La copie porte, par erreur : vénération
3. La leçon : séparer, qu'on avait adoptée jusqu'ici, ne donne pas de sens. On avait donné aussi : séparer, p. 593, ligne 36, où le sens est autre.
■ Nous nous vîmes tous trois le lendemain pendant plus de quatre heures, et le surlendemain presque autant. Ma surprise fut extrême de voir les tergiversations d'un évêque, et, dans un homme sincère, austère, plein de bonnes œuvres, ce qui n'a point d'autre nom qu'emportement et fureur. Tout leur sembloit permis, juste, honnête, pourvu que les papiers demeurassent à la Trappe ; et je vous laisse à penser si c'étoit en intention de les laisser paroître ou de les supprimer; et pour un cas semblable, toutes les paroles étoient pour eux des riens.
« Prières, tendresse, zèle, colère, rupture, menaces, jusqu'à abuser des confiances les plus anciennes et les plus intimes, tout fut employé à cent reprises, et reçu de ma part d'une manière qui ne pouvoit avoir d'autres sources, tant j'ose dire que je l'admire encore, que ma compassion d'un si aveugle égarement et mon respect tendre pour notre ancienne amitié et pour la sainteté éminente que j'avois toujours connue dans cet homme qui eût été épouvanté d'en voir un autre dire et faire la moindre partie de ce qui se passoit dans ces scènes, qui finirent par une rupture dont les suites ne sont plus de ce sujet.
« Ce qui en est, c'est le peu de droiture qui parut dans un homme d'ailleurs si vrai et si pénitent, sa tyrannie à l'égard d'un ami : en un mot, le tout permis quand il s'agit de l'honneur d'un parti, pour ne pas dire d'une secte (car cet homme étoit incapable d'en être, s'il eût pu la reconnoître telle), et d'empêcher la vérité, quand elle lui est contraire, d'être mise en sûreté et en évidence, vérité pourtant nettement sue de plusieurs, soupçonnée et entrevue de tous par la lettre ancienne de M. l'abbé de la Trappe à M. le maréchal de Bellefonds et par la lettre, nouvelle alors, à M. l'abbé Nicaise, dont le parti s'émut avec tant d'aigreur pour un seul mot bien doux et bien simple, mais vérité dont il importoit si fort aux jansénistes d'étouffer un monument exprès et un témoignage authentique. »
Page 4, note 2. Le texte de la déclaration des jésuites se trouve aussi dans les Mémoires de Sourches, tome VI (en cours d'impression), avec certains détails sur l'affaire, p. 3, 4, 7 et 8.
Page 5, note 3. Ajoutez: « Le P. Léonard, dans son 170' portefeuille (Arch. nat., M 757), p. 157, rapporte l'anecdote qui suit, pour le mois de février 1699 : « Le P. Flanet, jésuite, ancien professeur en théologie « au collège de Reims, ayant mécontenté M. le Tellier, archevêque de « cette ville-là, au sujet d'une thèse soutenue au mois d'août dernier, « ce préiat a obtenu une lettre de cachet du Roi, du 13 de ce mois, « qui exile ce professeur à Pontarlier, au comté de Bourgogne, pour ♦ avoir manqué au respect qu'il doit audit sieur archevêque. »
Page 7, note 2. Il est dit dans les Mémoires de Sourches, tome VI, p. 4, à la date du 14 janvier, que le Roi défendit d'étendre aux simples envoyés l'honneur nouveau d'être reçus par la duchesse du Lude, et trouva même mauvais qu'on eût fait cette innovation.
Ibidem, note 4, ligne 3. Heemskerck, étant pensionnaire de la ville d'Amsterdam, avait eu une mission extraordinaire à Vienne, en 1673 (Gallois, Lettres inédites des Feuquières, tome II, p. 217 ; Gazette, p. 730).
Page 8, note 2, ligne 4. L'éditeur du Supplément au Corps diplomatique a intercalé dans le texte du Cérémonial de Sainctot, sur la réception des ambassadrices, un mémoire de Zinzendorf, qui occupe les pages 46-51 du tome IV.
Page 13, note 3. L'éditeur du Supplément au Corps diplomatique a intercalé dans le texte de Sainctot une relation contemporaine de l'affaire de 1664. On a de plus un petit livre imprimé à Cologne, en 1670, sous le titre de: L origine des cardinaux du saint- siège..., avec deux traités curieux des légats a latere et mie relation exacte de leurs réceptions..., augmentée de la relation du succès de l'insulte des Corses contre le duc de Créquy.
Page 17, fin de la note 5. Un almanach illustré de l'année 1665 (Cabinet des estampes, Histoire de France, in-fol. max.) reproduit l'audience du Légat, mais exactement, en ne montrant couverts que le Roi et le Légat. Il en est de même dans le grand tableau fait par Ziégler pour le musée de Versailles (rez-de-chaussée, n° 1070), quoique cette toile ait été exécutée d'après la tapisserie du Garde-Meuble, où le comte d'Ilarcourt ligure avec la tète couverte d'un grand chapeau à plumes.
Page 19, note 3, ligne 14. Saint-Simon fit faire en outre, subreptice-
ment, une copie des registres tenus par le grand maître des cérémonies Dreux, de 1701 à 1720 (Mémoires, tome XII, p. 319).
Page 26, note 2. Ajoutez : « L'annotateur des Mémoires du marquis de Sourches (tome VI, p. 5, note 1) raconte de même qu'au moment du mariage, on trouva que le futur n'avait point été nommé, ni baptisé. Nous avons dit ailleurs (tome III, p. 466) que le fils de Dangeau ne reçut le baptême et les prénoms de Philippe-Égon qu'à l'âge de dix ans, ayant porté jusque-là le seul titre de comte de Courcillon et de Dangeau. »
Page 28, note 4. Selon Expilly, demoiselle se disait encore de la fille d'un homme anobli. Sur l'emploi de ce terme au seizième siècle, voyez les Mémoires de Vieilleville, p. 105, et les Journaux de Pierre de l'Estoile, tome VI, p. 127.
Page 30, ligne 4. Les deux frères de Montgommery étaient Louis, comte de Ducey, et Jacques, baron d'Écouché, père de l'inspecteur de la cavalerie. L'un et l'autre avaient servi en Danemark.
Page 31, note 6. Dans le tome IV de Y Histoire des princes de Condé, p. 465-466, Mgr le duc d'Aumale a indiqué la part prise par le grand Condé à la rédaction ou la révision de l'exemplaire du récit de la Moussaye qui est conservé dans les archives de Chantilly.
Page 36, note 3, ligne 2. La Gallia christiana ne donne que soixantedix ans dévie à M. de Bourlémont. Les Mémoires de Sourches disent, à la date du 13 novembre 1697 (tome V, p. 357) : « Le soir, le vieux marquis de Bourlémont vint apporter au Roi la nouvelle de la mort de son frère l'archevêque de Bordeaux. Le Roi en fut fâché avec raison ; car, outre qu'il l'avoit bien servi à Rome en qualité d'auditeur de rote et au traité de Pise, ce prélat avoit trouvé un secret merveilleux, qui étoit de se faire aimer et considérer également de la noblesse, des gouverneurs, des intendants, des peuples, du Parlement, du clergé, et même des moines. »
Page 37, note 4. Dans une longue notice que Saint-Simon a consacrée à M. de Bissy comme cardinal (vol. 45 de ses papiers, aujourd'hui France 213, fol. 165 v° à 168), et où se trouvent des détails sur le refus d'accepter Bordeaux, il dit que l'évêché de Toul compte dix-sept cents paroisses et comprend les montagnes des Vosges.
Page 39, fin de la note 8 de la page 38. Le mémoire de 1721 sur les Bouillon est celui dont la partie relative aux Rohan forme notre appendice IX, ci-dessus, p. 520-535.
Page 52, note 2. Le Czar avait déjà vu Guillaume III à Utrecht et à la Haye.
Ibidem, note 3. Pendant la première partie de son voyage, le Czar avait manifesté une profonde aversion pour la France, prohibant la langue française en sa présence, et même condamnant à mort deux princes de sa suite pour avoir parlé à des sujets du Roi ; c'est du moins ce que racontent les Mémoires de Sourches, tome V, p. 345. Voltaire (Histoire de Pierre le Grand, chap. ix) dit qu'il ne voulut pas venir en
France à cause des relations d'amitié qu'il entretenait avec les ennemis de Louis XIV, Guillaume III et Auguste de Pologne.
Page 52, fin de la note 7. Voltaire a décrit la fête « de l'Hôte et de l'Hôtesse » donnée au Czar.
Page 61 note 3. Ajoutez : « On se plaignit à la cour qu'il marchandât les louanges (Mémoires de Sourches, tome VI, p. 32 et note 6). »
Page 62, note 1 . Ajoutez : « En septembre 1697, pendant les conférences de Portland avec Roufflers, il avait été question que la cour de Jacques II -se transportât de Saint-Germain à Rlois ; mais ce bruit avait été démenti (Sourches, tome V, p. 343-344). »
Page 64, note 5. M. de Villeroy alla voir aussi son ami Vaudémont au passage (Sourches, tome VI, p. 22).
Page 70, note 1. Ajoutez : « Les Mémoires de Sourches disent, à la -date du 27 février (tome VI, p. 16) : « Milord Portland vint à Versailles « pour courre le cerf avec l'équipage du Roi ; mais, ayant été averti que « le roi d'Angleterre y devoit venir, . il se retira sans chasser. »
Page 75, note 3. Ajoutez : « En 1707, faisant le mariage de son neveu avec Mlle de Nevers, il n'oublia qu'une chose : le notaire (Lettres de Mme de Maintenon à Mme des Ursins, tome I, p. 152). »
Ibidem, note 7. Lisez : de Lestrade, au lieu de d'Estrades.
Page 84, note 4. Étant avocat général, M. Talon avait collaboré à k rédaction des Ordonnances et pris une part très active à la démonstration de janvier 1688 contre le Pape.
Page 88, note 2. Sur la vogue des points d'Italie, voyez la Critique de V École des femmes, tome III des Œuvres de Molière, p. 354, note 2.
Page 89, note 5. D'après une note inscrite par Gaignières sur la table de son Chansonnier, Mlle d'Outrelaize s'appelait Madeleine Rlondel et était fille et sœur de deux lieutenants particuliers de Caen. Il semble que ces Rlondel de Tilly avaient hérité d'un avocat nommé Gaspard le Marchand, qui bâtit le château d'Outrelaize et mourut en 1621.
Page 91, ligne 1. Ajoutez cette note : « C'est surtout Mme de Sévigné qui se sert de l'expression : « nos Divines, » et Saint-Simon se souvient probablement de l'avoir trouvée dans les Lettres. »
Page 92, note 2. Orondate ne se trouve pas dans Artamène ou le Grand Cyrus, quoi que Saint-Simon en dise ici et dans l'Addition 247 (p. 420), et encore que beaucoup de personnages de ce roman portent des noms analogues et qu'un passage du Dialogue des héros de romans, de Roileau1, semble confirmer le dire de Saint-Simon. Après en avoir parcouru par deux fois tous les volumes, j'allais entreprendre le dépouillement des autres romans qui figurent dans le catalogue de la bibliothèque de notre
1. Dans ce dialogue, qui porte principalement sur les deux plus célèbres romans de Mlle de Scudéry, Cyrus et Clélie, mais tient compte aussi de ceux de la Calprenède, Pluton demande à Diogène de lui nommer quelquesuns de ces héros chimériques de romans « qui ont toujours le haut bout dans les livres, et qui battent infailliblement les autres. » Diogène répond : « Orondate, Spitridate, Alcamène, Mélinte, Britomare, Mérindor, Artaxandre, etc. »
auteur1, lorsque M. Paul Mesnard m'a signalé très à propos un passage des Causeries du lundi (édit. 1858, tome XIII, 10 novembre 1836, p. 37) où Sainte-Beuve dit, en parlant du père du maréchal : « Sa belle mine et ses airs de héros de roman (lui) avaient valu dans la société le surnom à'Orondate. Cet Orondate ou Oroondate est le principal héros du roman de Cassandre de la Calprenède. » Suit un court portrait du prince scythe ainsi nommé. — En effet, Oroondate apparaît dès le début de Cassandre, qui fut publié en 1654, et il y occupe la place principale. Saint-Simon, qui possédait ce roman comme celui de Mlle de Scudéry, a fait une confusion de titres, et, maintenant que son erreur a passé partout sans contradiction, ni protestation, ni vérification, même de la part du savant éditeur de Tallemant des Réaux (Sainte-Beuve non plus ne paraît pas avoir pensé à cette mention de Villars-Orondate dans les Mémoires, ni avoir voulu en faire la rectification), il sera bien difficile d'obtenir qu'elle disparaisse des biographies et des dictionnaires qui répètent Saint-Simon de confiance.
Page 93, note 3. Selon les Mémoires de Sourches (tome VI, p. 21), M. de Castries paya vingt-cinq mille livres à la marquise de Villars pour avoir la place de son mari.
Page 98, note de note. Ajoutez : « Un maître d'hôtel du roi Louis XIII, nommé Guillaume de Loménie, seigneur de Faye, et résidant en la généralité de Limoges, fut anobli en décembre 1638, et reçut pour armes l'arbre de sinople que portaient aussi les Loménie de Brienne (ms. Fr. 4834, p. 632). »
Page 107, note 4. Ajoutez : « Imhof, dont Saint-Simon avait le livre : Genealogiœ XX illustrium in Italia famiiiarum, s'exprime ainsi, à l'article du duc de Bracciano (3e partie, p. 334) : « Ea mortua (prima « uxore), cum dimidia dotis sibi allatae parsgnatae illius, e priore conju- « gio susceptae, principi nempe de Rossano, restituenda esset, de bonis « periclitatus est suis. Aliam deinde cum accepisset uxorem, eamque « pronationis suse genio sumtuosam, malis domesticis impeditus est ma- « joribus, et denique coactus avitam distrahere ditionem : vendidit itaque « Vicovarum, anno 1692, comiti Bolognettio; Anguillariam, anno 1693r « Grillio, patritio Genuensi; Albanum, anno 1696, Camerae pontificiœ; « atque, ad extremum, Braccianum Livio Odescalco, pretio maximo.... ►
Page 110, note 2. Ajoutez : « Les Mémoires de Sourches rapportent, à la date du 5 décembre 1697 (tome V, p. 366) : « On disoit ce jour-là « que le Roi avoit écrit au Pape que, puisque Strasbourg demeuroit en « sa possession par la paix, il prioit S. S. de ne plus nommer que ses « sujets aux dignités de l'église cath'édrale de cette ville, et que le car- « dinal de Bouillon, profitant de la conjoncture, en avoit obtenu la pré- « voté, qui étoit vacante, pour son neveu l'abbé d'Auvergne. — En note: * Cela n'alloit pas moins qu'à être un jour évêque de Strasbourg. »
1. Il avait YAstrée de Honoré d'Urfé, Cyrus, Clélie, Almahide et Ibrahim de Mlle de Scudéry, CJéopâtj-e, Pharamond et Cassandre de G. de la Calprenède.
Page 120, note 4. Le mémoire de la Reynie a été d'abord publié par P. Clément, dans la Police sous Louis XIV, Appendice, p. 415-417.
Page 123, note 2. La terre de Marcillac, avec titre de principauté, sise à trois kilomètres E. de la Rochefoucauld, était passée dès le quinzième siècle dans la maison de ce nom, après avoir appartenu aux Sainte-Maure et aux Craon.
Page 125, note 4. Ajoutez : « Les Mémoires de Sourches (tome VI, p. 18 et 22) donnent des détails sur les conditions du mariage, que le Roi régla lui-même à la demande du maréchal et de Mme de Maintenon, sur la noce et sur les visites du lendemain. On blâma la tenue ou l'incognito de la duchesse de Bourgogne. »
Page 130, fin de note. Ajoutez : « Dangeau rapporte ce fait, à la date du 11 janvier 1687 : « Le Roi donna à M. de la Rochefoucauld « l'abbaye de la Chaise-Dieu, pour en partager le revenu entre son « oncle l'abbé, son frère l'abbé et le chevalier, comme il le jugera à « propos. M. de la Rochefoucauld l'a donnée à l'abbé de Marcillac. Les « deux autres auront des pensions dessus, et le Roi a dit au P. de la « Chaise que le chevalier de la Rochefoucauld seroit le dernier cheva- « lier qui auroit des pensions sur des bénéfices. » (Journal, tome II, p. 5-6.) Sept mois plus tard, le chevalier se démit de l'abbaye de Molesme au profit de son frère l'abbé de Verteuil, en se réservant toutefois une pension de quatre mille livres sur le revenu, qui était réduit de vingt-deux mille livres à quatorze ou quinze mille (ibidem, p. 443). — On a quelque peine à se reconnaître au milieu de ces abbés et chevaliers de même famille qui changeaient plusieurs fois de surnom les uns avec les autres. »
Page 132, note 4. Ajoutez : « Le Roi avait pris le deuil pour le dernier Guise, mort à quatre ans et six mois. Voyez les Lettres inédites des Feuquières, tome III, p. 220, et la Gazette de 1675, p. 195-196. >»
Ibidem, note 5. Les Mémoires de Sourches (tome VI, p. 25, 29 et 31) donnent plus de détails que Dangeau sur la mort du petit prince et sur les visites faites par le Roi.
Page 134, note 5. Selon les Mémoires de Sourches (tome VI, p. 37), c'étaient quinze mille livres de rente que la paix avait forcé de rendre au duc de Lorraine. Ces Mémoires disent (p. 17) que Fervacques avait été pris subitement d'une « mélancolie » incurable, et (p. 38) que le don à Bullion fut fait très obligeamment pour la maréchale.
Page 141, note 1. Ajoutez : « Le duc de Lorraine écrivit une lettre de remerciements au Roi, datée du 17 mai, qui se trouve aux Affaires étrangères, vol. Lorraine 48, pièce n° 24. »
Page 154, note 4. Ajoutez : « Dans la correspondance de Fénelon, M. de Langeron est le P(elit) abbé, et M. de Beauraont est le Grand abbé ou Panta. »
Ibidem, note 5. Ajoutez : « L'Échelle était raide de caractère, mystique, imprudent. Voyez une lettre de Fénelon, du 9 janvier 1707, dans le tome I de sa Correspondance, p. 191-192. »
Page 175, note 3. Ajoutez : « Nous avons dans l'Addition 254, p. 425, <îette expression : « l'aliéner du duc ».
Page 180, note 2. Un dossier retrouvé trop tard au Cabinet des titres (ancien fonds d'Hozier, Carretto) et les documents auxquels il m'a permis de remonter prouvent que j'avais eu tort, dans le tome II, d'identifier l'empirique Caretti avec Octave del Caretto, plutôt qu'avec Nicolas Scevoli ou Cevoli del Carretto, chimiste et patricien romain établi et naturalisé à Paris en janvier 1685. C'est bien celui-ci qui est notre homme. Il s'intitulait : « Marquis Nicolas Cevoli, des marquis del Carretto, des comtes de Santa-Julia, Brovia, Niosa et Lodizio, fiefs impériaux dans les Langues de Piémont et de Montferrat, comte Cevoli en Toscane, patricien romain, citoyen noble de Savone, docteur en l'un et l'autre droit, en philosophie et en médecine. » Ces qualifications nobiliaires n'étaient pas moins fausses que les brevets scientifiques qui s'y trouvent accolés. Se rattachant peut-être, mais par bâtardise, à une famille noble du nom de Cevoli, qu'il gratifiait complaisamment d'un palais magnifique dans Rome, avec des terres et des seigneuries aux environs, un comté en Toscane, des biens à Pise, et un revenu fabuleux de deux cent mille écus romains, il avait eu pour père certain aventurier du nom de François Cevoli, fils naturel d'un carme nommé Raynier Cevoli, et cette origine n'était que trop bien prouvée. François était parvenu en 1627, on ne sait par quelles voies, à épouser l'héritière de Frédéric, marquis del Carretto, et c'est en raison de cette alliance que notre Nicolas Cevoli, né en 1649 et dix-neuvième enfant de l'héritière, prétendait avoir des droits sur l'ancien apanage des Carretto. Mais, avant de le revendiquer, il voulut, vers 1670, se faire reconnaître comme héritier légitime des Cevoli et intenta un procès à Rome contre les dernières représentantes du nom, mariées aux marquis de Vaïni1 et Nari et à P. Mellini. Repoussé de ce côté, c'est alors qu'il se voua au soulagement des humains, et nous le trouvons, en 1680 et 1681, en pleine polémique avec le collège des médecins de Bruxelles, multipliant les factums, les réclames les plus étranges, tenant bon contre les sentences des facultés de Paris, de Louvain, de Montpellier, du collège des médecins de Reims, etc.2, augmentant chaque jour la liste de ses prétendues cures en Flandre et à Paris; publiant dans cette ville, en 1681, sous le titre de : Un avis aux cavaliers françois, et en forme de placard, l'histoire de ses aventures et de sa thérapeutique, arrangée à sa façon3; imprimant encore des bro-
1. C'est le prince Vaïni dont il a été parlé ci-dessus, p. 39-43. La généalogie du Moréri dit qu'il épousa en 1672 Anne Ceuli, fille de Tibère Ceuli, d'une ancienne famille romaine. C'est évidemment une faute de lecture ou d'impression.
2. Factums et sentences forment un recueil factice, avec le titre de Bellum Carretanum, que possède la Bibliothèque nationale (Te 10, n° 69), et dont je dois l'indication à M. Pauly.
3. L'exemplaire de cette pièce est accompagné d'une réponse manuscrite -en vers, avec ce titre : Apologie ou le Marquis vengé.
«hures en Flandre, dans le cours des années 1682 et 1683, sous les auspices du prince de Rache, mais attirant enfin sur sa tête le ressentiment de son homonyme du nom de Carretto, le tout-puissant marquis de Grana, qui le contraignit de quitter le territoire flamand. Cette expulsion fit assez de bruit pour que le P. Quesnel et Basnage se mêlassent à la polémique qui s'ensuivit1. Naturalisé français (janvier 1685) et établi à Paris, dans la rue de Sèvres, le marquis vit la clientèle affluer chez lui, et il finit, en 1696-97, par prendre des associés pour débiter ses remèdes dans la même maison, se réservant pour son propre compte les conférences et les consultations. L'annonce de cette association2 dépasse tout ce que le théâtre bouffe a pu inventer comme charlatanisme de tréteaux, comme parade d'empirique. Citons-en seulement quelqiias lignes :
« Le premier remède qu'ils débiteront est un remède auquel ledit sieur marquis del Carretto n'a jamais voulu donner d'autre nom que de son Grand remède, ou de YEau de son puits : c'est une petite fumée tirée du seul agent physique, extrait d'un véritable et unique Mercure ressuscité du ténébreux royaume de Saturne, exalté jusqu'à la première roue philosophique, et non point jusqu'à la troisième, comme beaucoup l'ont voulu croire sans considérer que, s'il étoit arrivé jusque-là, qui est l'extrême période de l'Art, il feroit des effets et plus prompts et plus efficaces qu'il ne fait à présent. Ce remède pris dans des liqueurs convenables, non seulement il guérit toutes sortes de maladies, mais aussi il préserve de toutes sortes de maux, conserve la jeunesse et la vigueur, et retarde la vieillesse et la mort jusques au terme prescrit par le Maître de U vie et de la mort. — Le prix de ce remède sans prix sera de cent livres le gros. — Et les trois gros formeront une des bouteilles desquelles le sieur marquis del Carretto a donné une si grande quantité •qu'il s'est quasi réduit à la mendicité ; et nous pouvons assurer avec vérité que l'invention de ce remède a coûté audit sieur marquis plus de cent pistoles le gros.... »
A la fin vient une liste de dix-huit malades d'extraction illustre que Carretto prétendait avoir soustraits à une mort certaine, et qui sont, avec la Feuillade et Caderousse cités par Saint-Simon : la marquise de Nevet, le comte du Bourg, le marquis de Saint-Hérem fils, Mlle de Mennetou, les maréchaux de Bellefonds, d'Humières et de Choiseul, la duchesse de Bouillon, le cardinal de Furstenberg, la duchesse de Villars, le comte de Cominges, le marquis de Créquy, l'abbé de Mesmes, le marquis du Châtelet et M. de Versoris; sans compter quatre cent soixantetrois autres cures de classe inférieure.
Nous possédons enfin le sommaire en français et quelques pages en latin d'un volumineux factum-manifeste qui doit se rattacher au procès de Florence, pièce incomparable, autant qu'on en peut juger par ces frag-
1. Histoire des ouvrages des savants, décembre 1688 et mars 1689.