‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 165 sur 548 · Et est en interligne · texte numérisé non relu

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gneurs, dont il eut bientôt une cour. On voyoit bien la prédilection et la confiance du roi pour lui; mais, Harcourt étant, peu de jours après l'arrivée, tombé dans une griève ' et longue maladie2, tout le poids des affaires tomba sur Louville à découvert3, et, pour en parler au vrai, il gouverna le roi et l'Espagne1. (Tétoit lui qui voyoit et faisoit toutes ses lettres particulières à notre cour3,

1. Emploi non cité par Littré d'un adjectif formé, comme nofre adverbe grièvement, du latin gravis, et qu'il a relevé jusqu'à trois fois dans Bossuet, mais avec des affectations qui ne se rapprochent point de celle-ci. L'Académie de 1718 citait ces emplois : « griève maladie, griève douleur, grièves peines »

2. L'ambassadeur contracta les premiers germes d'une affection pulmonaire en allant voir le cardinal Portocarrero vers le 18 décembre. Il sera parlé de cette maladie ci-après, p. 227.

3. Autre emploi non relevé. Dans une Addition au Journal de Dangeau (tome XII, p. 480) : « Il étoit fui à découvert... ; » dans une autre (tome XVIII, p. 86-87) : « Le voilà à découvert maître de la maison. » C'est, comme le dit l'Académie de 1718, le sens de manifestement, clairement, publiquement. Voyez ci-après, p. 233.

4. Louville reçut, le 17 septembre suivant, une clef de gentilhomme avec exercice et le titre de chef de la maison française, relevant du roi seul, puis un grade de colonel (Gazette d'Amsterdam, n° i.xxxi).

5. Il parut, dans les premiers temps, que Philippe V écrivait à merveille (Journal de Dangeau, tome VIII, p. 103 et 217) ; mais, comme on le savait assez enclin à l'indolence, la malignité publique put s'exercer sur ce point, et, dans une lettre que son grand-père lui adressa le 10 septembre 1702, pendant le voyage d'Italie (Œuvres de Louis XIV, tome VI, p. 103), nous lisons ceci, après les premiers reproches de paresse : « Enfin, j'ai peine à vous le dire, mais on m'assure que les lettres que je reçois de vous, et même celles que vous écrivez à la reine, sont dictées par Louville. Pendant qu'il étoit auprès de moi, j'en ai reçu de Votre Majesté : ainsi je sais qu'elle n'a pas besoin de secours pour bien

écrire; mais le public pensera différemment Jugez de l'effet que ce

bruit doit faire pour votre réputation.... » Six mois auparavant (ibidem, p. 91), il lui avait dit avec satisfaction que sa dernière lettre au cardinal Portocarrero était fort admirée. Quand la correspondance intime de Philippe V avec son grand-père et avec le duc de Bourgogne, son frère, dont quelques fragments seulement ont été publiés jusqu'ici, formera un corps complet grâce à M. Alfred Baudrillart, on pourra mieux démêler la part du roi dans la rédaction, et celle de son conseiller intime.

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et par qui tout passoit directement. 11 commencent à peine à connoître à demi son monde1, qu'il lui tomba sur les bras la plus cruelle affaire du monde. Pour l'entendre, il faut reprendre les intéressés de plus haut.

Le comte de San-Estevan-del-Puerto, grand écuver de la reine, et qui, malgré cet attachement de charge2, avoit tant eu de part au testament3, ne devoit pas être surpris qu'elle eût préféré le connétable de Castille*, de temps"' attaché à elle et à la maison d'Autriche, et qu'elle avoit détaché à Harcourt pour négocier avec lui6, ni7 que la junte, qui d'ailleurs la comptoit si peu", n'eût pu lui refu-

1. Sans illusion sur la portée du premier mouvement d'enthousiasme, il écrivait à son ami Torcy, le 19 février, en arrivant au Duen-Retiro : « A moins que Dieu n'envoie ses anges pour gouverner ces gens-ci, il est difficile qu'on puisse remplir leur espérance. Qu'un royaume qui est gangrené d'un bout à l'autre se rétablisse en peu de temps, c'est une. vision ou plutôt une folie. » (Mémoires de Nouilles, p. 76.) Avant que deux ans se soient écoulés, le souverain et son familier sauront à quoi s'en tenir, et il faudra que Louvillc se sacrifie lui-même.

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