‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 408 sur 495 · Mémoires, tomes X, p. 2, et XVIII, p · texte numérisé non relu

Mémoires, tomes X, p. 2, et XVIII, p

l'entreprise. Le palais cependant avoit été son train en étendue, en jardins, en meubles magnifiques1. Il y avoit encore des dépendances à faire, qu'on laissa. On n'osa avouer tout haut dans quel dessein cela avoit été bâti. Le tout demeura à d'Aubigny, qui y a joint quelques petits fiefs quand il l'a pu. Il s'y retira, et y a vécu plusieurs années avec opulence et considéré et aimé de ses voisins et des passants, et y est mort en 17322, laissant une fille unique très riche, qui épousa bientôt après le marquis d'Armentières Conflans5.

« Mme des Ursins4, réduite à régner pour autrui, perdit bientôt après son incomparable reine, dont l'Espagne ne se consolera jamais, quoique le règne de Mme5 des Ursins qui lui étoit attribué, et la haine qu'on portoit à sa nouvelle Altesse, eût bien diminué des adorations que toute la nation avoit pour la reine et que l'aversion conçue pour celle qui lui a succédé a fait renaître au point de lui crier presque toujours, quand elle paroît en public par les rues : Viva la Savoyana! insulte que la Parmesane ne digère point. La reine mourut à Madrid, 14 février 1714, à vingt-cinq ans6. Cette mort changea toutes les vues de la princesse des Ursins, sans altérer en rien son pouvoir sans bornes. Elle songea d'abord à un titre qui l'attachât nécessairement au roi, et se fit pour cela gouvernante de ses enfants. Il fut longtemps retiré au palais du duc de Medina-Cœli, sans vouloir voir qui que ce fût que ses enfants, et passoit sa vie avec la princesse, qui disposoit de tout et à laquelle uniquement on continuoit de s'adresser pour tout. Quelques ministres indispensables7 furent admis dans la suite, mais en présence de la princesse, qui, pour avoir un commerce plus libre et plus secret avec le roi, fit faire en quatre jours, avec une diligence nompareille, une galerie couverte et fermée, sur pilotis, pour communiquer leurs deux appartements par les derrières et y passer sans être vus de personne. Cela dura jusqu'à Pâques de la sorte, que les fonctions saintes rappelèrent le roi au Buen-Retiro. Ce tête-à-tête continuel auroit, à la fin, pesé par trop à tous les deux. La princesse, sous prétexte de santé, lui fit reprendre une vie un peu plus ordinaire; mais elle eut soin de l'environner de sept ou huit courtisans parfaitement à elle, qui, sous le nouveau titre de ailegradores, qu'on n'oseroit traduire à la lettre par ^ « divertissants, » mais plutôt par celui de « menins, » ne le perdoient jamais de vue, les uns ou les autres, avec ordre de s'entendre pour cela, et rendoient exactement compte de tout à la princesse. Le bruit fut grand en Espagne qu'elle épouseroit le roi, et, en France, notre cour en prit vivement l'alarme. La disproportion d'âge et la conduite de Mme des Ursins donnoient à ce mariage plus que du ridicule, et il y avoit longtemps que les rois n'épousoient plus des particulières et des

1. Mémoires, tomeX, p. 150. — 2. Ms. : 1632. — 3. Mariage du 27 avril 1733-

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