‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 128 sur 495 · Qui déclarèrent par écrit qu'ils renonçaient à le guérir · texte numérisé non relu

Qui déclarèrent par écrit qu'ils renonçaient à le guérir

6. Il y a un cas pareil dans le Journal de P. de VEstoile, année 1610, tome X, p. 191.

7. Voici ce qu'en racontent les Nouvelles extraordinaires de divers endroits, dans les feuilles des 17 et 29 février 1684 : « Celui qui traite le duc de la Feuillade n'est pas médecin, mais homme de qualité, qui a plus de trente mille livres de rente et est venu le traiter comme son ami. Il est de la maison de Carette, dont M. le marquis de Grana est aussi". — La santé de M. le maréchal de la Feuillade va de mieux en mieux par les soins et l'expérience consommée du sieur Caretto, qui, par un emplâtre qu'il lui applique sur le nombril, lui fait vider son abcès : invention que notre Faculté n'avoit pas encore trouvée. » Les Mémoires de Sourches parlent aussi d'un abcès dans le corps.

8. Pour soigner Mme Legras, qui mourut en 1684, il se fit payer douze cents livres d'avance (Caractères de la Bruyère, tome II, p. 412). Les Nouvelles solides et choisies du jeudi 13 septembre 1685 disent : « Le sieur Caretto, qui avoit entrepris de guérir le duc d'Ulude (sic). comme il a fait M. de la Feuillade, reçut un présent de quatre cents pistoles pour lui donner courage à faire de son mieux; mais il a eu le

a Othon-Henri de Carretto, marquis de Grana, gouverneur des Pays-Bas espagnols, mort le 19 juin 1685.

honneur, en dépit des médecins, et avec des amis considérables, il se mit à faire l'homme de qualité et à se dire de la maison Garetti1 et héritier de la maison Scevoli2; que d'autres héritiers, plus puissants que son père, lui

déplaisir de voir mourir son malade après avoir usé trois jours de ses remèdes. » L'année précédente, comme il était parti pour les Flandres, le bruit avait couru qu'il emportait cinquante mille livres de gain ; on racontait qu'il faisait payer deux louis la goutte d'un certain spécifique à boire dans une eau minérale, et, quand Mme de Coulanges, soignée par lui sans succès, lui offrit une magnifique tabatière, il se montra fort peu satisfait du présent, prétendant qu'il avait fourni « deux cent cinquante pistoles de bouteilles. » La Bruyère avait dit de lui (tome II, p. 198-199) : « Les médecins reçoivent pour leurs visites ce qu'on leur donne ; quelques-uns se contentent d'un remerciement : Carro Carri est si sûr de son remède et de l'effet qui en doit suivre, qu'il n'hésite pas de s'en faire payer d'avance et de recevoir avant que de donner. Si le mal est incurable, tant mieux : il n'en est que plus digne de son application et de son remède. Commencez par lui livrer quelques sacs de mille francs, passez-lui un contrat de constitution, donnez-lui une de vos terres, la plus petite, et ne soyez pas ensuite plus inquiet de lui que de votre guérison. L'émulation de cet homme a peuplé le monde de noms en o et en i, noms vénérables, qui imposent aux malades et aux maladies.... »

1. Sont-ce les Carretto, marquis de Savone et de Finale, près de Gênes, dont le dernier héritier avait été dépouillé par les Espagnols en 1602? Leur généalogie se trouve dans Sansovino, Origine e fatti délie famiglie illustre d'Italia, 1609, fol. 202-209, dans le tome II de l'ouvrage du P. Anselme, p. 49-52, et dans le Moréri. Il y a en outre des Tabules genealogicœ gentis Carettensis, etc., publiées en 1741, par J. Bricherius Columbus. — Les mots et héritier, qui suivent, corrigent des Ducs.

2. Et non Savoli, comme on avait lu jusqu'ici. — Nous avons déjà vu, au tome II, p. 231, note de note, qu'il existait dans le même temps un autre aventurier et chimiste protestant, du nom de Nicolas Cevoli del Carretto, se disant patricien romain, qui fut naturalisé en France en janvier 1685, avec permission de tenir un laboratoire, attendu que, « par une grande pratique et un long travail en chimie, il y a acquis des connoissances qui peuvent être très utiles au public. » (Arch. nat., 0! 29, fol. 92; permission enregistrée à la Chambre des comptes le 13 avril suivant.) Du reste, j'indiquerai aux Additions et corrections trois ou quatre autres marquis de Caretti ou del Caretto, vrais ou prétendus, qui, soit criminels, soit intrigants, eurent alors maille à partir avec les justices française, pontificale ou piémontaise.

avoient enlevé cette riche succession et son propre bien, et l'avoient réduit à la misère et au métier qu'il faisoit pour vivre. On se moqua de lui, et ses protecteurs même ; personne n'en voulut rien croire1 : il le maintint toujours, et, se trouvant enfin assez à son aise, il dit qu'il s'en alloit tâcher de faire voir qu'il avoit raison, et il obtint de Monsieur une recommandation de sa personne et de ses intérêts pour le Grand-Duc. Il fit après quelques voyages à Bruxelles2 et quelques cures aux Pays-Bas, et repassa ici, allant effectivement en Italie3. Au bout de quatre ou cinq ans, il gagna son procès à Florence, et le Grand-Duc manda à Monsieur que sa naissance et son droit avoient été reconnus, qu'il lui avoit été adjugé cent mille livres de rente dans l'État ecclésiastique, et qu'il croyoit que le Pape l'en alloit faire mettre en possession*. En effet, cet- empirique vécut encore longtemps grand seigneur.

1. Voyez ce que Mme de Sévigné dit du « ridicule marquis de Caretti » et de ses extravagances (Lettres, tome X, p. 177 et 190).

2. Il se trouvait à Tournay lorsque le Roi l'appela pour soigner la Dauphine, en 1690 (Journal de Dangeau, tome III, p. 81-84), et, à ce propos, l'annotateur des Mémoires de Sourches (tome III, p. 215) dit que c'était « un gentilhomme italien qui prétendoit être d'une maison souveraine, mais qui, depuis longtemps, faisoit, en quelque manière, profession d'être médecin en se faisant toujours appeler marquis. » En 1694, Mme de Sévigné s'écrie (tome X, p. 168) : « C'est une cruelle chose que de mettre sa vie entre les mains d'un médecin qui croit fermement qu'il va prendre possession d'une souveraineté en Italie! »

3. C'est durant ce dernier séjour qu'il soigna Mme de Coulanges.

4. Tout cela est pris de Dangeau, qui dit, à la date du 9 juin 1698 (tome VI, p. 363) : « M. le Grand-Duc a mandé à Monsieur que Carette avoit gagné son procès à Florence, qu'il le faisoit mettre en possession de plusieurs terres qui sont dans ses États, et qui, toutes ensemble, valent bien cinquante mille livres de rente; qu'il avoit été reconnu héritier de la maison de Scevoli, et qu'en conséquence du jugement qui avoit été rendu à Florence, il avoit droit de demander plus de cent mille livres de rente qui sont dans l'État ecclésiastique, et dont il croit que le Pape le fera mettre en possession. Ainsi cet homme que nous avons vu ici faisant la médecine, et que nous traitions de vision-

Curiosités sur La beauté de Mme de Soubise1 avoit achevé ce que les

RoTan^Scs6 mtr'gues de la Fronde et la faveur de la fameuse duchesse

naire sur sa naissance et sur ses biens, se trouve effectivement homme de bonne maison et fort riche. »

1. Anne de Rohan-Chabot, mariée en 1663 au prince de Soubise. Saint-Simon a déjà parlé de ses relations avec le Roi : tome I, p. 85- 86, et tome III, p. 312. Comme il s'étendra plus au long sur ce sujet en divers endroits (ci-après, p. 252-259, et tomes V de 4873, p. 217-218, IX, p. 331, XII, p. 88-90, etc.), nous examinerons dans l'appendice XI si la princesse fut vraiment la maîtresse secrète de Louis XIV, ou bien si, au contraire, elle mérita sa considération en repoussant toutes les tentatives de séduction, ainsi que l'affirment des contemporains parfaitement dignes de foi. — C'est un article du Journal de Dangeau, faisant suite à celui de Caretti, sous la date du 10 juin 1698, tome VI, p. 364, qui a fourni à notre auteur l'occasion de reprendre les études ou paraphrases historiques qu'il avait faites antérieurement, d'abord en 1710, sur la « princerie » des maisons de Lorraine, de Rohan et de la Tour (Écrits inédits, tome III, p. 265-309), puis, en 1711, à propos d'un projet de mariage avec une fille de Madame la Duchesse (papiers Saint- Simon, vol. 45, France 200, fol. 1-4); en 1721, sur le titre princier des Rohan (voyez l'Appendice, n° XI) ; puis encore, douze ans plus tard ou environ, sur les divers duchés de leur maison, d'après la généalogie insérée en 1728 au tome IV de la continuation du P. Anselme. Une partie seulement de ce dernier travail, celle qui a trait au duché de Rohan éteint en 1638, a paru dans le tome V des Écrits i?iédits, p. 497-502; le grand article du duché existant de Montbazon, où la généalogie de Rohan est exposée depuis l'an 1105 (papiers Saint-Simon, vol. 58, aujourd'hui France 213, fol. 9-16 v°), reste encore inédit; nous le donnerons plus tard. Ne reprenant son sujet, ici, qu'à un point de vue spécial, il le traitera encore une fois dans la suite des Mémoires, mais en établissant plus complètement les derniers degrés de la filiation historique, à propos du procès des Guémené et Soubise contre le duc de Rohan-Chabot (tome V de 1873, p. 61-83), et une troisième fois, à l'occasion du titre d'Altesse réclamé par le prince de Rohan (tome XVIII, p. 237-241). Enfin, en 1753, les Soubise ayant émis de nouvelles prétentions, notre duc revint de nouveau aussi sur certains côtés du sujet, dans le factum intitulé : Matériaux pour servir à un mémoire sur les qualités prises par M. de Soubise, factum compris dans le tome IV des Écrits inédits, p. 395-433, et dont les principaux éléments sont dans le volume Saint-Simon 45 (France 200), fol. 28-72. Comme, dans toutes ces occasions, Saint- Simon s'est exclusivement servi de la filiation de Rohan établie par les auteurs de l'Histoire généalogique, c'est cet ouvrage qui servira à le coutrôler; mais j'emploierai aussi les travaux faits pour la maison de

de Chevreuse1 et de sa belle-sœur la belle Mme de Montbazon2 a voient commencé. Je l'expliquerai le plus courtement qu'il me sera possible3.

Jamais aucun de la maison de Rohan n'avoit imaginé d'être princes *; jamais de souveraineté chez eux5; jamais,

Rohan, soit du vivant de notre auteur, soit après sa mort, comme : la grande généalogie historique dressée, entre 1732 et 1740, par le bénédictin dom Morice, pour répondre aux allégations de l'Histoire de Bretagne de dom Lobineau (1707) a; les derniers chapitres du Traité des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité de F histoire, publié par le P. Griffet, en 1769, d'après les archives de Rohan; et enfin la Réponse anonyme que l'abbé Georgel, familier du cardinal de Rohan, fit paraître en 1771, au mémoire, également anonyme, de l'académicien Gibert sur les Rangs et les honneurs de la cour (1770).

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