‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 54 sur 495 · Journal de Dangeau, tome I, p. 319 et · texte numérisé non relu

Journal de Dangeau, tome I, p. 319 et

6. François de Sales, né à Sales, près Annecy, le 21 août 1567, entra dans la maison des jésuites de Paris en 1580, puis se fit recevoir docteur à Padoue et avocat au sénat de Chambéry, devint prêtre et prévôt du chapitre de Genève en 1593, commença alors à se faire remarquer par ses missions, polémiques, conférences et conversions, fut fait évêque de Genève en 1602, et mourut à Lyon, le 28 novembre 1622. On sait quel fut le succès de ses livres Y Introduction à la vie dévote et Y Amour de Dieu. Il fut canonisé par Alexandre VII, en 1665. Des portraits de lui ont été gravés par Morin, Habert, Audran, Scotin, Larmessin, etc. ; mais ils ne ressemblent pas, comme le dit Saint-Simon, au portrait de M. de Saillant gravé par G. Vallet.

7. Saint-Simon et Luynes écrivent : Caudelet, comme on prononçait ce nom ; mais la vraie orthographe est : Coètelez (paroisse du Diénec, près Lesneven), selon les renseignements qu'a bien voulu me fournir M. P. Po-

tagnc*, frère d'un capitaine aux gardes2 fort estropié et qui avoit bien servi. Ils étoient parents de la maréchale de Créquy3 et souvent chez elle. L'envie de lui voir un si bel évêché et la rage de n'en avoir point fit aller au P. de la Chaise les plus noires calomnies contre l'abbé de Coëtelez, qui avoit toujours passé pour un fort honnête homme et de très bonnes mœurs, et qui l'étoit en effet, et, entre autres impostures, qu'il avoit passé au jeu tout le vendredi saint, veille du jour de sa nomination à Poitiers. La vérité étoit qu'ayant assisté à tous les offices de la journée, il alla, sur le soir, voir la maréchale de Créquy, qui étoit seule et fatiguée des4 dévotions : elle aimoit à jouer; elle proposa à l'abbé de l'amuser une heure au piquet; il le fit par complaisance, fit collation avec elle, et puis se retira. Cela fut bien vérifié ensuite. Le P. de la Chaise, épouvanté de ce qu'il recevoit sur son compte, le dit au Roi, qui lui ôta sur-le-champ Poitiers5. L'éclat fut grand6; le pauvre abbé, accablé de l'affront,

tier de Courcy. — Mathurin le Ny de Coëtelez, né le 5 février 1663, était archidiacre de Vannes sous l'évêque de Rosmadec, son parent.

1. Le Mercure de juillet 1706 renferme un article sur cette maison, p. 87, et elle a un dossier important au Cabinet des titres, n° 1-924.

2. Journal de Dangeau, tome VI, p. 3V20 : « L'abbé de Coadelet [sic), frère d'un officier aux gardes, qu'on dit qui est fort homme de bien, et que nous n'avons jamais vu ici. » Ce frère, Charles le Ny de Coëtelez, né le 14 avril 1660, fait sous-lieutenant aux gardes après un an de service aux mousquetaires, en septembre 1681, tigura au carrousel de 1685 (Sourchcs, tome I, p. 237), eut le gouvernement de Redon en 1704, fut promu capitaine en 1706, et se retira en 1714.

3. Catherine de Rougé du Plessis-Bellière, fille de l'amie dévouée de Foucquet, mariée à François, marquis et maréchal de Créquy, veuve en 1687, et morte le 5 avril 1713, à soixante-douze ans.

4. Des corrige de. Deux lignes plus haut, le manuscrit porte : assité.

5. Journal de Dangeau, p. 330. — Le 8 avril, le Roi écrivait à M. de Noailles, archevêque de Paris, qu'il avait cru bien faire en nommant à Poitiers l'abbé de Coëtelez, mais qu'il verrait avec plaisir les soins que le prélat se donnerait pour être informé de la conduite de cet abbé (Bibl. nat., ms. Fr. 6919, fol. 178).

6. Les journaux du temps prouvent en effet que ce singulier revire-

se cacha longtemps, puis fut trouvé dans la Chartreuse de

ment de fortune fit beaucoup de bruit : voyez, entre autres, le Supplément de la clef du Journal historique (de Verdun), tome I, p. 90, et surtout le livre des Annales de la cour et de Paris pour 1698, dont le long récit (tome II, p. 345-355) est à rapprocher de celui de Saint- Simon. Un autre récit encore se trouve dans les notes du P. Léonard pour le mois d'avril 1698 (Arch. nat., M 757, p. 77-78), et il est intéressant à reproduire parce que la maréchale de Créquy et le P. de la Chaise, nommés ici par Saint-Simon, y interviennent pour une part considérable, que l'abbé de la Chastre y est aussi désigné comme le dénonciateur calomnieux de M. de Coëtelez, et qu'on en retrouve les principaux traits dans une lettre de Bossuet du 30 avril 1698 : « Le Roi, qui avoit nommé à l'évêché de Poitiers, le 29 du passé, l'abbé de Coadlet (sic), a révoqué sa nomination et a mis à sa place l'abbé Girard. Voici l'histoire. L'abbé Coadlet est breton et parent de Mmes la maréchale de Créquy et de Harlay, femme du fils de M. le premier président du parlement de Paris. Ces dames prièrent, quelques jours avant la fête de Pâques dernière, le P. Gaillard, jésuite, qui étoit chez ladite maréchale, de parler de leur part au P. de la Chaise, jésuite et confesseur du Roi, en faveur de l'abbé Coadlet, leur parent, afin de le faire nommer par le Roi à la charge d'aumônier de S. M. vacante par la promotion de l'abbé de Mailly à l'archevêché d'Arles, et l'assurer que ce seroit obliger M. de Harlay, premier président. Le P. de la Chaise embrassa cette occasion avec plaisir, et, comme ce magistrat venoit de rendre un bon office aux Pères de la Société dans l'affaire qu'ils avoient avec M. le Tellier, archevêque de Reims, ce confesseur crut qu'il Pobligeroit davantage, si, au lieu de la charge d'aumônier du Roi, il procuroit à cet abbé l'évêché de Poitiers, qui est considérable, et qui étoit vacant. Il en parla au Roi et lui fit un si beau portrait de cet abbé, que S. M. crut que c'étoit un bon sujet pour remplir dignement le siège de Poitiers. Quelque temps après avoir été nommé, le Roi fut fort surpris quand il apprit que cet abbé étoit un joueur de bassette, etc. Ce fut l'abbé de la Chastre, à ce qu'on dit, qui lui en dit les premières nouvelles ; quoi qu'il en soit, cet abbé aspiroit à cet évêché. Le Roi s'enquit lui-même au chevalier de Lorraine s'il avoit joué avec l'abbé Coadlet ; il dit que c'étoit la vérité. Il s'en enquit à d'autres qui avoient joué avec cet abbé, qui l'avouèrent. Quand le P. de la Chaise vint, le vendredi 18 avril, apporter au Roi la feuille des bénéfices pour la signer et en faire expédier les brevets, ce prince lui dit: « Vous ne connoissez pas l'abbé de Coadlet; « on m'en a informé. C'est un joueur, etc. Ainsi, [il] faut l'effacer de « dessus cette feuille, etc. » Ce qui surprit fort le jésuite, qui voulut l'excuser, mais inutilement : ce qui a donné un furieux échec au crédit de ce confesseur. » Et ensuite, le P. Léonard ajoute : « Le frère de cet

MÉMOIRKS Dl SAINT-SIMON. V G

Rouen1, où, sans prendre l'habit, il vécut longtemps comme les chartreux2. Au bout de quelques années, il s'en alla en Bretagne, où il a passé le reste de sa vie dans la même solitude et dans la même piété, sans s'en être dérangé un moment, ni jamais fait3 la moindre démarche pour avoir quoi que ce soit*. Son frère cependant éclaircit la scélératesse et prouva si nettement5 la fausseté de tous les allégués6, que le P. de la Chaise, qui étoit bon et droit, fit tout ce qu'il put pour obtenir un gros évêché à l'abbé de Coëtelez; mais le Roi tint ferme, jusque-là qu'ils en eurent des prises, lui et son confesseur, à qui il reprocha qu'il étoit trop bon, et l'autre au Roi, qu'il étoit trop dur et qu'il ne revenoit jamais7. Il ne se rebuta

abbé, qui est lieutenant aux gardes, a voulu se retirer du service à cause de cette confusion; mais, lorsque M. le maréchal de Boufflers, colonel du régiment, en parla au Roi, S. M. lui dit : « Je suis content « de son service; qu'il demeure. Quant à son frère l'abbé, j'ai voulu « faire un exemple ; qu'il se corrige, et j'aurai soin de lui. » Ce dernier détail est confirmé par le n° xxxix de la Gazette d'Amsterdam, laquelle avait dit dans l'Extr. xxxvi, ainsi que Racine dans une lettre à son fils (Œuvres, tome VII, p. 238), et que Bossuet et Fénelon, que la « catastrophe de l'abbé de Coadlec (sic), un breton qui n'étoit, pour ainsi dire, connu de personne, » était un rude déplaisir pour son protecteur.

1. Maison fondée récemment paWe premier président Pellot, près de la porte Saint-Hilaire, sur les deux paroisses de Petit-Couronne et de Petit-Quevilly, et augmentée, en 1682, par la réunion d'une autre maison dite de la Rose, beaucoup plus ancienne.

2. Le P. Léonard dit que l'abbé se retira d'abord à la Chartreuse de Gaillon, puis à celle de Saint-Julien-lez-Rouen, d'où il ne sortit que pour aller dans une abbaye qu'il possédait en Bretagne. Il mourut en 1 730.

Page 1