‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 24 sur 495 · Elisabeth de la Tour : tome IV, p. 41, note · texte numérisé non relu

Elisabeth de la Tour : tome IV, p. 41, note

4. Cette ville est au S. de Saint-Brieuc. Tallemant (Historiettes, tome II, p. 25) raconte comment M. de la Moussaye paya son acquisition sur le seul produit des coupes de la forêt. En 1681, M. de Lorge acheta la terre; en 1691, il en obtint l'érection en duché de Quintin, et, en 1706, son fils fit changer le nom du duché en Lorge, tandis que la terre de Lorge, en Beauce, prenait le nom de Moncourt. Le P. Augustin du Paz a donné la suite des anciens comtes de Quintin, jusqu'en 1500, dans l'Histoire généalogique de plusieurs maisons illustres de Bretagne, 2e partie, p. 177.

5. Henri de la Trémoïlle, troisième duc de Thouars, né en 1599, mort le 21 janvier 1674, mestre de camp général de la cavalerie légère, chevalier des ordres, pair de France, etc.

6. François Gouyon fut titré d'abord baron de Nogent, puis baron et marquis de la Moussaye. Étant encore très jeune, il servit d'aide de camp au duc d'Enghien lors de la campagne de 1643, et fut fait maréchal de camp en 1644. Le prince lui ayant donné un titre de lieutenant général et le gouvernement de Stenay en 1648, il s'enferma dans cette place en 1650, avec Mme de Longucville, dont il était amoureux (Mémoires de Monglat, p. 228, 229, 249 et 253), et y mourut la même année, ayant alors trente ans au plus. Tallemant dit quelques mots de lui (Historiettes, tome II, p. 527-528) .Voyez, dans l'Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, tome I, p. 368-384, une note où M. Chéruel lui a restitué la relation des campagnes de 1643 et 1644 publiée, avec des altérations profondes, en 1673, par Henri de Bessé de la Chapelle.

7. Stenay, en Barrois, cédé par Charles de Lorraine en 1641, avait été donné par Louis XIV au prince de Condé, en 1646, et le Roi dut,

Quintin avoit été fort jolie, parfaitement bien faite, fort du monde, veuve de bonne heure sans enfants1, riche de ses reprises et de trente mille livres de rente2 que M. le maréchal de Lorge lui faisoit sa vie durant pour partie de l'acquisition de Quintin qu'il avoit faite de son mari. En cet état et avec beaucoup d'esprit, elle vit la meilleure compagnie de la cour, et, comme elle avoit l'esprit galand et impérieux, elle devint une manière de fée, qui dominoit sur les soupirants sans se laisser toucher le bout du doigt qu'à bonnes enseignes, et de là sur tout ce qui venoit chez elle, toutefois avec jugement, et se fit une cour où on étoit en respect comme à la véritable, et aussi touché d'un regard et d'un mot qu'elle adressoit. Elle avoit un bon souper tous les soirs. Les grandes dames la voyoient comme les grands seigneurs. Elle s'étoit mise sur le pied de ne sortir jamais de chez elle, et de se lever de sa chaise pour fort peu de gens3. Mon-

après la rébellion de celui-ci, se rendre en personne devant la place, avec Fabert, pour en reprendre possession par la force (6 août 1654). On procéda plus tard au démantèlement, conformément au traité de Vincennes (1661); mais la ville conserva un gouverneur particulier.

1. Journal de Dangeau, tome I, p. 46. Dix-sept mois après la mort du premier mari, en janvier 1686, Mme de Quintin abjura la religion protestante (ibidem, p. 286, avec Addition de Saint-Simon) : ce qui lui valut une pension de quatre mille livres, demandée pour elle par son ami la Feuillade.

2. Quinze mille livres seulement. Dangeau (tome I, p. 46) dit que M. de Lorge faisait une pension de cette somme au mari, par la mort duquel elle se trouva éteinte, et une autre égale à la femme, à qui il resta en outre une terre de cinq mille livres de rente. Saint-Simon a mal lu ce texte. Son manuscrit porte : « 30 000 H de rente. » Voyez ci-après, p. 12o, note 5.

3. Paralysée ou se prétendant telle dès l'âge de vingt ans, elle ne quittait pas son siège ou son lit de repos, et on la vit une fois se faire transporter ainsi à travers le faubourg Saint-Germain, pour changer de logis, avec une suite d'amants ou d'adulateurs. Le Chansonnier, qui raconte ce fait, dit qu'elle avait été belle, mais qu'à l'époque où nous place Saint-Simon, elle était fort vieillie, avec des dents horribles, une extrême maigreur, et que sa beauté consistait plutôt dans la taille : grande parleuse d'ailleurs, entêtée de son esprit et de sa beauté, et si

sieur y alloit*; elle étoit la reine de Saint-Cloud, où elle n'alloit qu'en bateau2, et encore par grâce, et n'y faisoit que ce qu'il lui plaisoit; elle y avoit apprivoisé jusqu'à Madame, qui l'alloit voir aussi. Mme de Bouillon3, autre reine de Paris, elle l'avoit subjuguée, l'avoit souvent chez elle, et le duc et le cardinal de Bouillon. Le comte d'Auvergne fut longues années son esclave. M. de la Feuillade y venoit deux fois la semaine souper de Versailles, et retournoit au coucher du Roi ; et c'étoit une farce de la voir partager ses grâces entre lui et le comte d'Auvergne, qui rampoit devant elle, malgré sa roguerie\ et mouroit à petit feu des airs et des préférences de l'autre5. Le comte de Fiesque6, qui, avec beaucoup d'esprit, étoit une manière de cynique fort plaisant quelquefois7, impatienté

glorieuse qu'on l'appelait : la reine d'Anlioche (mss. Fr. 12 620, p. 85, et 12 692, p. 17-20). Mme de Sévigné (tomes II, p. 289-290, IV, p. 251, et VI, p. 211) critique son « enflure » de « provinciale de qualité qui a pris, à ce qu'elle croit, l'air de la cour. »

1. Le Chansonnier raconte qu'elle donna à Monsieur des porcelaines magnifiques, comptant sur un retour avantageux (ms. Fr. 12 692, p. 19). Le duc de Luynes, dans un article rétrospectif (Mémoires, tome XV, p. 258-259), dit : « C'étoit une femme fort galante, qui avoit beaucoup de goût. Elle étoit magnifique en tout, en porcelaines, en diamants, en étoffes des Indes. Elle rassembloit chez elle la bonne compagnie.... Elle étoit jusqu'à la fin parée comme à quinze ans.... Elle avoit eu vingt-deux mille livres de rente de douaire. »

2. Mode de transport assez usité : Mémoires de Mme de Molleville, tome IV, p. 377.

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