‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 407 sur 495 · Engagent, au pluriel, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Engagent, au pluriel, dans le manuscrit

en Espagne et en France1, elle se dégoûta d'être particulière et aspira à la souveraineté. Dieu, qui n'y avoit pas fait monter ses pères, et qui ne lui avoit ouvert aucune ombre de prétention de s'y élever, sembloit ■encore l'en avoir plus éloignée par son sexe et par sa viduité sans •enfants. Rien ne l'arrêta, et, disposant en plein des volontés du roi et de la reine d'Espagne, elle osa leur mettre dans la tête de lui faire tomber une souveraineté effective quand il seroit question de traiter de la paix, ou de lui en donner une sur leurs frontières. Il fallut encore avoir l'approbation et le concours de la France : par Mme de Maintenon, elle s'en flatta, et y réussit quand il en fut temps. Son projet étoit d'obtenir une province dont l'acquisition convînt à la France, et de l'échanger contre une province des bords de la Loire, de s'y retirer et d'y faire la souveraine dans son propre pays, peut-être de la faire passer dans sa maison après elle. Quoi qu'il en soit, elle vit pas plus tôt ouverture à la paix, qu'elle en mit les fers au feu, et elle douta si peu du succès, qu'elle fît passer son écuyer Aubigny en France, avec -de grandes sommes, qui, sans terre ni fief, acheta un vaste terrain tout auprès d'Amboise et se mit à y bâtir un palais de souverain. C'étoit là qu'elle avoit fixé le siège de son petit trône, et elle vouloit gagner temps pour le trouver tout prêt. Les conférences d'Utrecht commençant à prendre forme, elle osa y envoyer le baron de Câpres, de sa part, poursuivre sa prétention conjointement avec les plénipotentiaires d'Espagne, qui la dévoient former au nom du roi leur maître et y être appuyés par ceux de France2. Ceux-ci n'avoient pas ordre d'y aller bien vite, ni bien fortement, et l'idée de la future souveraine n'excita que la risée de toutes les puissances, qui n'en voulurent pas seulement ouïr parler. Elles trouvèrent avec raison que, si l'Espagne lui vouloit si fort procurer une souveraineté, elle pouvoit le faire à ses dépens, sans en importuner le reste de l'Europe, qui ne lui devoit cette récompense à •aucun titre. La France empêcha l'Espagne de sonder les esprits plus avant. Le baron de Câpres n'osa ouvrir la bouche et ne put même proposer d'être écouté, encore moins admis ; mais il en fit sa fortune, cadet sans bien et sans établissement qu'il étoit. Mme des Ursins crut se rehausser en payant avec somptuosité une si lâche et publique complaisance et la bassesse de s'être fait siffler comme son ambassadeur : il en eut au retour la grandesse, la Toison et la compagnie des gardes •du corps wallonne, qui vaqua tout à propos pour lui. Cette vaste tentative manquée, la princesse se tourna vers le Guipuzcoa et le Roussillon. Le roi et la reine d'Espagne le vouloient de tout leur cœur; mais le Roi, plus sage, s'y opposa dès qu'il vit l'affaire sérieuse et en démembrement de la couronne de son petit-fils, à qui l'Empereur arrachoit de si beaux fleurons; et cette opposition nette et ferme fit échouer

1. Mémoires, tomes IX, p. 116-118, et X, p. 150-156; Additions au Journal de Dnugc.au, tomes XIII, p. 487, et XV, p. 157-160.

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