L'abbé de Vayrac donne la formule (p
16e MÉMOIRES IToi
du président ou du gouverneur du conseil de Castille, et le roi n'en reçoit aucun lui-même : ce qui fait que le majordome-major n'en prête point. Pour en revenir à nos idées, on voit que cette charge est, en beaucoup plus grand, ce qu'étoit autrefois le grand maître de la maison du Roi, qui, depuis les Guises, n'ont plus rien à la bouche', dont le premier maître d'hôtel est maître indépendant*, et qu'il n'a3 plus que le serment de cette charge, de celle de grand maréchal des logis, de grand maître des cérémonies, et d'introducteur des ambassadeurs, sans avoir conservé rien du tout4 dans l'exercice de ces charges, qui, avec tout leur détail, sont entièrement subordonnées et en tout dépendantes, en Espagne, du majordome-major, et toutes exercées sous lui par le majordome de semaine. Le majordome-major3 les réprimande très bien, et change ce qu'ils ont fait, quand il le juge à propos, sommelier Le grand chambellan ou sommelier du corpsr'est en tout
du corps et e^ partout à la fois ce que sont ici le grand chambellan, de la chambre. les quatre premiers gentilshommes de la chambre, le [Add. S'-S. 366 orand maître et les deux maîtres de la earde-robe réunis
et 367] *
1. « On appelle aussi riiez le Roi la bouche le lieu où l'on apprête à manger pour le Roi,... et on appelle absolument la bouche les officiers de la bouche du Roi. » (Académie de 1718.)
"2. Comparez la suite des Mémoires, tome V de 1873, p. 454-455, et les Écrits inédits, tome VI, p. 205-206. L'État de la France dit (1698, tome I, p. 56) : « Les grands maîtres ont volontairement remis le gobelet et la bouche entre les mains du Roi depuis que M. de Soissons, grand maître de la maison du Roi sous Henri IV, n'en voulut plus prendre connoissance. » Les Mémoires feront remonter cet abandon jusqu'au dernier Guise, sous Henri 111.
3. Qui n'ont corrigé en qu'il n'a. — C'est de notre grand maître qu'il s'agit. Sur le premier maître d'hôtel, voyez Y État de la France, p. 60-6"2.
•i. Du du tout, dans le manuscrit. — 5. Par mégarde, majordomejor.
6. État présent de l'Espagne, tome 11, p. 116-117. Le dictionnaire de l'Académie espagnole écrit : sumiller de corps, et traduit en latin par sununus pnefectus cubiculi régis. Notre mot français venait de somme, charge du cheval de bât qui, dans les expéditions de la cour ou des grands seigneurs, portait le matériel et les provisions de bouche: mais Saint-Simon écrit : somelier.
en une seule charge : les mêmes fonctions, le même commandement, le même détail, et ordonnateur des mêmes dépenses1. Il a sous lui un nombre indéfini de gentilshommes de la chambre, tant qu'il plaît au roi d'en faire, qui ont son service en son absence, et qui sont grands d'Espagne presque tous, et la plupart aussi ou plus grands seigneurs que lui, car c'est le but de tous les seigneurs de la cour2. La différence est que le sommelier couche au palais3, et qu'il entre chez le roi, comme le majordomemajor, à toutes heures, au lieu que le gentilhomme de la chambre de jour, qui a tout son service et tout son com-
1. Voyez une lettre de Mme des Ursins dans le recueil de M. Geffroy, p. 362, le Mercure de février 1709, p. 302-305, les Mémoires de Mme d'Âulnoy, tome II, p. 59 et 179, et le Journal de Dangeau, tome XII, p. 322, où il est dit que le revenu est médiocre, mais qu'il serait possible d'y joindre de gros profits. Nous avons placé ici deux Additions qui donnent tous les mêmes détails sur la charge, et dont l'emploi ne se trouverait pas ailleurs. Comparez ci-après, p. 535-536, le Portrait de la cour d'Espagne en 1701.
2. C'est généralement parmi eux qu'on choisissait les titulaires des vice-royautés. L'abbé de Vayrac dit (p. 120) : « Après les postes du grand maître, du sumelier de corps et du grand écuyer, il n'en est point de plus distingué que celui des gentilshommes de la chambre. C'est pour cette raison que les seigneurs les plus qualifiés de la cour se font un très grand honneur d'y être admis. Le nombre n'en est pas fixé; c'est pourquoi il y en a tantôt plus, tantôt moins. Si on examine les fonctions de leur emploi, on trouvera qu'il n'est rien de plus flatteur.... » En décembre 1697, Charles H en avait créé seize d'une seule fois, et le nombre s'en élevait à quarante-deux lorsqu'il mourut. Son successeur le réduisit tout aussitôt à six, pour remonter ensuite à vingt et plus; mais alors deux seuls, le duc del Arco et le marquis de Santa- Cruz, l'un grand écuyer du roi, l'autre majordome-major de la seconde reine, étaient en exercice toute l'année: Journal de Dangeau, tomes VI, p. 243, et VIII, p. 51; Hippeau, Avènement des Bourbons, tome II, p. 503; Mémoires de Saint-Simon, tomes XI, p. 113, et XVIII, p. 10, 73-74 et 135. Voyez ci-après, p. 179, ce qui est dit de leur clef d'or, et, p. 543-345, le Portrait de la cour d'Espagne en 1701.
3. Un voit, dans les Lettres de Saint-Simon au cardinal Guallerio, p. 31, que le sommelier du corps ne quittait son maitre ni jour ni nuit, et couchait dans sa chambre; comparez le recueil Hippeau, tome II, p. lo!!.
16'* MÉMOIjRES [1701]
mandement dans l'appartement du roi et sur tous les officiers de sa chambre et de sa garde-robe, ne peut entrer qu'aux temps des fonctions, et se retire dès que le service est fait1. Ces gentilshommes de la chambre prêtent serment entre les mains du sommelier, et lui sont tellement subordonnés, qu'ils ne peuvent s'absenter sans sa permission, ni rien faire dans leurs charges sans ses ordres2. Ils sont obligés de lui rendre compte de tout en son absence, et de l'envoyer avertir, quand il le leur a dit, ou sans cela dès qu'il arrive quelque chose d'extraordinaire. S'il trouve quelque chose qu'ils aient fait mal, ou mauvais, il le change ou les réprimande très bien, sans qu'il aient un mot à dire que se taire avec respect, quels qu'ils soient, et lui obéir3. Il a sous lui, pour le détail des habits, un officier qui tient plus du valet que du noble,
1. « Ils assistent, dit l'abbé de Yayrac, au lever et au coucher du roi, ils aident à l'habiller et à le déshabiller, font garde dans sa chambre, coupent la viande quand il mange, la conduisent en cérémonie lorsque la garde et les aides la portent de la bouche. Celui qui est de jour lui présente la coupe et la sous-coupe, l'accompagne dans toutes les fonctions publiques.... Ils ont commandement sur les gentilshommes ordinaires, sur les valets, sur les garçons et sur tous les autres domestiques de la chambre, et ont un plat de la table du roi le jour qu'ils sont de service. » C'est le plus ancien qui suppléait, au besoin, le sommelier du corps. 11 y avait, eu outre, des gentilshommes de la bouche, des gentilshommes de la maison et de simples sommeliers.
2. Les gentilshommes faisaient très mal leur service sous Charles II; Louville demanda qu'on agit sévèrement contre eux, et nous avons vu qu'un des premiers soins du nouveau roi fut d'en réformer les six septièmes.
3. Comparez l'Addition nu Journal de Dangeau, tome XVI, p. 3 et '*. l'abbé de Vayrac n'insiste pas sur cette sujétion extraordinaire, mais dit (p. 117) que le sommelier « a inspection sur tout ce qui se passe dans la chambre et dans la garde-robe, dont il a la surintendance : c'est-à-dire que les gentilshommes, les valets et les garçons de la chambre sont sujets à ses ordres, aussi bien que le garde-joyaux, le tapissier, le grand maréchal des logis de la cour, les médecins, les chirurgiens, les apothicaires de la chambre, et généralement tous les officiers et domestiques de la fourrière, qui sont en très grand nombre. »
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mais qui est pourtant considéré plus que les premiers valets de garde-robe d'ici'.
Le grand écuyersest, là comme ici3, le même, avec deux Grand écuyer grandes différences : l'une, que, dès que le roi est dehors, e PIcmicr il a toutes les fonctions du sommelier, même en sa présence*. Il le sert, s'il mange dans son carrosse ou sur l'herbe, et, s'il a besoin d'un surtout5 ou de quelque autre chose, il le lui présente6; et si, à la chasse, à la promenade, en chemin, quelque seigneur ait à être présenté au roi, c'est le grand écuyer, et non le sommelier, qui le présente. La seconde est7 qu'il y a un premier écuyer8, et point de petite écurie9. Le premier écuyer fait sous lui, et dans une dépendance entière et journalière, le détail de l'écurie, et,
1. L'abbé de Vayrac uc parle pas de cet officier de la garde-robe, appelé en espagnol : guardaropa. C'est la charge dont fut revêtu Hersent (tome Vil, p. 345; comparez la suite des Mémoires, tome XIII, p. 61). Sur la garde-robe en France, voyez ci-dessus, p. 46.
2. Ou caballerizo-magor (Dangeau, tome VIII, p. 427). Voyez l'État présent, de l'abbé de Vayrac, tome II, p. 118-119, la Vie du duc d'Ossone, traduite de l'italien de Gr. Leti (1700), p. 45, et, ci-après, p. 534-535, le Portrait de la cour d'Espagne en 1701.
3. 11 avait d'abord écrit : icy comme là, puis a biffé les deux premiers mots, et a récrit comme ici) en interligne, après là. — ■ Nous avons eu déjà l'occasion (tome I, p. 104 et 182) de dire ce qu'était la charge de grand écuyer à la cour de France.
4. « Tout ainsi, dit l'abbé de Vayrac, que le grand maître d'hôtel et le sumelier de corps sont les premiers officiers de la couronne dans toutes les fonctions qui se font dans l'intérieur du palais, de même le grand écuyer l'est dans toutes celles qui se font dehors. » Voyez un conflit entre le duc d'Osuna et M. d'Astorga, en 1679 (Gazette, p. 617 et 628).
5. Voyez notre tome I, p. 254, note 1. Il y avait contestation, à la cour de France, entre le grand maître de la garde-robe el le premier gentilhomme de service, à qui donnerait le surtout au Roi lorsqu'il était hors de sa chambre : Dangeau, tome II, p. 123. On peut voir la forme des surtouts galonnés à l'anglaise, sur Monseigneur, le maréchal de Lorge et autres, dans le grand almanach de Langlois pour l'année 1694.
6. Il croira, plus tard (tome XVIII, p. 218), avoir oublié ce détail.