‹ Memoires de Saint-Simon (volume 2)Chapitre 83 sur 495 · Et est écrit en interligne, sur et ordre, biffé · texte numérisé non relu

Et est écrit en interligne, sur et ordre, biffé

8. Notre auteur omet une partie importante des aventures du marquis. Après être resté en Guyenne deux ans et y avoir mené une vie assez turbulente (Archives de la Bastille, tome IV, p. 65-66), il passa en Angleterre, et en revint sur la fin de la même année 1673, avec une mission du duc de Buckingham, qui, sans doute, lui valut de rentrer en grâce et d'obtenir le commandement d'un régiment de cavalerie (Lettres de Mme de Sévigné, tome III, p. 367 : Négociations relatives à la succession d'Espagne, par Mignet, tome IV, p. 238 et 254; Mémoires de

a Depping a lu Clermont-Lodéac, au lieu de Lodève. Ce chevalier de Clermont-Lodève périt à Candie, en 166'J.

sieurs années et gagna extrêmement. A son retour, il eut liberté de se tenir où il voudroit, hors de se présenter devant le Roi1 : il s'établit à Paris, où il tint grand jeu chez lui. Après2, Monsieur, à qui tout étoit bon pour le jeu, demanda permission au Roi pour que Saissac pût jouer avec lui à Paris et à Saint-Cloud. Monseigneur, à la prière de Monsieur, obtint la même permission pour Meudon , et , de l'un à l'autre , ces deux princes se le firent accorder pour jouer à Versailles, et de là à Marly, où, sur le pied de joueur, il étoit, à la fin, de presque tous les voyages3. C'étoit un homme très singulier, qui comptoit le mépris et les avanies pour rien, et qui avoit encore la fantaisie de ne porter le deuil de personne : il disoit que cela l'attristoit et n'étoit bon à rien, et le soutint ainsi, et de ses plus proches, toute sa vie. Ils le lui rendirent ; car, lorsqu'il mourut, M. de Ghevreuse ni pas un parent ne4 portèrent le deuil de lui5. Son nom, main-

Pomponne, tome I, p. 497; Revue historique, juillet-août 1885, p. 282- 284). Mais, cinq ans plus tard, lors de l'affaire des Poisons, le trop fameux Lesage l'accusa d'avoir demandé un secret pour gagner l'argent du Roi, ou du moins celui du public et du roi d'Angleterre, et aussi pour se défaire de son frère et épouser sa belle-sœur (Archives de la Bastille, tome VI, p. 34-36). Décrété par la Chambre, il prit la fuite, comme la comtesse de Soissons, se réfugia de nouveau en Angleterre, et y passa dix ans. Nous le voyons, là, en 1685, se battre en duel avec Albergotti et manquer d'épouser Mlle de Gramont (Mémoires de Sourches, tome I, p. 208-209 et 260; Journal de Dangeau, tome I, p. 155). Jacques II intercéda en vain pour obtenir sa grâce; c'est seulement en 1690 qu'on autorisa Saissac à venir purger sa contumace devant la chambre de l'Arsenal, et il fut renvoyé absous, au bout de quelques jours de Bastille, le 5 août 1692 (Archives de la Bastille, tome VII, p. 132, 145, 165-168; Journal de Dangeau, tome III, p. 223 et note).

1. Dès son retour, et avant même d'avoir obtenu l'absolution, il vint saluer le Roi (Journal de Dangeau, tome III, p. 316 et 326).

Page 1