Du pays de Liège
5. C'est le bourg frontière de Mortagne-Nord, sur l'Escaut, au-dessus de Valenciennes et au-dessous de Tournay. Acquis par Philippe le Bel, en 1313, des anciens Mortagne, qui étaient châtelains de Tournay, il fut érigé en châtellenie-pairie pour Jean, fils de Charles VI, en 1407, puis donné par Louis XI au duc de Bourgogne, et par François Ier au comte de Saint-Pol (Histoire généalogique, tome III, p. 253). La ville nous est restée définitivement par les traités d'Utrecht; mais ses dépendances furent attribuées, ainsi que le Tournaisis, à la maison d'Autriche.
6. Ailleurs, notre auteur dira (tome XVII, p. 41) que ce père était un riche maître de forges de vers Liège.
7. Engoncé, « qui a peu de cou, et dont la tète touche presque aux épaules. » (Furetière, éd. 1694.)
8. M. de Luynes (tome XV, p. 258) parle de la « grande et grosse perruque » que portait M. de Mortagne.
trouva Mortagne encore plus fou qu'elle de l'avoir fait; cela leur diminua à tous deux l'estime et la considération du monde : la maison de Mme de Mortagne tomba fort ; ils s'en consolèrent pour1 l'abondance et par filer ensemble le parfait amour2.
Bissy, La mort de l'archevêque de Bordeaux3, de la maison
cveque d'Anglure*, frère de Bourlémont5, qui avoit été auditeur
depuis de rote6, fit donner cet archevêché à Bissy, évêque de
1. Pour dans le sens de à cause de. Voyez les lexiques de Malherbe, de Corneille et de Mme de Sévigné.
2. « On dit qu'un homme file le parfait amour, pour dire qu'il cageolle (sic) une femme dans les formes. » (Furetière, 1694.) — Les Mémoires reparleront de Mme de Mortagne à l'époque de sa mort (tome IX, p. 480). En outre, on trouve une rédaction première de toute l'historiette de M. et Mme de Mortagne dans l'article Aubusson-Rouannez des Duchés-pairies, au tome VI des Écrits inédits de Saint-Simon, p. 383-385. Elle se termine en ces termes : « Ce fut l'époque de leur chute dans le monde que ce mariage, à l'un et à l'autre, qui ne changea rien au règne de la femme et aux soumissions et à l'assiduité du nouveau mari. Il mourut quelques années avant elle, et elle après, décrépite et assez abandonnée. » Cette dernière phrase est un lapsus évident, car Mortagne, devenu veuf, se remaria avec Mlle de Guémené.
3. Louis d'Anglure de Bourlémont, mort le 9 novembre 1697, à soixante-dix-neuf ou quatre-vingts ans (Journal de Dangeauy tome VI, p. 225 et 226). Après avoir été auditeur de rote à Rome pendant vingtdeux ans et avoir refusé les évêchés de Tournay en 1668, de Lavaur en 1669, il fut fait évêque de Fréjus en 1679, et même reçut la consécration à Rome, mais ne prit pas possession de ce siège, non plus que de celui de Carcassonne, où il fut nommé en janvier 1680, et passa entio archevêque de Bordeaux au mois de septembre de cette dernière année. Il possédait les deux grosses abbayes de la Grâce et de l'Ile-de- Médoc. C'est lui qui, comme chargé des affaires et plénipotentiaire, en 1664, avait fait conclure le traité de Pise : ci-dessus, p. 12.
4. Sur cette très ancienne famille et son surnom de Saladin, voyez le mémoire inédit de l'intendant de Champagne en 1698, les notes de Vallet de Viriville à la suite de son édition de Y Armoriai de France de Gilles le Bouvier , p. 201 et suivantes, et la notice de M. Longnon en tête de son édition du Saint voyage de Jérusalem du seigneur d'Anglure (1878).
5. Ce lieutenant général a paru dans notre tome II, p. 213 et note 4. — La première lettre de Bourlaymont corrige un D.
6. Ce tribunal, établi auprès du saint-siège pour juger en dernier
Toul1, qui, grand courtisan de Saint-Sulpice, avoit telle- cardinal,
ment capté l'évêque de Chartres, qu'il l'avoit fort prôné i»archevèché
à Mme de Maintenon et au Roi2. Bissy, qu'on verra dans de Bordeaux.
la suite faire une si grande fortune, ne crut pas le siège
de Bordeaux propre à l'en approcher3 : il en vouloit un
plus voisin de la cour, d'où il pût intriguer à son aise, et
non pas se confiner à Bordeaux, et se fit un honneur
auprès de ses dupes de ne vouloir pas quitter sa première
épouse, pauvre et d'un gouvernement fort étendu, pour
être archevêque d'un beau siège et dans une grande ville1.
Toul, en attendant mieux, convenoit plus5 à ses vues,
et il y demeura. Bordeaux fut donc donné à Bezons6,
ressort les affaires ecclésiastiques de la plupart des États catholiques et les procès de l'État pontifical au-dessus de cinq cents écus romains, se composait de douze auditeurs : un français, un allemand, un castillan, un aragonais, un toscan, un bolonais, un ferrarais, un milanais, un vénitien, et trois romains; ils portaient l'habit violet et le rochet (Gazette de 1678, p. 1030-1031; Mercure, juin 1706, p. 237-239 ; Journal deDangeau, tome I, p. 373). Le nom de rota venait, dit-on, de ce que les douze auditeurs, partagés en trois bureaux, devaien examiner successivement chaque affaire jusqu'à ce que les trois sentences fussent conformes.