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lalloit pour bien faire profiter ses talents, et s'y appliqua toute entière, avec un succès qui surpassa ses espérances. Elle s'établit un commerce réglé avec Mme de Maintenon, qui ne pouvoit oublier qu'elle avoit été mie, qui se l'étoit faite de Mme la duchesse de Bourgogne, et qui s'imagina l'être de la reine sa sœur par Mme des Ursins, qui n'oublia rien pour le lui bien faire accroire. Elle eut jusqu'en janvier 1703, que le roi d'Espagne arriva d'Italie, le temps d'arranger ses projets et de reconnoître son monde; on en vit bientôt les effets. Son ancienne amitié avec le cardinal Porto-Carrero avoit paru une convenance de plus pour le choix que l'on fit d'elle, et la même raison, et même redoublée par une liaison intime avec le cardinal d'Estrées, le fit regarder comme l'homme le plus propre à être le modérateur de cette jeune cour et le compagnon du cardinal Porto-Carrero pour le poids des affaires. On craignit cependant que, malgré le grand âge, la présence de Mme des Ursins ne fît souvenir ces deux princes de l'Église qu'ils avoient été rivaux; mais on espéra tout du long temps écoulé depuis et de leurs occupations plus sérieuses, et que, si elles pouvoient mettre quelque froideur entr'eux deux, Mme des Ursins, leur ancienne amie commune, qui avoit de si essentielles obligations à l'un et qui connoissoit que le roi d'Espagne devoit sa couronne à l'autre par le testament dont il étoit l'auteur, étoit l'instrument le plus propre à l'empêcher et à les tenir bien unis. On se trompa en tout. Ce n'étoit pas son compte : elle vouloit gouverner et ne dépendre de personne. Le cardinal d'Estrées, qui, de Piome, étoit allé négocier à Venise, eut ordre de passer la mer avec le roi d'Espagne, de l'accompagner et de demeurer à Madrid, et de s'y faire soulager par l'abbé d'Estrées, son neveu, tous deux ambassadeurs. Le premier soin de la princesse des Ursins fut d'unir étroitement le roi à la reine, et, comme elle l'avoit entièrement gagnée, de se mettre en tiers pour les gouverner tous deux. Tout cela ne lui fut pas difficile de l'humeur dont étoit Philippe V. Elle devint l'âme de tous les deux et entra dans toutes les affaires. Elle avoit si bien persuadé Mme de Maintenon, par ses souplesses, qu'elle n'étoit que sou instrument auprès de la reine, et cette reine se conduisoit en tout si au gré de notre cour et si fort au-dessus de son âge, que Mme de Maintenon fut ravie de la voir entrer dans les affaires et la princesse des Ursins l'y conduire, comptant, par elle, gouverner en Espagne avec le même pouvoir et par les mêmes artifices qu'elle gouvernoit en France, où elle ne sembloit presque jamais au Roi se mêler de rien, mais lui faisoit placer et ôter qui bon lui sembloit, faisant faire par les ministres ce qu'elle vouloit et proposer devant elle, et appuyant comme avec indifférence ce qu'elle vouloit ou ce que le Roi lui proposoit souvent lui-même, et perdant les ministres qui sortoient de cette dépendance, comme elle fit Louvois et Chamillart. Elle crut donc que la princesse des Ursins ne se conduiroit que par elle, et que, sûre de cela, elle ne pouvoit acquérir trop d'autorité. Ce grand pas fait, la princesse des Ursins se hâta d'en profiter et de travailler à se délivrer de tous ceux qui la pourroient balancer, et sur-
tout de tenir le roi et la reine de si court, sans qu'ils s'en aperçussent, que rien ne se pût faire sans elle et que par elle. Elle les environna donc, dans leur intérieur, de personnes le plus à elle qu'elle put, mit dans la tête de la reine de gouverner, et, pour cela, de retenir le roi avec elle le plus continuellement et le plus en particulier qu'elle pourroit, et dans l'esprit du roi une défiance générale ; et, par mille1 façons, elle et la reine le réduisirent à ne plus bouger d'avec elles, sinon pour la chasse, où elle avoit soin qu'il ne fût accompagné que de peu de suite, et de gens dont elle en avoit toujours de sûrs. Par ce moyen, la plupart des affaires se traitoient devant la reine et elle, et le peu où elle n'étoit pas lui étoient aussitôt rendues par le roi. L'amitié ancienne des deux cardinaux pour elle souffrit ces commencements ; mais leurs progrès rapides leur ouvrirent bientôt les yeux. Ils s'aperçurent qu'ils ne pouvoient rien sans l'attache de la princesse, qui faisoit échouer tout ce qui ne lui avoit pas été ou proposé ou agréable. Ils eurent d'abord des explications, puis vinrent aux plaintes ; après, cela se tourna en brouilleries, enfin en lutte. Le cardinal Porto-Carrero reçut mille dégoûts ; le cardinal d'Estrées eut les siens. On leur donnoit toujours raison en France; mais on ne les soutenoit en rien dans2 le détail, et l'avantage qui en demeuroit à Mme des Ursins, une avec la reine, qui possédoient le roi entièrement, lui mit bientôt toute l'Espagne à ses pieds, comme la modératrice véritable des grâces, de la faveur et des affaires. La reine, par son esprit, sa douceur et ses manières, enchantoit tout le monde ; elle avoit su s'adapter tous les charmes de sa gouvernante : elle vouloit régner, et sentoit bien qu'elle ne le pouvoit que par elle et avec elle. La princesse, qui l'y formoit sans cesse, n'avoit pour elle que des douceurs, des louanges et des tendresses; elle sentoit .bien qu'elle ne pouvoit être rien que par la reine ; elle déployoit toutes ses grâces avec tout le monde, tandis qu'elle assenoit5 ses ongles, et quelquefois de rudes coups de patte, ou pour punir ou pour corriger ou pour écarter ce qui lui étoit utile, et tenir toute la cour, le ministère, le militaire distingué dans la crainte de lui déplaire et dans l'espérance de la fortune en se donnant à elle. Les choses ne tardèrent pas d'arriver à un point que le cardinal d'Estrées, perdant toute patience, demanda son congé et revint à la fin de l'année, laissant en sa place l'abbé son neveu, dont la princesse ne fit que se jouer. Tôt après, elle tourna les journées en sorte que le roi ne décidoit plus quoi que ce fût que dans un conseil de cabinet en présence de la reine, et presque toujours d'elle, et ce conseil n'étoit jamais qu'entre dix et onze du soir, et fort souvent plus tard. Ce manège fit sentir au cardinal Porto-Carrero qu'on lui donnoit honnêtement son congé, et il le prit. Ubilla, marquis de Rivas, qui avoit écrit le testament de Charles II, fut chassé sans récompense, et, pour Arias, gouverneur du conseil de Castille, la meilleure tète d'Espagne, qui avoit