‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 456 sur 495 · Lettres s. d. et du 4 mars, tome IV, p. 224 et · texte numérisé non relu

Lettres s. d. et du 4 mars, tome IV, p. 224 et

7. Lettre du 18 mars, tome I, p. 397. — 8. Lettre du 25 février, tome I, p. 390.

tesse de Verue1. Voilà ce que deviennent les projets des hommes! Mme de Soubise a passé sa vie à songer et à travailler à l'établissement de sa famille : elle pourra bien être ruinée par la passion d'un homme qui a plus de soixante et quinze ans! » A quoi la princesse répond poste pour poste2 : « Ce seroit une étrange folie à M. de Soubise s'il épousoit Mme de Verue et qu'il ruinât Messieurs ses enfants par un tel mariage. Il y a plus d'un an qu'une de mes amies m'a mandé qu'elle l'en croyoit capable.... Mme de Soubise, qui avoit toujours travaillé pour établir sa famille richement, ne l'aura peut-être fait que pour en enrichir une autre. Mme la duchesse de Ventadour3 auroit bien du déplaisir, si cela arrivoit.... » Le bruit était faux sans doute, ou du moins l'affaire n'eut pas de suites4; nous constaterons cependant que Saint- Simon dit, dans une de ses notices sur les Rohan5, que la pauvre princesse, en mourant, laissa beaucoup de regrets à ses enfants et à un petit nombre d'autres personnes, mais que « Monsieur son mari, à peu près content de son immense fortune, ne parut pas extrêmement sensible. » En tout cas, ce détail doit être signalé à l'écrivain qui reprendra l'histoire si accidentée de la célèbre maîtresse de Victor-Amédée.

On voit quels sont les témoignages à charge dont Saint-Simon, tout entier à sa passion de duc et pair contre les Rohan et contre leur « princerie, » s'est servi si habilement et avec tant de succès que tous nos historiens, après lui, se sont empressés de ranger Mme de Soubise au nombre des maîtresses de Louis XIV, quelques-uns même en renchérissant sur ses propres amplifications. A peine né au temps des triomphes vrais ou prétendus d'Anne de Rohan, n'étant venu à la cour que vingt ans après, et n'écrivant ses mémoires que cinquante ans encore plus tard, on serait en droit de le récuser nettement, s'il ne s'appuyait sur deux autorités principales, les lettres de Mme de Sévigné et les récits de la maréchale de Rochefort, — l'une et l'autre bonnes, très bonnes amies de Mme de Soubise. Pour les récits de Mme de Rochefort, que nous ne connaissons que par Saint-Simon, il n'est guère possible d'en rien dire, si ce n'est qu'on doit une médiocre confiance à cette femme qui fut « suivante et servante des maîtresses du Roi l'une après l'autre, et même en même temps, » et qui passa ensuite sa vieillesse à raconter les intrigues et rendez-vous où elle avait joué le rôle d'entremetteuse6; toujours plaignante, dit son confident, et basse de « toute la bassesse nécessaire pour être de tout et en quelque sorte que ce fût7. » « Il faut avouer, a écrit M. Chéruel en parlant de la maréchale et de sa fille, autre sirène venimeuse, il faut avouer que la source n'était pas d'une pureté

1. Sur son installation à Paris, en 1700, voyez nos Mémoires, tome II de 1873, p. 358. C'était la propre nièce de M. de Soubise.

2. Lettre du 14 mars, tome IV, p. 239. — 3. Belle-mère du fils aîné.

4. Il s'en produisit de semblables à la mort de Mme de Grignan, de Mme Voysin, etc.

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