‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 19 sur 548 · D'Alembert l'a surnommé le « courtisan philosophe · texte numérisé non relu

D'Alembert l'a surnommé le « courtisan philosophe

3. Voyez les Mémoires de Gourville, p. 516 et 519, ceux de l'abbé de Choisy, tome I, p. 164-165 (celui-ci tirait de lui des historiettes sur le cardinal), les Lettres de Colbert, tome I, p. 28, 82, 97 et 100, et la Muse historique de Loret, tome II, p. 98, en 1655. Son habileté à écrire les lettres du cardinal de Retz l'avait fait prendre par Mazarin, avant 1650, pour s'occuper des matières bénéficiales, et il avait été envoyé à Rome. Ayant eu des démêlés avec la cour pontificale, on le rappela pour prendre une charge d'avocat aux conseils, avec la pratique du clergé, et Mazarin acheva de faire sa fortune en le plaçant auprès du Roi (Papiers du P. Léonard). Il avait dix-sept mille trois cents livres d'appointements chez Mazarin (Chérucl, Mémoires sur Fouequet, tome II, p. 75), et conserva cette position tout en entrant au cabinet.

4. Ainsi le Roi le chargea secrètement de mener les négociations avec le saint-siège en 1679 : Revue des Questions historiques, 1" janvier 1878, p. 37-65, et notre tome VI, p. 340, note 1. Comme, en mourant, il ne voulut ni médecin ni prêtre, on fit ces vers :

Ci-gît le vieux président Rose, Secrétaire du cabinet, Qui fut, en mourant, si secret, Que, sur ses péchés même, il eut la bouche close.

Voyez une note sur son éloge dans le tome II de l'Histoire des membres de l'Académie française, p. 6-7.

5. La même expression est employée par Rassompicrre (Mémoires, tome II, p. 67-71), mais avec une application différente, à l'occasion du prince de Condé qui, en 1616, demandait à avoir la plume quand il serait à la cour, c'est-à-dire à signer les arrêts du Conseil, l'arrêté de la semaine aux finances et les comptes de l'Épargne.

Cet exercice consiste à imiter si exactement l'écriture du Roi qu'elle ne se puisse distinguer de celle que la plume contrefait, et d'écrire en cette sorte toutes les lettres que le Roi doit ou veut écrire de sa main, et toutefois n'en pas1 prendre la peine. Il y en a quantité aux souverains et à d'autres étrangers de haut parage ; il y en a aux sujets, comme généraux d'armées ou autres gens principaux par secret d'affaires ou par marque de bonté, ou de distinction'". Il n'est pas possible de faire parler un grand roi avec plus de dignité que faisoit Rose, ni plus convenablement à chacun, ni sur chaque matière, que les lettres qu'il écrivoit ainsi3, et que le Roi signoit toutes de sa main ; et pour le caractère ', il étoit si semblable à celui du Roi, qu'il ne s'y trouvoit pas la moindre différence". Une infinité de choses importantes avoient passé par les mains de Rose, et il y en passoit encore quelquefois : il étoit extrêmement fidèle et secret, et le Roi s'y fioit entièrement. Ainsi celui des quatre secrétaires du cabinet qui a la plume en a toutes les fonctions6, et les trois autres n'en

t. Avant pas, le manuscrit porto veut, biffé.

i. Voyez l'appendice II sur cette charge de secrétaire de la plume et sur le recueil des lettres « de la main » tenu par Rose.

3. Il brillait surtout par une heureuse faculté de varier à l'infini les formules courantes et les façons de dire. On lui reprocha (Siècle de Louis XIV, ch. xwiii) d'avoir fait parler le Roi trop familièrement dans celte lettre si connue au duc de la Rochefoucauld : « Je me réjouis comme votre ami, etc.; » mais, au cours de l'éloge académique du président, d'Alembert affirme cpie c'est le Roi seul qui était responsable cette fois-là, et que Rose, tout au contraire, demanda la suppression de la lettre.

•4. L'écriture. — 5. Voyez l'appendice II, p. 417.

6. Comme il a été dit plus haut, c'est l'ancien des quatre qui « avait la plume; » mais, au besoin, un ou deux de ses collègues remplissaient les mêmes fonctions auprès des princes : ainsi, M. de Charmont en fut chargé chez le duc de Bourgogne, et, en 1708, Picon d'Andrezel rem plaça d'Estancheau auprès de Monseigneur (Journal de Dangeau, tome XII. p. 117 et 118). Rose, servant toute l'année, disait qu'il se mettait en quatre quartiers pour ses collègues (Papiers du P. Léonard. Aich. nat.. MM 827, fol. 110 v°).

et Monsieur le Prince

caiiières ont aucune, sinon leurs entrées'. Gallières1 eut la plume a la plume. a ja mor{ ^e Rose3. Ce bonhomme* étoit fin, rusé, adroit et dangereux. Il y a de lui des histoires sans nombre, dont je rapporterai deux ou trois seulement parce qu'elles Rose le caractérisent5, lui et ceux dont il s'y agit. Il avoit fort

près de Chantilly une belle terre et bien bâtie0, qu'il aimoit fort, et où il alloit souvent. Il rendoit force respects à Monsieur le Prince (c'est du dernier mort dont7 je parle") ; mais il étoit attentif à ne s'en pas laisser dominer chez lui. Monsieur le Prince, fatigué d'un voisinage qui

1 . In très vieux secrétaire, nommé le Gendre, avait ainsi conservé l'entrées : Dangeau, tome VII, p. ?,X" ; État de la France, 1698, tome I. p. 259.

2. Voyez nos tomes III, p. 279, 293-301, et IV. p. 142 et 234-235. Gallières était aussi de l'Académie française, depuis 1689, mais avait publié bon nombre d'ouvrages, el. d'autre part, il était bien connu pour sa participation heureuse, soit publique, soit secrète, aux négociations qui avaient terminé la dernière guerre. Saint-Simon a oublié de dire que le Roi lui avait donné, le 7 mars 1698, celle des quatre charges de secrétaire du cabinet qui vaquait depuis la mort de l'académicien Bergeret, pour le trimestre d'avril (Arch. nat., 0'42, fol. 47 v; Dangeau, tome VI, p. 299-300). 11 avait eu en même temps un brevet de retenue de soixante mille livres comme compensation de cinquante mille livres que le Roi avait exigé qu'il payât à M. de Crécy. et de quinze mille livres versées à l'abbé Morel, tous deux ses collègues dans les négociations de la paix générale.

3. « Le Roi a dit à M. de Gallières, un des quatre secrétaires du cabinet, qu'il se servirait de. lui toujours pour cette fonction, et qu'il s'étudiât à prendre son style et ses manières ainsi qu'avoit fait M. le président Rose.... » (Papiers du P. Léonard, Arch. nat., M 757, p. 275.) Comparez le Journal de Dangeau, tomes VIII, p. 12-43, et IX, p. 246.

4. Rose, et non Gallières. — 5. Carter[isent] corrigé par surcharge.

6. C'est en 1656 que Rose avait acquis la terre de Coye. au S. de Chantilly, ancien domaine des comtes de Senlis, donné par eux à Isabeau leBouthillier, avec un château entouré de fossés à pont-levis, dont il ne reste plus que des vestiges, et, au mois de janvier 1697. en récompense d'un demi-siècle de services, il avait obtenu l'érection en marquisat : Arch. nat., X,B 9001; Dépôt des affaires étrangères, vol. France 1044, fol. 9.

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