Voyez la note 2 de la page 256 du tome III
6. Également nommé et présenté dans les mêmes termes, ou à peu près, en 1696 : ibidem, note 3.
étoit fort connu et fort estimé du Roi, sous qui il avoit servi plusieurs campagnes avec beaucoup de distinction. Les généraux en faisoient tous beaucoup de cas, et M. de Turenne l'aimoit plus qu'aucun autre. La trêve de vingt ans lui fit peur, en 16841; il n'étoit pas loin de la Trappe; il y avoit vu Monsieur de la Trappe au commencement qu'il s'y retira2 : il vint s'y retirer auprès de lui, dans la maison qu'il avoit bâtie au dehors pour les abbés commendataires3 afin qu'ils ne troublassent point la régularité du dedans, et il y a vécu dans une éminente piété. C'étoit de ces preux militaires, pleins4 d'honneur et de courage et de droiture, qui la mettent à tout, sans s'en écarter jamais, avec une fidélité jamais démentie, et à qui le cœur et le bon sens servent d'esprit et de lumière avec plus de succès que l'esprit et la lumière n'en donnent à beaucoup de gens5.
Le temps s'écouloit de la sorte sans qu'il fût possible de persuader Monsieur de la Trappe contre l'amour de ses propres souffrances0, ni d'espérer rien que de pis en pis de celui qui étoit en sa place7. Enfin il arriva ce qu'on
1. Cette trêve, signée à Ratisbonne, le 15 août 1684, avec l'Espagne, et le 20 avec l'Empire, avait pour objet de mettre fin, par le maintien du statu quo, aux difficultés et aux hostilités que suscitait l'exécution des traités de Nimègue. C'était pour la France une amélioration considérable à ces traités, puisqu'elle gagnait en plus Strasbourg, Luxembourg, le duché de ce nom, 1 electorat de Trêves et le Palatinat cisrhénan, et Louis XIV se vanta d'avoir ainsi, par sa valeur et sa prudence, assuré vingt ans de paix à l'Europe; mais la guerre reprit dès 1688.
3. Avant retira, le manuscrit porte quatre lettres bifiées, et, à la ligne suivante, basti est sans accord.
3. Sur ces abbés, voyez notre tome II, p. 362, et ci-dessus, p. 277.
4. Plein, au singulier, dans le manuscrit, malgré le sujet ces preux militaires qui, et le verbe mettent, au pluriel, qui suit.
5. Saint-Simon tenait de lui cinq volumes d'écrits pieux qui sont maintenant aux Affaires étrangères, cotés France 1440-1444.
6. De lui persuader de ne pas se complaire plus longtemps dans ses propres souffrances, comme l'auteur l'a dit plus haut. ^
7. Selon les notes du P. Léonard (ms. Fr. 24 123, fol. 46-47 et 51), Rancé reprochait surtout au nouvel abbé de vouloir, tout en fortifiant
n'auroit jamais pu imaginer : D. Gervaise tomba dans la punition de ces philosophes superbes dont parle l'Écriture1. Par une autre merveille, ses précautions furent mal prises, et, par une autre plus grande encore, le pur hasard, ou pour mieux dire la Providence, le fit prendre sur le fait. On alla avertir Monsieur de la Trappe, et, pour qu'il ne pût pas en douter, celui2 dont il s'agissoit3 lui fut mené. Monsieur de la Trappe, épouvanté tout ce qu'on peut l'être*, fut tout aussitôt occupé de ce que pourroit être devenu D. Gervaise. Il le fit chercher partout, et il fut longtemps dans la crainte qu'il ne se fût allé jeter dans les étangs dont la Trappe est environnée. A la fin, on le trouva caché sur les voûtes de l'église, prosterné et baigné de larmes5. Il se laissa amener devant Monsieur de la Trappe, à qui il avoua ce qu'il ne pouvoit lui cacher. Monsieur de la Trappe, qui vit sa douleur et sa honte, ne songea qu'à le consoler avec une charité infinie, en lui laissant pourtant sentir combien il avoit bêla discipline, imposer à la communauté certaines règles de l'ordre des carmes déchaussés et introduire l'usage des études monastiques. De plus, en recevant trop facilement des religieux dans la maison, on amenait des apostasies regrettables, comme celle d'un certain dom Armand, ancien page du prince d'Orange, causeur favori du roi Jacques pendant les visites de ce prince à la Trappe, et que Rancé avait fait receveur des hôtes. Enfin la conduite de dom Gervaise lors de la mort de M. Savary, évêque de Séez, avait déplu aux religieux, et il y avait eu aussi un conflit avec l'abbesse du monastère des Clairets. Voyez le Jugement critique.... des Vies de feu M. l'abbé de Rancé (par dom Gervaise lui-même), p. 401 et suivantes, et l'Histoire de Rancé, par M. l'abbé Dubois, tome II, p. 532 et suivantes.
1. Épître de saint Paul aux Romains, chap. i, versets 22, 27 et 28*: « Dicentes.... se esse sapientes, stulti facti sunt.... Masculi, relicto naturali usu feminae, exarserunt ex desideriis suis in invicem, masculi in masculos turpitudinem opérantes, et mercedem quara oportuit erroris sui in semetipsos recipientes. Tradidit illos in reprobrium suum, ut faciant ea quae non conveniunt, etc. »