‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 325 sur 495 · L'abbé de Coëtelcz et l'abbé de la Chastre. (Page · texte numérisé non relu

L'abbé de Coëtelcz et l'abbé de la Chastre. (Page

18 avril 16982. — L'abbé de Coëtelez5 étoit un gentilhomme de Bretagne, frère d'un capitaine aux gardes fort estropié et qui avoit bien servi. Il étoit parent de la maréchale de Créquy, et souvent chez elle. Sa nomination donna une si furieuse envie à l'abbé de la Chastre, aumônier du Roi, qu'il fit passer avec adresse entre les mains du P. de la Chaise les avis les plus noirs et les plus atroces contre la vie et les mœurs de l'abbé de Coëtelez, qui avoit toujours passé pour fort sage et réglé, et fort honnête homme. Dans la suite, le P. de la Chaise eut les preuves de la fausseté de ces avis, et, comme il étoit homme fort droit et fort ennemi des mauvais offices, il fit ce qu'il put pour procurera l'abbé de Coëtelez une réparation digne de l'affront qu'il avoit reçu, par un évêché considérable; mais le Roi, qui ne revenoit presque jamais, et qui soupçonnoit toujours ceux dont on lui avoit dit du mal, quelque faux que ce mal pût être prouvé par la suite, ne voulut jamais rien faire pour l'abbé de Coëtelez, jusqu'à en avoir des prises avec le P. de la Chaise et lui reprocher qu'il étoit trop bon. Cette affaire fit une peine infinie au P. de la Chaise, qui ne se rebuta point pendant presque tout le reste de sa vie. L'abbé de Coëtelez, outré de douleur, se retira d'abord sans qu'on sût où, puis dans la Chartreuse de Rouen, où, sans prendre l'habit, il vécut plusieurs années comme les chartreux et ne vit qui que ce soit au monde. De là, il s'en alla chez lui, où il garda

extrêmement que le Roi désigna tout haut l'ambassadeur de Venise pour prendre le bougeoir des mains du premier valet de chambre.

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