‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 436 sur 495 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

7. La Carie de la cour, par Guéret (1663), dit (p. 77) que le feu des yeut de la belle Florice a embrasé bien des cœurs, mais que « son éclat et sadouceur inspirent tout ensemble et le respect et l'amour. »

en scène deux autres dames bien connues du nom de Rohan, s'exprime en ces termes ' : « Au retour de sa santé, il n'y eut pas de femme à la cour qui ne travaillât à lui donner de l'amour. Mme de Chevreuse, dont la personne est le tombeau des plaisirs après en avoir été le temple, ne pouvant plus rien pour elle, produisit Mme de Luynes, qui est une des plus belles femmes de France, mais peu ou point d'esprit. Mme la duchesse (sic) de Soubise, dont les yeux vont tous les jours à la petite guerre, n'y réussit pas mieux que la princesse palatine et Mme de Soissons.... » On a eu tort d'identifier cette dame de Luynes avec la fille de Colbert, puisqu'elle ne se maria qu'en 1667; il s'agit évidemment de la propre sœur de M. de Soubise, la belle Anne de Rohan-Montbazon, qui avait épousé M. de Luynes le père en 1661 2, et dont Saint-Simon n'a dit jusqu'ici que quelques mots3, devant en parler plus longuement, et avec respect, à propos de la famille du duc de Chevreuse.

J'oserais à peine mentionner ce pamphlet d'ordre tout à fait inférieur, si l'historien protestant de l'édit de Nantes, Élie Benoît, ne faisait allusion aux mêmes bruits, vers la même époque (1665) ; il est vrai que c'est dans un sens tout contraire, puisqu'il exalte la vertu de Mme de Soubise et de sa mère, la duchesse Marguerite. « Cette duchesse, dit-il, étoit mal en cour parce qu'elle avoit inspiré trop de vertu à sa fille, duchesse (sic) de Soubise. Cette jeune duchesse passoit pour la plus belle personne de la cour, et on dit que le Roi n'avoit pas trouvé qu'elle fût indigne de sa tendresse; mais cette jeune personne, ayant consulté sa mère sur cette affaire délicate, ne répondit point à cette passion naissante et rompit toutes les mesures d'un prince qui n'avoit pas accoutumé de trouver de la résistance4. »

1. Le Palais-Royal ou les Amours de Mme de la Vallière, reproduit dans l'édition Livet de Y Histoire amoureuse des Gaules, tome II, p. Al.

2. Encore jeune fille, Bensserade disait d'elle, dans un ballet de 1660 {Dictionnaire des précieuses, éd. Livet, tome II, p. 299-300) :

....Les Dieux, Qui ne.... dédaignent pas d'être du goût des hommes, Puisque pour vous ils ont quitté les cieux.

Plus tard, quelques bruits coururent sur son compte; une chanson de 1672 <ms. Fr. 12 687, p. 21 et 31) dit:

Puisque dessus votre vertu, Luynes, votre mari se fonde, Raillant du bruit qu'on a tenu, Poursuivez malgré tout le monde:

Quand un mari ne vous dit rien, C'est signe qu'il le veut bien.

Vn couplet de contre-vérités parle d'elle aussi :

D'Olonne est cruelle, Luynes n'est pas belle, Mais elle a de l'entendement; Choisy n'en a pas tant, etc.

8. Ci-dessus, p. 232-233. — A. Histoire de l'édit de liantes, tome IV, p. 7-8.

LA PRINCESSE DE SOUBISE. 54f

En 1667 et 1668, les médisances reprirent de plus belle, sans doute à l'occasion des lettres patentes qui régularisèrent alors le titre de prince de Soubise1. Cette fois, ce n'était plus Mme de Chevreuse, mais le propre frère de notre princesse, c'est-à-dire le duc Louis de Rohan- Chabot, qui aurait voulu qu'elle profitât d'un moment propice entre le refroidissement que Louis XIV, chaque jour plus personnel2, laissait voir à l'endroit de Mlle de la Vallière, et sa passion naissante pour Mme de Montespan. Madame Henriette s'en serait mêlée aussi3.

Tout cela était bien vague; mais, à partir de la fin de 1673, les bruits acquirent de la consistance. C'est alors, dit Michelet, « dans ce grand essor de conquêtes où on voyait le Roi, où toutes rêvaient d'être conquises, » que « la Soubise se présenta, jeune et éblouissante, mais ménagea la Montespan4. » A l'apogée de son crédit, à peu près débarrasséede Mlle de la Vallière, qui n'aspirait plus qu'à une retraite définitive,. Mme de Montespan venait d'accoucher de son quatrième enfant, au milieu de toute la cour attendant à Tournay la prise de Maëstricht; mais un astre nouveau se levait à l'horizon, et, déjà admise dans l'intimité, Mme Scarron allait bientôt échanger son nom bourgeois contre un titre de marquise, son rôle de gouvernante, de « mie » des bâtards, contre celui de confidente du père. C'était aussi le temps des « passades, » et l'on se chuchotait plusieurs noms à l'oreille. Anne Chabot de Rohan était alors âgée de vingt-cinq ans, et, en dix années de mariage, elle avait donné à son mari, tout au moins, quatre filles et deux fils5. Elle n'était encore rien à la cour, tandis que, récemment promu au grade de brigadier et au commandement de la magnifique compagnie des gendarmes de la garde, avec un brevet de retenue de cent mille écus, M. de Soubise se trouvait attaché d'aussi près que possible à la personne du souverain6. Le remplacement des filles de la Reine par un certain nombre de dames du palais, à la fin de l'année 1673, donna l'occasion de faire enfin quelque chose pour sa femme. Par brevet du 1er janvier 16747, Marie-Thérèse, « considérant les bonnes vertus et qualités de Mme la princesse de Soubise, Anne Chabot de Rohan, sa naissance, sa bonne conduite et son affection à son service, » la retint « pour l'une de ses princesses choisies et destinées pour l'accompagner ordinairement....

Page 1