Voyez notre tome I, p. 104, I il et
s'il se trouve présent quand le grand écuyer monte à cheval, c'est lui qui l'y met, et toujours un écuyer du roi qui lui tient l'étrier à monter et à descendre'; le premier écuyer le conduit à pied, la main au mors du cheval sur lequel il est monté, depuis l'écurie jusqu'au palais, tout du long de la place2, et, lorsqu'en suivant le roi il monte dans le carrosse qui le précède, ou qu'il en descend, c'est au premier écuyer à ouvrir et à fermer la portière, comme le grand écuyer ouvre et ferme celle du roi3. Dans ce carrosse du grand écuyer, il n'y entre que les trois charges principales du roi, les deux de la reine, et le capitaine des gardes en quartier. Quelquefois, par un hasard extrêmement rare, il y entrera quelque vieux grand d'Espagne, mais fort distingué et fort considérable. Excepté la charge de premier écuyer, le grand écuyer dispose de toute l'écurie du roi, chevaux, mules, voitures de toute espèce, valets, officiers, écuyers, livrées, fournitures, et est seul ordonnateur de toutes ces dépenses4. Il est en même temps le chef de toutes les chasses, avec la même autorité et dispensation3 que de l'écurie. Les meutes et les
1. Comparez l'Addition au Journal de Dangeau, tome XV, p. 416, et voyez ci-après, p. 534, le Portrait de la cour d'Espagne en 1701.
2. « Une fort belle et longue place, dit-il dans la même Addition, où tout le monde passe incessamment, et où, alors que le roi va sortir, les deux régiments des gardes sont sous les armes. »
3. 11 ajoute, dans l'Addition : « Cette charge de premier écuyer est toutefois un poste de faveur, et presque toujours occupé par des tils cadets ou des frères de grands d'Espagne, et des plus grandes maisons. » Dans les Mémoires (tome XI, p. 112 et 113), il dira qu'elle était incompatible avec la grandesse.
4. Selon le duc de Luynes (tome I, p. 370), la dépense ne devait être, en ce temps-là, que de cent mille écus, et elle fut portée jusqu'à trois millions sous le règne suivant. L'abbé de Vayrac évaluait le personnel à plus de deux cents hommes. Le duc de Luynes rapporte (tome I, p. 365), d'après les dires du marquis de la Mina, en 1737, comme peutêtre Saint-Simon lui-même, que le grand écuyer a le droit de prêter, ou même de donner les chevaux du roi à qui il veut.
5. Voyez les exemples cités par Littré, Dispensation '2°. Furetière dit : « Le grand aumônier a la dispensation des aumônes du Roi. »
chasses à courre sont inconnues en Espagne par la chaleur, l'aridité et la rudesse du pays1; mais tirer, voler2, et des battues aux grandes bêtes, de mille et quinze cents paysans, dont le grand écuyer ordonne, sont les chasses ordinaires, et la dernière celle du roi Philippe V de presque tous les jours3. Avec cela, il y a quatre ou cinq petites maisons de chasse, la vaste capitainerie de l'Escurial, et quelques autres moindres, attachées à la charge du grand écuyer. C'est le seul seigneur, sans exception, qui aille dans Madrid à six mules ou à six chevaux, et à huit, s'il veut, avec un postillon, parce que c'est un carrosse et un attelage du roi4. S'il mène quelqu'un avec lui, qui que ce pût être, il n'est pas permis au grand écuyer de le faire monter devant lui, ni de lui donner la droite, et cela n'en retient personne, ni ne fait aucune difficulté pour aller avec lui faire des visites ou à la promenade. Le duc del Arco3, dont j'aurai lieu de parler6, qui l'étoit pendant mon ambassade, fut le parrain de mon second fils pour sa couverture de grand d'Espagne : il vint donc le prendre en