‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 216 sur 495 · En tombe d'accord, y consent · texte numérisé non relu

En tombe d'accord, y consent

dernière exactitude le plan et les dimensions de sa maison et de son jardin, des pièces de l'intérieur, jusque de la position des ustensiles et du petit meuble1, fait démonter la maison et emporter tout ce qui y étoit, remonte la maison, telle qu'elle étoit au juste dedans et dehors, à quatre portées de mousquet à côté de son avenue, replace tous les meubles et ustensiles dans la même position en laquelle on2 les avoit trouvés, et rétablit le petit jardin de même, en même temps fait aplanir et nettoyer l'endroit de l'avenue où elle étoit, en sorte qu'il n'y parût pas. Tout cela fut exécuté encore plus tôt que la livrée faite, et cependant le tailleur doucement gardé à vue, de peur de quelque indiscrétion. Enfin, la3 besogne achevée de part et d'autre, Charnacé amuse son homme jusqu'à la nuit bien noire, le paye, et le renvoie content. Le voilà qui enfile l'avenue : bientôt, il la trouve longue; après, il va aux arbres, et n'en trouve plus. Il s'aperçoit qu'il a passé4 le bout, et revient à tâtons chercher les arbres; il les suit à l'estime5, puis croise6, et ne trouve point sa maison. Il ne comprend point cette aventure. La nuit se passe dans cet exercice; le jour arrive et devient bientôt assez clair pour aviser sa maison : il ne voit rien ; il se frotte les yeux, il cherche7 d'autres objets, pour découvrir si c'est la faute de sa vue.' Enfin il croit que le diable s'en mêle et qu'il a emporté sa maison. A force d'aller, de venir, et de porter sa vue de tous côtés, il aperçoit, à une assez grande distance de l'avenue, une maison qui ressemble à la sienne comme deux gouttes d'eau. Il ne

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