‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 399 sur 495 · Un, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Un, dans le manuscrit

«lie, d'où il est enfin revenu jouir en France de sa fortune espagnole ; c'est le prince de Chalais, dont la femme, sœur du duc de Mortemart, est dame du palais de la Reine. La duchesse de Bracciano passa plusieurs années à Rome, y tenant une espèce de petite cour. Le domestique n'alla pas toujours bien, et lui donna le désir de revoir sa patrie. Elle y fit un voyage assez court, mais suffisant pour lui faire reconnoître le terrain et la comparaison, pour elle, de la France avec l'Italie. Elle y retourna, désirée de son mari, et encore plus de tout Rome. Elle y passa encore quelques années. Les mêmes raisons l'engagèrent1 à revenir en France : elle les couvrit des mésintelligences entre les deux cours, et fut d'autant mieux reçue dans la nôtre, que son mari donna le premier exemple de renvoyer le collier de l'ordre du Saint-Esprit •sans qu'il lui fût redemandé 2, sans avoir reçu aucun sujet de plainte, et de recevoir en sa place celui de la Toison d'or. Mme de Bracciano, assise comme les duchesses, ne montra point d'autre prétention, et vivoit bien plus à Paris qu'à la cour, où Mme de Maintenon craignoit les grâces de son esprit et de son corps. C'est encore un problème que de savoir si elle brigua ou si elle refusa l'étrange place pour elle de dame d'honneur de Mme la duchesse de Chartres, depuis d'Orléans, quand le Roi la maria en février 1692 : elle s'en défendit fort après; mais ce qui est assuré, c'est que, soit qu'elle l'eût briguée et que Mme de Maintenon l'eût trouvé mauvais, soit qu'elle l'eût refusée et que le Roi en fût piqué et Mme de Maintenon bien aise de cultiver son mécontentement pour l'éloigner, c'est qu'elle ne fut plus à la cour -sur le même pied que devant, et qu'elle le sentit avec tant d'amertume, qu'elle s'en retira peu à peu, jusqu'à n'y aller presque plus5. Elle prit «hez elle sa nièce de Royan et une parente plus éloignée, qui s'appeloit Mlle de Cosnac, petite-nièce de l'archevêque d'Aix qui avoit fait autrefois tant de bruit dans le monde entre feu Madame et Monsieur, dont il étoit premier aumônier dans ce temps-là, et qui n'avoit pas moins d'esprit et d'intrigue que Mme de Bracciano. Elle acheva d'élever •ces deux héritières chez elle, et les maria, l'une au duc de Châtillon, -comme il a été dit4, l'autre au dernier comte d'Egmont de cette grande maison, qui mourut bientôt après, sans postérité, et dont les biens et la grandesse passèrent au comte d'Egmont d'aujourd'hui, qui est Pignatelli, fils de sa sœur et du duc de Bisaccia5, lequel s'est établi en France et y a épousé une Duras. Ce mariage, par la suite, ne fut pas inutile à la duchesse de Bracciano, par les ressources et la hardiesse de l'archevêque d'Aix. Tandis qu'elle couloit le temps à Paris, mal à son aise à la cour, ses revenus la mettoient à l'étroit et son mari vieil-

1. Ms. : Engagarent. — 2. Erreur : voyez Dangeau, tome II, p. 169.

3. Ce passage de dix lignée ne se retrouve pas dans les Mémoires; mais il est fait allusion à l'affaire de 1692 dans notre Addition 13, tome I, p. 352.

4. Dans les Ducs existants, vol. Saint-Simon 51 (France 206), fol. 98.

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