‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 201 sur 495 · Ni figuré sur les bancs de la Sorbonne, comme plus haut · texte numérisé non relu

Ni figuré sur les bancs de la Sorbonne, comme plus haut

3. C'est effectivement à propos de sa première soutenance, sous le nom de duc d'Albret, que la Faculté prit cette décision, qui fut annexée à l'article xix des Statuta (éd. 1715, p. 10-11) : « Anno Domini 1664, die 1 februarii. Quilibet exterus princeps qui se in posterum sistet Facultati responsurus, solita indutus veste (epitogio purpureo) aulam ingredietur, et in eodem quo caeteri qui responsuri sunt sedebit loco, ibique manebit, ut moris est, nulla re prorsus immutata, dum praeses aperiet actum, praeludetque oratiuncula ingenuus adolescens : qua dicta, in sedem solitam per apparitorem Princeps ducetur responsurus. Ibi sedebit aperto capite dum propositam repetet qusestionem, dum jurabit, leget probabitque thèses, et dicendo : Et hœc sunt, etc. Dum sua praeses proponet tria média, erit etiam capite nudo, sicuti et quando repetet prima vice primum cujusque medii argumentum. Quo sic repetito, ubi praeses annuerit dato signo, poterit Princeps operire caput. Postquara tribus mediis satisfecerit, dicet aperto capite : Et hœc sunt, etc. Quantum vero spectat ad baccalaureos disputantes, audiet Princeps nudo capite, et semel repetet primum cujuslibet baccalaurei disputantis argumentum ; sed, iterum repetendo, poterit oporire caput.... Tandem, finito actu, dicet nudo capite : Et hœc sunt, etc. » Ce règlement offensa vivement les jeunes bacheliers de condition : Journal d'OL aVOrmesson, tome II, p. 104.

hasard des

coadjutoreries

de Langres,

puis de Reims,

tombées sur

l'abbé le Tellier, est le premier qui ait eu ces distinctions en Sorbonne.

août 1643, et fut cardinal en août 1669; il avoit donc vingt-six ans quand il le fut, et c'est dans cet intervalle qu'il obtint ces honneurs en Sorbonne. La façon dont il fut cardinal montrera toute seule comment ces distinctions lui furent déférées en Sorbonne1.

M. de Turenne fut fait maréchal général des camps et armées de France2 le 7 avril 16603, la cour étant à Montpellier4. Son neveu avoit alors dix-sept ans5. Cette époque marque donc bien en quelle situation étoit M. de Turenne. Elle ne déchut pas depuis, et personne n'ignore le degré de faveur, de crédit, d'autorité où a toujours été ce grand homme depuis qu'après tant d'écarts il se fut sincèrement attaché au Roi et au gouvernement la dernière fois6. 11 seroit aussi difficile de ne savoir pas l'attachement extrême qu'il eut pour la grandeur et les distinctions de sa maison, qui, toute sa vie, le conduisit et fut sa passion dominante7, et tous les avantages qu'il sut lui pro-

1. Comparez le récit qui va suivre avec un récit analogue des Mémoires de l'abbé de Choisi), p. 555-556 et 651-654, résumé dans le tome I des Curiosités historiques, 1759, p. 141-143.

2. Il a déjà été parlé (tome I, p. 132) de la création, ou plutôt du renouvellement de cette charge en faveur de Turenne.

3. La véritable date est : 5 avril 1660; l'original des provisions se conserve aux Archives nationales, K 118B, n° 992.

4. La cour se rendait d'Avignon à la frontière d'Espagne, où eut lieu, deux mois plus tard, l'entrevue de l'île des Faisans.

5. Emmanuel-Théodose de la Tour-d'Auvergne, alors duc d'Albret (titre que l'on avait donné à Henri-Jules de Rourbon-Condé jusqu'en 1646), possédait déjà les abbayes de Tournus et de Saint-Ouen de Rouen. — On avait soin de dire : le duc d'Albret, et non : l'abbé.

6. C'est en février 165*2 que Turenne, rompant avec les Princes et l'étranger, avait repris sa place à la tête de l'armée royale. Depuis lors, chaque année avait été marquée par une série d'opérations heureuses, que couronnèrent, en 1658, la bataille des Dunes et la conquête de presque toute la Flandre, suivies de la conclusion de la paix. De là ce grand crédit, dont il a déjà été parlé plus haut, p. 254.

7. Mme de Motteville attribue également à ce mobile, à cette préoccupation dominante, la conduite du duc de Rouillon pendant la Fronde : voyez ses Mémoires, tome II, p. 297-298 et 308.

curer par toutes sortes d'occasions et de moyens1. Il regarda son neveu comme y pouvant beaucoup contribuer en le poussant dans l'Église, et M. de Péréfixe2, archevêque de Paris, dans la confiance et le crédit où il étoit à la cour, comme un instrument très propre à l'avancer. Il étoit son ami, et ce prélat s'en faisoit un grand honneur : il lui recommanda fort son neveu, qui eut l'esprit de lui faire une cour assidue et de le gagner aussi personnellement. Il arriva que M. de Louvois, déjà considérable par soi aussi bien que par son père, et qui n'avoit ni sa modestie ni sa retenue, imagina de capter si bien l'évêque de Langres3 qu'il fît l'abbé le Tellier\ son frère, son coadjuteur. Ce prélat étoit ce fameux abbé de la Rivière5 qui

1. Saint-Simon, qui avait d'abord écrit : « touttes de moyens (sic) », a ajouté en interligne : sorte (sic) d'occasions et de, ce qui fait une répétition de la préposition de.

2. Hardouin de Beauraont de Péréfixe, fils d'un maître d'hôtel du cardinal de Richelieu, chez qui il fit lui-même les fonctions de maître de chambre, naquit en 1605, et il n'était encore que docteur en théologie lorsque la Régente le choisit, en 1644, pour être précepteur du jeune roi. En 1648, on le nomma évêque de Rodez; mais il se démit de ce siège pour vaquer plus librement à ses fonctions, et n'eut plus d'autre qualité que celle de membre du conseil de conscience jusqu'en juillet 1662, époque où il fut pourvu de l'archevêché de Paris. Depuis l'année précédente, il possédait les charges réunies de chancelier et de garde des sceaux de l'Ordre, et, le 17 juillet 1662, treize jours avant sa nomination comme archevêque, il avait été élu proviseur de Sorbonne. Il était de l'Académie française depuis 1654, et fit paraître une histoire d'Henri IV en 1661. Mort à Paris, le 1er janvier 1671. Saint- Simon lui a consacré, comme précepteur du Roi, une notice qui est imprimée au tome IV des Écrits inédits, p. 439-441; notice défavorable au prélat, comme le sont d'ailleurs les Mémoires de Mme de Motteville.

3. L'évêché de Langres, dont il a déjà été parlé à propos de M. de Simiane-Gordes (tome II, p. 364-367), avait le titre de duché-pairie et un revenu de plus de vingt mille livres. Le diocèse s'étendait partie en Champagne et partie en Bourgogne.

4. Charles-Maurice le Tellier, qui devint archevêque de Reims : tome I, p. 64.

5. Louis Barbier, dit de la Rivière, homme de bas lieu et de la lie du peuple selon Monglat, fils d'un déchargeur <le bois selon la chro-

avoit si longtemps gouverné Monsieur Gaston1, qui, par là, avoit tant figuré pendant les troubles de la minorité du Roi2, qui étoit devenu ministre3, qui avoit tant fait compter tous les partis avec lui, qui avoit eu la nomination au cardinalat4, et qui, tout homme de rien qu'il

nique, ou d'un commissaire de l'artillerie suivant l'Histoire généalogique (tome II, p. 237), avait commencé par être maître d'école ou « pédant » de collège* avant de s'attacher à Gaston d'Orléans comme chapelain. Devenu aumônier, favori et confident de ce prince, il eut, par son crédit, de nombreuses et grosses abbayes, avec le titre de premier aumônier de Madame, acheta la charge de chancelier des ordres en 1645, et obtint la nomination du Roi pour le cardinalat en avril 1648, en récompense de ce qu'il avait fait l'union entre Gaston et le prince de Condé; mais il partagea la disgrâce des Princes au commencement de 1650, se retira alors dans sa terre de Petit-Bourg, et ne reçut qu'en février 1655 l'évêché de Langres, comme compensation du chapeau non obtenu. Il eut aussi la charge de grand aumônier de la Reine, et mourut à Paris, le 30 janvier 1670, dans sa soixante-dix-septième année. Saint-Simon a fait sa notice, comme pair ecclésiastique : elle est placée ci-après, appendice XIII.

1. Quoique Monsieur sût qu'il l'avait trahi plusieurs fois, c'est uniquement sur ses avis qu'il se dirigeait en toutes choses, et on eut beaucoup de peine à le détacher de ce conseiller intime : voyez ['Histoire de France pendant la Minorité, tome III, p. 348-354, 372, 384 et 395. C'était d'ailleurs un intrigant insatiable, en même temps que lâche.

2. Les mémoires de ce temps-là abondent en anecdotes et en renseignements sur cet abbé de la Rivière, notamment ceux de Mme de Motteville, de Nicolas Goulas et de M. de ***, le Journal d'Olivier d'Ormesson, etc.

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