‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 176 sur 548 · locution déjà rencontrée au tome V, p · texte numérisé non relu

locution déjà rencontrée au tome V, p

22f> MÉMOIRES [17011

l'instant apporter une écritoire, dicta au roi deux ordres bien précis1 : l'un, à un officier, de partir au moment même, de courir en diligence à Tolède pour empêcher l'enlèvement du duc de Monteleon, et, en cas qu'il fût déjà fait, de pousser après jusqu'à ce qu'il l'eût joint, le tirer des mains de ses satellites, et de le ramener à Tolède chez lui; l'autre, au cardinal, d'aller lui-même à l'instant au lieu où se tient2 le conseil de Castille3, d'arracher de ses registres la feuille de cet arrêt, et de la jeter au feu en sorte que la mémoire en fût à jamais éteinte et abolie. L'officier courut si bien, qu'il arriva à la porte de Tolède au moment même que l'exécuteur de l'arrêt y entroit. 11 lui montra l'ordre de la main du roi, et le renvoya de la sorte sans passer outre. Celui qui fut porter l'autre ordre du roi au cardinal le trouva déjà couché, et, quoique personne n'entrât jamais chez lui dès qu'il étoit retiré, au nom du roi toutes les portes tombèrent. Le cardinal lut4 l'ordre de la main du roi, se leva et s'habilla, et fut tout de suite l'exécuter sans jamais proférer une parole \ Il n'y [a] au monde qu'un Espagnol capable de ce flegme6 apparent dans l'extrême fureur où ce contre-coup le devoit faire entrer. Avec la même gravité et la même tranquillité il parut le lendemain matin, à son ordinaire, chez le roi, qui, dès qu'il l'aperçut, lui demanda s'il avoit exécuté son ordre : Si, Serior1 , répondit le cardinal; et ce

1 . Louvillc dit seulement : « Nous priâmes S. M. de casser la sentence du couseil de Castille, et d'envoyer un ordre absolu au cardinal de contremander tout ce qui avoit été ordonné pour la détention du duc. »

Page 1