M. d'Estrades, dit Dangeau
7. Comme nous l'avons déjà dit, après avoir habité la rue du Vieux-
de Soissons de Sainte-Marie1, dans un carrosse de l'ambassadeur de
errant. Savoie2. En même temps, l'électeur de Bavière en fit
autant à Bruxelles, où il fit conduire dans un couvent
Mlle de Soissons de chez sa mère8. Leur conduite étoit
depuis longtemps tellement indécente, et leur4 débauche
Colombier, où, le 5 juillet 1694, elles s'étaient passé une donation mutuelle de leurs biens, sauf faculté de disposer de cent mille livres chacune (Arch. nat., Insinuations, Y 263, fol. 334 v°), les deux sœurs s'étaient installées à l'hôtel de Soissons, qui, depuis la mort de la princesse de Carignan, en 1692, et l'entrée en possession du comte de Soissons, héritier substitué, était une espèce d'asile où logeaient, sous le couvert de la Savoie, plus de trente ménages, des boutonniers, des perruquiers, des logeurs en garni, des teneurs de jeux, et même des criminels, qui y prenaient refuge (Arch. nat., 01 43, fol. 94 et 192). Mlle de Carignan y avait passé, en 1697, un acte par lequel elle faisait une pension de douze cents livres à Claude du Terrai', sieur d'Ornaison (Arch. nat., Y 270, fol. 16). En effet, sa situation de fortune s'était améliorée, et, ayant pris un équipage, tandis que jusque-là elle se servait du carrosse de l'ambassadeur de Savoie (Gazette d'Amsterdam, 1697, n° lxxv), elle avait pu aller faire sa cour à la duchesse de Bourgogne : ce qui, en 1696, lui était interdit par le Roi (tome III, p. 278).
1. Les filles de la Visitation de Sainte-Marie avaient trois maisons : la plus ancienne au faubourg Saint-Jacques, une seconde transférée en 1673 dans la rue du Bac, où son emplacement était naguère encore marqué par la dénomination de deux voies publiques, et une dernière à la rue Saint-Antoine; c'est dans celle-ci (où les Coulanges avaient leurs habitudes familières, et dont l'église est devenue un temple protestant en 1802) que, selon les dépêches vénitiennes (filza 191, p. 35-36), Mlle de Carignan fut transportée.
2. L'ordre du 25 février pour la recevoir dans le couvent (Arch. nat., 01 42, fol. 36 v° et 37) a été imprimé dans le recueil de Depping, tome II, p. 750. L'ambassadeur est ce Ferreiro dont il a été parlé p. 6.
3. Depuis que Mlle de Soissons, expulsée de France, avait pris asile à Bruxelles, chez sa mère (Olympe Mancini), celle-ci et elle-même, puis le comte de Soissons, avaient fait une cession authentique de tous leurs biens et droits paternels ou maternels au prince de Carignan (Arch. nat., Y 269, fol. 441 et 446; Journal de Dangeau, tome VI, p. 205), lequel dut, par suite, se faire naturaliser en France, pour jouir des biens qui y étaient situés (Journal de Dangeau, tome VI, p. 460). Selon Dangeau, c'est à la prière de la comtesse de Soissons que l'Électeur fit mettre au couvent sa tille aînée.