le guérit parfaitement, et en peu de temps7. Il étoit fort cher pour ces sortes d'entreprises et faisoit consigner gros8. Enrichi et en
1. C'est ce que rapportent le Chansonnier, ms. Fr. 12 620, p. 115, et les Mémoires de Sourches, tome I, p. 315.
2. Journal de Dangeau, avril 1685, tome I, p. 152; comparez tome XV, p. 353, Addition de Saint-Simon.
3. Il guérit, semble-t-il, M. de Mortemart en 1688 (ibidem, tome II, p. 119), mais échoua avec Mme de Fontanges, le jeune Bréauté, la Dauphine-Bavière, Mmes de Coulanges et Legras, Mlle de Montlouet, le maréchal de Luxembourg, le duc du Lude, etc.