‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 175 sur 548 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

fille, et la marier au marquis de Mortare;à faute de quoi, à avoir la tète coupée et à perdre le reste de ses biens1. DTrsel fut le premier qui eut avis de cet arrêt épouvantable. La peur qu'il eut pour lui-même le fit courir à l'instant chez Louville. Lui, qui ne s'écartoit jamais, s'étoit, ce jour-là5, avisé d'aller à la promenade3, et ce contretemps pensa tout perdre, parce qu'on ne le trouva que fort tard. Louville. instruit de cet énorme arrêt, alla d'abord au roi, qui entendoit une musique4, et ce fut un autre contretemps où les moments étoient chers. Dès qu'elle fut finie, il passa avec le roi dans son cabinet, où, avec émotion, il lui demanda ce qu'il venoit de faire". Le roi répondit qu'il voyoit bien ce qu'il lui vouloit dire, mais qu'il ne voyoit pas quel mal pouvoit faire la permission qu'il avoit donnée au cardinal. Là-dessus, Louville lui apprit6 tout ce de quoi cette permission venoit d'être suivie, et lui représenta, avec la liberté d'un véritable serviteur, combien sa jeunesse avoit été surprise, et combien cette affaire le déshonoroit après la permission qu'il avoit donnée de l'enlèvement et du mariage de la fille; que sa bouche avoit, sans le savoir, soufflé le froid et le chaud7, et qu'elle étoit cause du plus grand des malheurs, dont il lui fit aisément sentir toutes les suites. Le roi, ému et touché, lui demanda quel remède à un si grand mal, et qu'il avoit si peu prévu, et Louville, ayant fait à

1 . Los lettres d'Espagne ne parlent que d'une amende de quarante mille ducats, avec les dépens et la détention perpétuelle dans l'Alhambra; de plus, la duchesse consignée sous bonne garde dans son propre palais.

i. Ces trois mots sont en interligne.

3. Louville dit qu'il était à la Zarzuela, chez le duc d'Harcourt, et qu'il se joignit à Blécourt pour aller trouver le roi; mais alors ils ne connaissaient que la détention de Mme de Monteleon, et point la sentence « énorme » de la chambre, qui ne leur fut annoncée que le soir, à la « musique, » par le comte d'Ursel.

4. Emploi de musique que nous avons déjà eu au tome V, p. 339-340.

5. Louville ne s'étend point du tout sur ses propres discours au roi. fi. Ces deux mots sont en interligne.

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