Le manuscrit porte sans
que cette conduite a été plus d'une fois, et très utilement, suivie dans cette maison. Mme de Guémené étoit mère du chevalier de Rohan qui eut le col coupé pour folie et crime de lèse-majesté, 27 novembre 1674, et nièce paternelle du premier duc de Montbazon, mort sans enfants, du second, qui fut aussi son beau-père, et du marquis de Marigny, qui passa le cinquante-septième dans l'ordre du Saint-Esprit, à la promotion de 1619. Mmes de Coëtquen, de Tournemine, de Pellevé, d'Espinay en Bretagne, de Pompadour, étoient les sœurs de son père. La mère de Mme de Guémené étoit Rieux. Son père n'eut point d'enfants d'une Avaugour, sa seconde femme, qui se remaria à M. du Bellay, puis à M. de Sourdis Escoubleau. Pour ne rien omettre, Mme de Guémené étoit belle-sœur de M. de Soubise mari de la belle Mme de Soubise, si utile à la maison de son mari, mère de M. de Montbazon mort fou et enfermé à Liège, et grand mère du prince de Guémené dont le fils, archevêque-duc de Reims, a sacré Louis XV.
258 et 259. La princesse de Montauban et son tabouret,
19 juin 1697. — Mme de Montauban étoit sœur du chevalier de Nogent et de Nogent, beau-frère de M. de Lauzun, tué au passage du Rhin, père de la duchesse de Biron. Elle étoit veuve de Ranes, dont elle avoit un fils, et se remaria à un frère fort obscur du prince de Guémené, avec qui elle se brouilla tôt après, et s'enfuit de la maison. Ce prince de Montauban n'avoit point de rang. Sa femme, fort joueuse, et encore plus autre chose, étoit fort de la cour de Monsieur, qui, à ce que disoit le Roi, lui escroqua le tabouret pour elle. Elle étoit si décriée, que le Roi résista longtemps à Monsieur pour la mener à Marly. C'étoit une effrontée, qui avoit de l'esprit et du manège, plus méchante qu'un aspic, et audacieuse en prenant son temps et ses gens. Quelquefois elle amusoit le Roi, et Mme de Maintenon ne la haïssoit pas. Avec cela, fort bossue, un tant soit peu tortue, un long nez crochu, toute peinte de blanc, de rouge, jusque sur les lèvres, de noir aux sourcils et aux paupières, et des boules dans la bouche; parée à ravir, toujours sous les armes, toujours raccrochant et l'air gracieux. Elle est morte dans la dernière vieillesse tout comme elle avoit vécu, et n'a eu de ce second mari, qu'elle survécut bien des années, qu'une fille, religieuse.
8 octobre 17041. — M. de Guémené et M. de Montauban étoient fils du duc de Montbazon mort fou et grand nombre d'années enfermé à Liège, et d'une mère Schonherg, pas trop sage, quoique sœur de père de la célèbre duchesse de Liancourt. Mme de Montauban étoit Bautru, KBUr du chevalier de Nogent, de Nogent tué au passage du Rhin, beaufrère de M. de Lauzun, et de Mme de Rambures femme du dernier de
1. Les premiers éditeurs avaient négligé la phrase de début de cette Addition.
cette maison ; elle étoit veuve de Ranes, qui étoit Argouges en son nom, officier général très distingué et tué en Flandre. Sa vertu étoit moins que médiocre, sa passion pour le grand monde extrême: laide, bossue, mais de l'esprit comme un démon, et de même nature que celui des démons ; anciennement fort connue du Roi et de Monsieur par Bautru, son père, capitaine de la porte, qui, par son esprit et sa hardiesse, faisoit une figure avec ses vives plaisanteries. Du temps de ce premier mariage, la confusion n'étoit pas, à beaucoup près, telle qu'elle devint depuis, ni telle en cette dernière époque que le Roi Ta laissée, et si, dans celle-ci, c'étoit ordre merveilleux en comparaison d'aujourd'hui. Mme de Ranes étoit donc exclue de bien des choses, et résolut, pour cela seul, de se remarier à quelqu'un qui l'affranchit, et donna gros à M. de Montauban pour l'épouser; mais ce fut bien pis. Mme de Soubise, par son utile beauté, avoit fait son mari prince par degrés, lui dont la première femme n'avoit jamais songé à être assise et étoit morte sans l'avoir été, ni seulement prétendu. Le tabouret de Mme de Soubise le fit donner à Mme de Guémené, qui le prétendoit sur l'exemple de la belle Montbazon, à qui, avant la mort de son beau-père, la fameuse Mme de Chevreuse, sa belle-sœur, l'avoit procuré par degrés, d'abord au Val-de-Grâce, puis au Louvre, mais à des heures de privance, enfin tout à fait ; on le lui avoit ôté, puis rendu avant la mort de son beaupère, qui vécut très vieux et ne se démit point de son duché. Ainsi Mme de Guémené, au même cas avec le sien, passa sur la beauté de Mme de Soubise; mais M. de Montauban n'avoit aucun rang. Monsieur, qui, dès sa jeunesse, aimoit Mme de Montauban, et sûrement sans scandale, se mit en tête de la protéger, et lui et Mme de Soubise arrachèrent enfin pour elle le tabouret, que le Roi disoit toujours que Monsieur lui avoit escroqué. Elle fut toujours des plus avant de sa cour, et ne tarda pas à se brouiller avec éclat avec son nouveau mari, dont elle n'ouït plus parler dans la suite et dont elle n'eut qu'une fille, qu'elle eut grand soin de coffrer. Sa vie fut également méchante et débauchée, et, quoique Saint-Cloud fût le repaire d'espèces les plus décriées des deux sexes, le Roi la reprochoit à Monsieur comme la honte et le scandale de Saint-Cloud, où Monsieur passoit tous ses étés avec une grosse cour. La Montauban alloit rarement à Versailles, qui n'étoit pas son terrain ; puis, tout à coup, on la vit à Marly et à merveille avec le Roi et avec Mme de Maintenon, et, sans jouer la repentie sur aucun article, elle y tint bon le reste de la vie du Roi, faisant peur et horreur à tout le monde. Elle persévéra aussi, à force d'argent, dont elle prenoit à toutes mains, dans sa débauche et dans ses noirceurs, avec du noir, du blanc, du rouge et je ne sais combien d'autres soutiens de décrépitude, qui la rendirent hideuse, avec toute sa même effronterie, et mourut dans une grande vieillesse aussi détestablement ■qu'elle avoit vécu1.