‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 200 sur 548 · Un, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Un, dans le manuscrit

2. Il dira ailleurs (tome III de 1873, p. 388) que Tessé était « au fonds ignorant à la guerre, qu'il n'avoit jamais faite, par un hasard d'avoir été partout et de s'être toujours trouvé à côté des actions et de presque tous les sièges; » et encore (Addition au Journal de Dangeau, tome IX, p. 9(5), qu'il n'avait jamais « essuyé coup de mousquet, » Pour un homme qui tit presque sans cesse la guerre, sur tous les points, en Palatinat, en Allemagne, sur le Rhin, sur la Moselle et en Flandre, aussi hien qu'en Piémont et en Espagne, ou même à l'intérieur du Royaume, en Languedoc, en Dauphiné, en Provence, le fait de n'avoir jamais vu le feu serait difficile à admettre. On trouve, au contraire, dans ses états de service, de nombreuses mentions de faits de guerre, et même de blessures reçues à Épinal en 1670, à Rheinfeld et au passage de la Kinzig en 1678, au siège de Veillane en 1691. Pendant cette dernière guerre, il avait secondé activement Catinat en Piémont, dirigé la furieuse défense du fort de Sainte-Brigitte et de Pignerol (notre tome I, p. 272-273), où le duc de Savoie perdit six mille hommes, une véritable boucherie, et coopéré par une diversion opportune à la victoire de la Marsaille; puis il avait rejoint le même général en Flandre et commandé la tranchée de droite au siège d'Ath, avec tant de vaillance et de succès, qu'on lui donna le gouvernement de cette place pour son frère. (Mémoires de Tessé, tome I, p. 6-48 et 118-120; Gazette, aux dates.) Nous le verrons bientôt figurer aussi vaillamment que personne dans la campagne de 1701, à Carpi par exemple, et recevoir de nouvelles blessures devant Mantoue et à Luzzara, en 1702, avant qu'on ne lui donne le bâton de maréchal. Ainsi l'accusation de Saint-Simon est injuste. Ce qu'il serait plus exact de dire, c'est que les négociations dont Tessé était chargé par M. de Torcy, en même temps que Barbezieux le dirigeait pour le militaire, et surtout son habileté à se servir de l'écritoire et à mener les intrigues les plus compliquées, furent pour beaucoup dans son succès, de même qu'il sut tirer parti de l'alliance de sa cousine Escoubleau de Sourdis avec le fils du tout-puissant Suint - Pouenge.

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