Ce, par mégtrde, dans le manuscrit
ses peines, et me persuadoit tant qu'il pouvoit que cet abbé faisoit très bien en tout et qu'il en étoit parfaitement content. Il ne mentoit pas assurément ; il se plaisoit trop dans cette nouvelle épreuve, qui se peut dire la plus forte de toutes celles par lesquelles il a été épuré, et il ne craignoit rien tant que de sortir de cette fournaise. Il excusoit donc tout ce qu'il ne pouvoit nier, et avaloit à longs traits l'amertume de ce calice. Si M. Maisne1 et un ou deux anciens religieux le pressoient sur la ruine de sa maison, à qui il ne pouvoit dissimuler ce qu'ils voyoient et sentoient eux-mêmes, il répondoit que c'étoit l'œuvre, de Dieu, non des hommes, et qu'il avoit ses desseins et qu'il falloit le laisser faire.
M. Maisne étoit un séculier2 qui avoit beaucoup de lettres3, infiniment d'esprit, de douceur, de candeur, et de l'esprit le plus gai et le plus aimable, qui, depuis plus de trente ans, vivoit là comme un religieux, et qui avoit écrit sous Monsieur de la Trappe la plupart de ses* lettres et de ses ouvrages, qu'il lui dictoit3. Je savois donc par lui et par ces autres religieux tous les détails de ce qui se passoit dans cet intérieur. J'en savois encore par M. de Saint-Louis6. C'étoit un gentilhomme qui avoit passé une grande partie de sa vie à la guerre jusqu'à être brigadier de cavalerie, avec un beau et bon régiment. Il
1. Ce personnage a déjà figuré en 1696 dans l'anecdote du portrait de Rancé, tome III, p. 256. Toujours hostile à dora Gervaise, il eût été renvoyé de la Trappe sans les égards qu'on avait pour l'ancien abbé, et, une fois celui-ci mort, on l'expulsa, avec défense d'approcher désormais de la maison.