Leur, au singulier, par mégarde
2. Ce verbe est employé dès le quatorzième siècle par Oresme. Littré en cite des exemples de Pascal, de Bossuet et de Mme de Sévigné; voyez aussi les Œuvres de la Bruyère, tome II, p. 197. L'Académie ne l'admet plus qu'au neutre.
3. En 1700, Dangeau (Journal, tome VII, p. 351) dit que le prélat sert les jésuites, quoique leur ennemi, et qu'ils paraissent contents de lui.
4. S'escarmoucher se trouve dans Littré, avec un assez grand nombre d'exemples, dont le plus ancien est de Montaigne.
5. L'anecdote qu'on va lire est prise dans le Journal de Dangeau, tome VI, p. 271-272, 5 janvier 1698, où Saint-Simon avait déjà placé une Addition sur l'affaire de 1664 (ci-après, p. 11). Il a eu à parler de Nicolas Sainctot en 1692, p. 93 de notre tome I.
6. Nous avons dit que Sainctot avait acheté en 1691 une des deux charges semestres d'introducteur des ambassadeurs. Elle fut portée pour lui de soixante mille livres à deux cent quarante-six mille, par deux brevets de retenue ou d'assurance. Les appointements étaient de neuf mille livres. Il se démit le 9 décembre 1709, ayant plus de cinquante-cinq ans de service, au profit de son fils, et reçut alors des lettres de vé-
^térance. (Arch. nat., 0*35, fol. 237 v°; 43, fol. 420 ; 47, fol. 208; 53, toi. 166 v°, 170 et 171.) — Sur la charge d'introducteur, voyez Wicquefort, l'Ambassadeur et ses fonctions, Impartie, p. 418, et Guyot, Traité des droits attachés aux.... dignités, tome I, p. 608-610, ainsi que les mémoires laissés par M. de Brcteuil, collègue de Sainctot (Bibliothèque de l'Arsenal, mss. 3859 et 3860), par MM. de Brûlon et de Berlize, ses prédécesseurs (Bibl. nat., ms. Fr. 18520), et par M. de Verneuil, pour les années 1747-1755 (Bibl. nat., mss. Nouv. acq. fr. 1111-1115).
lourdes sottises
fie Sainctot, introducteur
des ambassadeurs.
rassante. Ferreiro', chevalier de l'Annonciade2 et ambassadeur de Savoie, allant à une audience de cérémonie chez Mme la duchesse de Bourgogne, Sainctot dit à la duchesse du Lude qu'elle devoit aller le recevoir dans l'antichambre, avec toutes les dames du palais3. Cellesci, jalouses de n'être point sous la charge de la dame d'honneur*, ne l'y voulurent point accompagner. La duchesse du Lude allégua qu'elle ne se souvenoit point d'avoir vu les autres dames d'honneur de la Reine, ni de Madame la Dauphine, aller recevoir les ambassa-
1. Thomas-Félix de Ferreiro, marquis de la Marmora et de Canosio, comte de Boriana et de Beatin (voyez le grand recueil généalogique italien de Litta, 6e partie, et celui d'Imhof, p. 51), était déjà venu deux fois en France, comme ambassadeur du duc de Savoie, de mars 1674 à octobre 1677, et de mars 1681 à février 1687. Nommé à ce poste une troisième fois, après la paix, le 14 novembre 1696 (voyez une lettre de Tessé dans l'Appendice de notre tome III, p. 444), il fit son entrée à Paris le 7 juillet 1697, eut sa première audience le 9, et prit congé le 30 septembre 1698. Il était grand hospitalier de l'ordre des saints Maurice et Lazare (août 1675), chevalier de l'Annonciade, gouverneur du val d'Aoste et de la province d'Ivrée (1677), conseiller d'État (octobre 1681), et devint grand maître de la duchesse douairière en avril 1699. Son entrée du 7 juillet 1697 est racontée dans le Mercure de ce mois, p. 203-213, et son audience secrète dans les mémoires du baron de Breteuil (ms. Arsenal 3860, p. 156). Né le 20 mars 1626, il mourut le 19 mars 1706.
2. Sur cet ordre, voyez notre tome III, p. 136, note 6. Il ne comprenait que douze places. Un armoriai des chevaliers modernes a été publié en 1878, à Grenoble, par le comte de Foras.
3. Voyez, sur la première nomination de six dames du palais de la duchesse de Bourgogne, le 2 septembre 1696, notre tome III, p. 159. La reine Marie-Thérèse en avait eu douze à partir de 1674 (Pellisson, Lettres historiques, tome II, p. 103 ; Lettres de Mme de Sévigné, tome III, p. 343, 348 et 358), servant par semaine, quatre à la fois, puis, en 1681, servant toutes ensemble (Mémoires de Sourchcs, tome I, p. 61). Elles n'avaient qu'à tenir compagnie à leur maîtresse et à la suivre partout.
4. « Les dames du palais n'ont rien à démêler avec les dames d'atour, et même la feue reine avoit des dames du palais qui n'auroient pas voulu être dames d'honneur ni d'atour, qui étoient : Mlle d'Elbeuf, la princesse d'Harcourt et Mme d'Armagnac. » (Lettres de la duchesse de Lorraine à Mme d'Aulède, p. 68-69.)
deurs; Sainctot lui maintint que cela se devoit, et l'entraîna à le faire. Le Roi le trouva mauvais, et lava la tête1 le jour même à Sainctot; mais l'embarras fut qu'aucun autre ambassadeur ne voulut prendre cette même audience sans recevoir le même honneur. On eut toutes les peines du monde à leur faire entendre raison sur une nouveauté faite par une ignorance qui ne pouvoit tourner en usage et en règle, et ce ne fut qu'après une longue négociation et des courriers dépêchés à leurs maîtres et revenus plus d'une fois qu'ils se contentèrent chacun d'un écrit signé de Torcy, portant attestation que cela ne s'étoit jamais pratiqué pour aucun ambassadeur, que ce qui s'étoit passé à l'égard de Ferreiro étoit une ignorance, et que cette faute ne se commettroit plus2. Avec cet écrit, ils prirent leur audience, la duchesse du Lude ne bougeant de sa place auprès et en arrière de Mme la duchesse de Bourgogne.
A quelque temps de là, le même Sainctot en fit bien [Add. Sf-S. 233] un autre3. Heemskerck *, ambassadeur d'Hollande, avoit
1. « Laver la tête à quelqu'un.... est dit par métaphore du laver de la tète par main de barbier ou autre; car celui qui lave la tête à un autre, il la lui frotte, tourne et retourne, et rebourse les cheveux comme s'il le pelaudoit, s'il en jouoit à la pelote. Par ainsi, laver la tête à quelqu'un est aussi le traiter à la rigueur. » (Nicot, 1606.)
2. Ceci est pris, mais non textuellement, du Journal de Dangeau, tome VI, p. 284. — Voyez le compte rendu de l'affaire dans les mémoires de Breteuil, dont le récit a été publié par le Magasin de librairie, tome II, p. 293-295, et le rapport du vénitien Erizzo, qui, comme les autres ambassadeurs, eut des conférences avec Pomponne et reçut la lettre de désaveu signée par Torcy (copie des Dépêches vénitiennes, filza 190, p. 570-572, 579-581 et 583, au Cabinet des manuscrits).
3. Le manuscrit porte : un autre, quoique, plus haut, il y ait : « faire une sottise ». — Cela se passa le dimanche 12 octobre : Journal de Dangeau, tome VI, p. 437, avec Addition de Saint-Simon, p. 440. Le récit du baron de Breteuil a été publié dan* les Archives curieuses de l'histoire de France, 2e série, tome XII, p. 155-156.
4. Conrad de Heemskerck (telle est sa signature, tandis que Saint- Simon écrit : lleemskerke), né en 1647 et fils d'une Beuningen, avait d'abord servi comme volontaire sous les ordres de Ruyter, puis était
amené sa femme et sa fille. Sa femme1 eut son audience publique de Mme la duchesse de Bourgogne, assise au milieu du cercle, à la droite de la duchesse du Lude, chacune sur leur tabouret, comme c'est l'usage2. En arrivant, reçue en dedans de la porte par la dame d'honneur3, elle la mena par la main à Mme la duchesse de Bourgogne, à qui elle baisa le bas de la robe, et dont tout4
allé occuper le poste d'ambassadeur à Madrid de 1680 à 1691, avait eu entre temps une mission auprès des cours du Nord, et, de 1692 à 1697, avait représenté les États-Généraux à Constantinople, où ses aventures et l'insuccès de sa mission, ainsi que de celle de lord Paget, avaient fait grand bruit (voyez la Gazette de 1695, p. 25, et un dialogue dans le recueil périodique : les Travaux d'Hercule, 3e partie, mars 1693), et à Vienne, où l'Empereur l'avait créé comte de l'Empire, le 12 décembre 1697. A la même époque, il avait été désigné pour venir à Paris avec M. d'Odijck ; mais ce dernier le laissa seul en octobre 1698, peu après leur entrée officielle (24 août), au sujet de laquelle fut rédigé un mémoire de cérémonial qui se trouve dans le dossier Hollande du P. Léonard (Arch. nat., K1307, n° 6). Il quitta la cour de France au début de la guerre de 1701, et mourut le 23 juillet 1702.
1. La Biographie hollandaise de Van der Aa (tome VIII, p. 360) ne donne que le nom de cette femme : Cornélie Pauw.
2. Sur la réception des ambassadrices, voyez les mémoires de Sainctot lui-même (Bibl. nat., ms. Fr. 14117, fol. 669-686; même texte que le Cérémonial de la cour de France imprimé en 1739, dans le Supplément au Corps diplomatique de Du Mont, tome IV, p. 49-50 et 57- 59), et divers passages du Journal de Dangeau, tome VII, p. 15-16 et 83, et des Mémoires de Luynes, tomes I, p. 53 et suivantes et 185, II, p. 374-375, III, p. 114, VII, p. 410, VIII, p. 198-200. L'usage de les faire asseoir était venu d'Italie (Gazette de 1662, p. 962); dans les autres pays, elles n'avaient que le traitement dû au titre de leur mari. Los femmeâ de simples envoyés ne prenaient pas le tabouret (Correspondance de Madame, recueil Brunet, tome II, p. 28-29). Nous ferons remarquer que, peu de temps après l'affaire qui va être racontée, deux autres réceptions, celles des ambassadrices de Venise et de Savoie, eurent lieu ; si notre auteur n'en parle pas, c'est qu'il n'en est dit mot dans le Journal de Dangeau. Elles sont relatées dans la Gazette d'Amsterdam (n° lix), dans notre Gazette, p. 348, et dans la copie des Dêpèclies vénitiennes, filza 191, p. 254.
3. Sainctot avait d'abord prétendu que c'était à lui de la présenter.